Ils reviennent…


Acclamé et récompensé en festivals, notamment au Paris International Fantastic Film Festival on vous parle enfin d’Ils Reviennent (2017), petite pépite tout aussi brutale que touchante de la réalisatrice mexicaine Issa Lopez. 

La bande d'enfant du film Ils reviennent (critique)

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Au royaume des tigres

Le nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais l’écrivaine-réalisatrice-scénariste Issa Lopez n’en est pas à son coup d’essai au cinéma. Son travail est déjà amplement reconnu dans son pays natal, le Mexique, où ses premiers films Efectos secundarios (2006) ou Casi Divas (2008) ont déjà été encensés par la critique, sans parler de ses multiples incursions en tant que scénariste dans le cinéma américain. C’est pourtant avec Ils Reviennent… que Lopez s’érige une réputation internationale en présentant le film dans de multiples festivals. Projeté en avant-première au Fantastic Fest d’Austin, Texas, il remporte la récompense du meilleur réalisateur avant de rafler pas loin d’une cinquantaine d’autres prix toutes catégories, dont également l’Oeil d’or décerné par le public du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival). Avec la bénédiction de Stephen King et Guillermo Del Toro – dont Lopez s’inspire sans se cacher – qui n’ont de cesse d’en faire la promotion sur les réseaux sociaux, Ils Reviennent n’est sorti que récemment dans nos salles mais ne manquera pas de faire partie des meilleurs productions fantastiques de l’année.

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L’intrigue se base sur la triste réalité des orphelins mexicains, eux aussi victimes des cartels mais malheureusement souvent oubliés. Dans plusieurs interviews, Lopez explique avoir voulu mettre en avant le quotidien de ces enfants livrés à eux-mêmes dans un pays en état de guerre, chose que le cinéma mexicain n’avait pas encore explorée jusqu’à présent. Bien loin de la glorification problématique des cartels dans des séries comme Narcos (2015-2017), la réalisatrice révèle l’envers du décor de ces enfants laissés pour compte qui subissent la même cruauté que les adultes. La première séquence s’ouvre sur une classe d’école primaire où les élèves dressent la liste des éléments de contes de fées, princes, dragons, châteaux et même tigres, avant d’être interrompus par une fusillade. Estrella ne survit à la fusillade que pour rentrer chez elle et trouver la maison vide, sa mère ayant disparue. La fillette se trouve poursuivie par une trainée de sang tout au long du film, comme une sorte de fil rouge conducteur qui lui rappellerait sans cesse que sa mère n’est plus là. Le fantastique est implanté très tôt, mais de manière subtile et non envahissante, respectant ainsi la volonté de Lopez d’ancrer son histoire dans un contexte des plus réalistes. Estrella finit par rejoindre un groupe de garçons orphelins mené par Shine (Juan Ramon Lopez) : derrière ses allures de gros dur, Shine fait office de père de substitution pour les membres plus jeunes de son clan, n’hésitant pas à voler nourriture, téléphones et jouets pour subvenir à leurs besoins. L’arrivée d’Estrella dans la bande ne fera que confirmer cette tentative de normalisation avec la figure du père, de la mère et des enfants.

Estrella dans le film Ils reviennent (critique)

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Cependant, rien n’est normal et personne n’est épargné dans les quartiers dévastés par les trafics de drogues et d’êtres humains. Les enfants en ont trop vu – je n’en dirai pas plus – et se font prendre en chasse par un chef de cartel qui ne reculera devant rien pour sauver son honneur. Ils Reviennent est extrêmement brutal, voire très difficile à regarder par moments, mais c’est aussi un récit touchant qui traite de la perte des parents, du rapport à la mort et des croyances aux fantômes. En ce sens, le film n’est pas sans rappeler Los Silencios (2018) de Beatriz Seigner, autre petite pépite sud-américaine qui explore les relations entre les vivants et les morts dans un contexte tout aussi douloureux mais certes moins barbare. Ils Reviennent laisse volontairement planer le doute : est-on vraiment dans le fantastique ou plutôt dans l’imaginaire enfantin ? Une frontière souvent explorée par le cinéma fantastique, comme par exemple à la fin du Labyrinthe de Pan de Del Toro (2006). Tandis qu’Estrella croit dur comme fer aux petites créatures qui remplissent son quotidien, Shine joue le rôle de l’enfant pragmatique mais surtout désabusé qui ne croit plus en rien. Finalement, ce sera au spectateur d’en décider.

Fort d’un sound design impressionnant qui mérite qu’on le voit en salles, le long-métrage se targue aussi de la musique de Vince Pope – qui a notamment travaillé sur Black Mirror (2011-présent) – qui donne à la séquence finale une émotion profonde qu’on ne ressent que trop rarement dans le genre. Il faudra peut-être même penser à sortir les mouchoirs ! Le succès est amplement mérité pour cette production qui propulse Issa Lopez dans le royaume des grands du fantastique. La réalisatrice croule déjà sous les futurs projets, dont une collaboration avec Del Toro sur un film de loups-garous façon western, ça promet !


A propos de Emma Ben Hadj

Étudiante de doctorat et enseignante à l’université de Pittsburgh, Emma commence actuellement l’écriture de sa thèse sur l’industrie des films d’horreur en France. Étrangement fascinée par les femmes cannibales au cinéma, elle n’a pourtant aucune intention de reproduire ces méfaits dans la vraie vie. Enfin, il ne faut jamais dire jamais.

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