The Final Member


A l’occasion de sa mise à disposition sur Outbuster, on vous parle d’un documentaire ahurissant sur les obsessions, tant bénignes que maladives, des hommes pour leurs verges, The Final Member (Jonah Bekhor & Zach Math, 2012) si son sujet peut paraître risible, offre un portrait de personnages incroyables que même la plus improbable fiction ne saurait imaginer.  

Collection étrange dans le film The Final Member (critique)

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Combat de cocks

Islande, dans la ville de Husavik, en 2011. Sigurdur Hjartarson a fait de son hobby une institution : celle de collectionner les pénis de mammifères. « Tout a commencé avec une plaisanterie », et on veut bien le croire, puisque le monsieur est désormais le conservateur du musée phallologique islandais, le seul au monde dédié à un tel artefact. Depuis 40 ans, Hjartarson collectionne et conserve des pénis de rongeurs, d’ours ou encore de cachalots. Toutes les espèces de mammifères y passent. Toutes… sauf une. Car il manque une pièce à l’islandais, qui constituerait le pinacle de sa collection : un pénis humain. Tel un Kraven le chasseur du pénis, Hjartarson vit une vraie obsession pour ajouter un tel objet à sa collection, évidemment difficile à assouvir. Mais avoir le consentement d’un donneur pour lui retirer, même après sa mort, ses attributs masculins, rend improbable le rêve du gardien de ce temple aux pénis. Alors que la quête d’un donateur semble s’apparenter à un rêve pour Hjartarson, un mystérieux individu désire exhausser les rêves du conservateur, en la personne de Pall Arason. Véritable star en Islande car il en fut l’un des plus émérites explorateur, il est la première personne à accepter de léguer son pénis à sa mort. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire valoir sa candidature en rappelant qu’il fut l’amant de nombreuses femmes, toutes satisfaites selon lui. Seulement, un mystérieux individu fait son apparition sur cette étrange scène qui se joue sous nos yeux. Car un autre homme, Tom Mitchell, vigoureux habitant de Santa Ynez en Californie, ne peut laisser une telle occasion de présenter son pénis « Elmo » (oui oui) au monde entier. Se déroule alors un jeu d’influences et d’obsessions afin d’être absolument le premier à gagner cette drôle de compétition.

Sigurdur Hjartarson dans le documentaire The Final Member (critique)

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Il est peut-être bon de rappeler que nous sommes ici devant un documentaire, tant The Final Member est improbable. Il est improbable par son sujet, résumé précédemment, mais également par la galerie de personnages qui le composent. On retrouve un trio essentiel autour duquel tout le récit va graviter. Il y a d’abord Hjaratrson. Véritable passionné, son obsession peut paraitre risible, voire perverse au premier abord. Toutefois, ses apparitions et ses commentaires transpirent la bienveillance. Il rappelle bien souvent le caractère certes amusant, mais également scientifique de sa démarche. Il voue une énergie folle à catégoriser les pénis de mammifères en fonction de leurs attributs et prend plaisir à organiser des visites auprès de lycéens et d’étudiants curieux. Le long-métrage dresse le portrait d’un homme avant tout passionné, presque obsédé, mais dans une dimension bégnine. Hjartarson est un homme qui selon ses proches, a eu le courage de montrer au monde entier sa passion, au point d’en faire une institution. C’est également un homme véritablement effrayé à l’idée qu’il ne puisse compléter sa collection. Hjartarson vit dans la crainte que tout ce qu’il a accompli soit caduque, qu’un membre manquant à sa collection puisse faire perdre le sens de la mission qu’il s’est imposé. Autour de Hjartarson se joue une lutte indirecte : celle entre les pénis de Pall Arason et Tom Mitchell. Arason est un vieil homme, du genre boute-en-train, qui trouve amusante l’idée qu’à la fin de sa vie, son pénis puisse être conservé dans un musée, mais craignant que celui-ci ne se rétracte trop avec l’âge. Mais le documentaire s’intéresse davantage à la quête de Tom Mitchell et « Elmo » de rejoindre le musée phallologique islandais. Et pour cause : depuis que l’idée lui a germé dans la tête, Mitchell se démène corps et âme afin de la réaliser. Il ne cesse de vanter la taille de son pénis comme un avantage certain quant à une exposition, de répéter qu’il ne souhaite qu’être le premier Américain à avoir son pénis conservé dans un musée, quitte à le donner de son vivant.

Scène du film The Final Member (critique)

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Sous la caméra des documentaristes, et avec comme McGuffin le sacro-saint pénis qui sera exposé, les scènes et dialogues les plus improbables s’enchaînent, sans aucun filtre. Sans trop en dévoiler, on assiste notamment à un moulage de pénis qui tourne mal, à un tatouage sur gland, à des dissertations sur la qualité du pénis des protagonistes, ou encore de développer les aventures de son pénis en comics. Ces différents éléments rendent indubitablement le visionnage de The Final Member à la fois comique et fascinant. Outre cet aspect, le film traite d’autres sujets intéressants. Il illustre à la fois le tabou autour de la représentation du pénis dans la plupart des cultures, mais aussi à quel point les hommes peuvent être obsédés, mais dans une dimension plus maladive, par leurs pénis, même quand ils songent à l’abandonner. Ces quelques lignes pourraient faire comprendre que les « personnages » seraient complètent dénués de raison ou de sens commun. Or certaines séquences, gardées pour la fin du documentaire notamment, font entrevoir des facettes plus intimes plus fragiles, alors inespérés chez ces hommes fascinés par leurs verges. Malgré cela, on pourra reprocher à The Final Member un certain manque d’équilibre. Tantôt risible, tantôt sérieux, touchant sans réellement parvenir à trouver un ton, le documentaire enchaîne les moments chocs. L’air ahuri devant des séquences improbables, parfois fascinantes et parfois grossières, on peut alors penser que le film essaye de faire durer son concept, pour autant loin d’être dénué d’intérêt. Il n’en reste pas moins que The Final Member est un documentaire atypique, qui satisfera aisément les curieux, qu’ils soient en quête de savoir sur les pénis, de personnalités hors-normes ou d’expérience cinématographique.


A propos de Pierre Nicolas

Cinéphile particulièrement porté sur les dramas biens tristes et les thrillers bien acérés, il est encore habité par la fougue de la jeunesse. Pour l'instant sans emploi, mais gentil stagiaire. Si on s'en tient à son mémoire il serait spécialiste des films de super-héros, mais ce serait bien réducteur. Il prend autant de plaisir devant des films de Douglas Sirk que devant Jojo's Bizarre Adventure.

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