Vivarium


Parmi les grandes thématiques cet Étrange Festival 2019, le home invasion est particulièrement prisé par la compétition, avec notamment l’un des longs-métrages les plus attendus de cette édition : Vivarium, déjà présenté à Cannes à l’occasion de la Semaine de la Critique. L’irlandais Lorcan Finnegan livre un second long métrage aussi hypnotique que troublant.

Imogen Poots et Jesse Eisenberg dans le film Vivarium (critique)

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Enfer à louer

Un jeune couple à la recherche d’une maison tombe sur une agence pour le moins particulière, aussi étrange qu’alléchante. Leur erreur : accepter une visite. À partir d’un postulat aussi simple que conventionnel, Finnegan nous plonge dans le délire d’une banlieue-labyrinthe sans fin, sans issue, sans autre possibilité que de vivre dans la maison visitée avec une mission bien particulière, dont leur survie dépendra. Du quotidien, Vivarium bascule en un rien de temps dans le bizarre avec sa mise en scène léchée, son esthétique cartoonesque et son pitch efficace. Finnegan pose les bases d’un univers digne d’un épisode de la Twilight Zone, où l’ordinaire n’a plus sa place au sein d’un monde dont les règles ne seront jamais vraiment définies, sans que cela n’entache rien au dénouement final. Simple, rapide, efficace, on devient à son tour prisonnier d’une dimension parallèle aussi forte que déroutante, nous faisant perdre tout repère pour mieux nous approprier ses étranges codes.

L'étrange maison du film Vivarium (critique)

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Car Vivarium est un véritable paradoxe. Le film jouit d’immenses points forts, reposant essentiellement sur son univers visuel, son pitch et son ambiance oppressante, mais également un point faible qui vient quelque peu plomber le métrage : sa durée. Car la comparaison avec la fameuse Twilight Zone n’est pas anodine : le pitch n’était pas forcément adapté au format long, et cela se ressent. Un ventre mou s’installe doucement après l’arrivée de l’élément perturbateur, et peine à redonner un rythme au reste du récit qui s’en retrouve handicapé. On regrettera également les quelques réactions ingénues des deux protagonistes qui peinent à faire durer le suspense, se muant par moment dans une certaine exagération pour tenter de faire re-décoller l’intrigue. Ce Vivarium n’est donc pas un raté pour autant. Son pitch et son ambiance prédominent sur ses défauts, qui s’ils sont bel et bien apparents, sont éclipsés par la puissance d’un univers dont seul le spectateur peut établir les codes. Aucune réponse n’est clairement délivrée, Finnegan choisit de faire confiance à son public pour se faire sa propre opinion de l’histoire malheureuse qui nous est contée. De même, nous sommes en mesure de nous interroger sur ses véritables intentions : la latence dans laquelle semble s’embourber le rythme du récit n’est-elle pas justement établie pour être partagé par les personnages et le spectateur lui-même ? Car bien que pesant, on résiste à l’envie de regarder sa montre, tant le bizarre réussit à nous accrocher autant qu’à nous communiquer cette sensation d’anxiété, nourrie par un décor et une intrigue assez particulière pour fasciner.

Vivarium est une véritable leçon visuelle, tant son univers joue avec les codes du genre en restant oppressif au possible. Si certains regretteront un rythme un peu trop apathique, d’autres au contraire se laisseront porter par le récit et les nombreuses questions qu’il soulève. Reste à voir si vous êtes prêts à pénétrer la banlieue verte et sa prison en tout point impeccable.


A propos de Jade Vincent

Jeune sorcière attendant toujours sa lettre de Poudlard, Jade se contente pour le moment de la magie du cinéma. Fan absolue de Jurassic Park, Robin Williams et Sono Sion, elle espère pouvoir un jour apporter sa pierre à l'édifice du septième art en tant que scénariste. Les rumeurs prétendent qu'elle voue un culte non assumé aux found-footages, mais chut... Ses spécialités sont le cinéma japonais et asiatique en général.

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