His Dark Materials – Saison 1


Après le non-succès de À la croisée des mondes : la boussole d’or (Chris Weitz, 2007) dans les salles de cinéma, Philip Pullman – auteur du matériau original – adapte lui-même ses romans mais, cette fois-ci, en série télévisée. Co-production entre la chaîne télévisée britannique BBC One et l’américaine HBO, His Dark Materials est visible en France depuis la plateforme OCS.

Dans la neige, près d'un cadavre de cheval, Lyra se blottit contre un ours blanc, scène de la série His Dark Materials Saison 1.

                                                © HBO / BBC

La Porte des Etoiles

Game of Thrones (David Benioff et D.B. Weiss, 2011-2019) n’étant plus, HBO devait rapidement trouver une série capable de prendre le relais dans le cœur de ses spectateurs. Adaptée de romans à succès et avec un (autre) monde riche à découvrir, His Dark Materials coche toutes les cases de la potentielle hit-série de la chaîne télévisée. Néanmoins, une chose diffère avec son aînée, cette nouvelle création est co-produite, et donc co-créée avec la BBC dont l’attention quant à la qualité de ses programmes n’est plus à prouver. Si la série avait encore besoin d’une qualité supplémentaire, le fait que Philip Pullman, écrivain de la trilogie littéraire ici adaptée, soit showrunner sur le projet, rassurera sans nul doute les fans des romans, souvent inquiets et protecteurs lorsque l’on parle d’adaptation. Néanmoins, dans ce lot incessant de qualité et de bonnes nouvelles, une ombre vient s’ajouter au tableau : celle de Jack Thorne. Scénariste réputé de la télévision britannique, notamment sur Skins (Jamie Brittain et Bryan Elsey, 2007-2013) et Shameless (Paul Abbott, 2004-2013), il n’avait pas brillé sur une autre adaptation de roman fantastique pour adolescents avec Harry Potter et l’enfant maudit – suite, si toutefois il faut la nommer ainsi, de la saga littéraire de J.K. Rowling et ayant pris la forme d’une pièce de théâtre. Une mauvaise nouvelle pour tant d’autres bonnes nouvelles, il n’y a pas de quoi s’inquiéter me direz-vous… Et vous avez raison. Derrière un bon nombre de points positifs, l’un des principaux reste son écriture, ce qui nous amène à penser que la présence de Jack Thorne en tant que co-scénariste n’est pas une plaie.

Lyra écouté les conseils d'un homme, assis à côté d'elle au pied du lit, dans une chambre mystérieuse, scène de la série His Dark Materials Saison 1.

                                            © HBO / BBC

Car oui, His Dark Materials, durant ces huit épisodes d’une heure, plonge les spectateurs dans un monde riche en découverte, en personnages forts de caractère et avec une intrigue menée brillamment, jusqu’à un final qui répond à presque toutes nos questions – gardons-en pour la suite, tout de même. Entre un sous-texte politique – où le Magisterium, métaphore de notre église catholique est présentée comme la menace contre le savoir – et une histoire d’équité sociale – avec ces enfants pauvres enlevés aux yeux de tous –  la série est surtout un récit initiatique pour Lyra, héroïne malgré elle de notre histoire et qui se retrouvera au centre des convoitises et secrets des adultes. Bien que toute la partie initiatique soit très bien amenée, et notamment grâce à la formidable interprétation de Dafne Keen – révélée dans Logan (James Mangold, 2017) – la partie du scénario qui s’épanche davantage sur l’aspect sacré et religieux du récit, se trouve très amoindrie face au matériau d’origine, véritable pamphlet contre la religion telle qu’elle existe dans l’institution chrétienne. C’est malheureusement souvent le sort réservé à ces adaptations de romans bien trop consistants, mais étant donné que Philip Pullman se permet d’adapter ses propres œuvres – et mélange déjà les différents tomes puisque toute l’histoire de Will ne nous ait contée que dans le deuxième roman La tour des anges mais se trouve déjà présente en parallèle de l’histoire de Lyra dans cette première saison –  il n’est pas impossible que ce sous-texte fort contre l’église trouve une place plus prépondérante dans les prochaines saisons. En tout cas, c’est tout ce que l’on souhaite à His Dark Materials : garder la même fibre d’écriture, entre récit teenage et grande réflexion sur les pouvoirs et maux de notre monde(s).

Lyra, assise sur la chaise d'un vieux bureau aux meubles en bois, observe la boussole, scène de la série His Dark Materials Saison 1.

                                                   © HBO / BBC

L’une des autres réussites de His Dark Materials demeure son esthétique, sa direction photographique et ses effets spéciaux. On se retrouve devant une série télévisée qui n’aura pas à rougir de la comparaison avec d’autres grosses productions hollywoodiennes – et ça reste dix mille fois plus canon que l’adaptation cinématographique de 2007, même s’il faut prendre en compte l’écart de dix ans de technologies nouvelles, et forcément supérieures. À la réalisation des premiers épisodes, on retrouve un certain Tom Hooper – le même qui remporta deux Oscars pour Le Discours d’un Roi (2011) et qui vient de méchamment se prendre un coup de patte avec l’échec commercial et artistique de Cats (2019) – et qui laisse de côté tous ses gimmicks foireux pour se concentrer sur un drame à hauteur d’enfant. On peut également noter de belles envolées, lorsqu’il s’agit de donner un peu de dynamisme aux séquences d’actions, tandis que Lin-Manuel Miranda volerait presque la vedette à tout le monde à chacune de ses apparitions. Difficile de faire la fine bouche, tant le cahier des charges est rempli, au-delà des espérances, et que le spectacle est assuré de bout en bout. On regretterait presque de découvrir ces huit épisodes sur notre télévision, jamais assez grande pour une telle proposition. Votre canapé va devenir un vaisseau entre des mondes multiples et magiques, en ces temps d’enfermement forcé, on ne peut que vous souhaiter de faire un bon voyage.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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