La petite fille au bout du chemin


Découvert lors de la vingt-cinquième édition de l’Étrange Festival qui s’est tenue comme chaque année au Forum des Images, dans une sublime copie et présentée par Pacôme Thiellement, La petite fille au bout du chemin (Nicolas Gessner, 1976) est peut-être mon seul coup de cœur de ce week-end trop court passé au festival (l’année prochaine je pose des congés !).

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Bonjour ! C’est le proprio !

Martin Sheen et Jodie Foster dans La petite fille au bout du chemin (critique)

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Les choix en théorie sont toujours difficiles à faire lors des festivals de cinéma. C’est ce qui les rend excitants d’ailleurs. Choisit-on le bon film, ne va-t-on pas regretter de voir l’autre sur grand écran, a-t-on le temps d’enchaîner les deux, et surtout on mange quand ? Et puis parfois il y a des évidences, des sacrifices qu’on accepte de faire parce que c’est ce film l’élu, et pas un autre. Ce fut mon cas pour La petite fille au bout du chemin (Nicolas Gessner, 1976), un choix motivé par une affiche (changée depuis, mais voir ci dessus) sur la fiche consacrée au long-métrage sur le site de l’Étrange Festival. Un manoir en haut d’une colline, une haie en bois qui descend jusqu’à l’ombre d’une petite fille se tenant droite, une pelle plantée à ses côtés et PAF ! Mon imaginaire nourri aux Chair de poule fut d’emblée parti à fantasmer, imaginant déjà un fantôme de petite fille terrifiant ses voisins. Sans même lire le synopsis, il fut inscrit dans mon petit programme, pour un samedi soir de septembre parisien.

Jodie Foster dans le film La petite fille au bout du chemin (critique)

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Évidemment il n’est pas question de fantôme dans cette production – dont j’ignorais d’ailleurs l’existence, ce qui me fait comme à chaque fois que je ne connais pas un film, remettre en question ma cinéphilie et ma culture générale – mais d’une petite fille, de 13 ans incarnée par Jodie Foster, si jeune et si talentueuse, fraîchement arrivée dans une nouvelle ville avec son père, qu’on ne voit jamais, et dont les voisins interrogent l’existence. Le soir d’Halloween, Rynn fête, visiblement seule, ses treize ans lorsque sa dégustation de gâteau est interrompue par Frank, le fils de la propriétaire, un homme grave chelou qui visiblement aime bien les petites filles. Difficilement impressionnable, Rynn le vexe, le met à la porte des parts de gâteaux dans les mains. D’ores et déjà on comprend que le véritable danger c’est lui, et toute la ville semble prévenir la petite fille solitaire de ne pas trop se frotter (si j’ose dire) au bonhomme. Même la mère de ce dernier, qui fouine un peu trop dans la maison de ses locataires, conseille la jeune fille d’éviter de trop causer à son fils, sans en dire davantage. Cette dernière cherche par ailleurs à tout prix à revoir le père de Rynn et provoque la jeune fille qui, loin de se laisser impressionner par un.e adulte, la met à la porte et provoque sa fureur… Avant de faire la connaissance d’un jeune garçon de son âge, Mario, apprenti magicien à la patte folle, qui deviendra son complice (je n’en dirai pas plus) et son amant (ah ces jeunes !).

Le long-métrage, adapté du roman éponyme de Laird Koenig et réalisé par le suisse Nicolas Gessner (à qui l’on doit également La blonde de Pékin) fait partie de ces films dont on ne sait dans quelles cases les ranger tant ils sont riches. Vénéneux et mélancolique, il convoque, avec beaucoup moins de légèreté, des productions – dont les enfants des années 90, dont je suis, ont été nourris – réalisées ultérieurement tel que les Maman j’ai raté l’avion (Chris Colombus, 1990). Seule dans une maison qu’elle défend corps et âme du haut de sa dizaine d’années, Jodie Foster a quelque chose du futur Macauley Culkin (les plus méticuleux d’entre nous diront que c’est l’inverse), en plus trouble et en beaucoup moins marrant. Jodie Foster joue, avec brio – évidemment, c’est Jodie Foster – une enfant qui joue à l’adulte. De la répartie, le sens des affaires, elle tient seule une maison avec tout ce que cela comprend. Mais au fond, elle reste une adolescente à la démarche lourde qui ne sait pas se tenir droite et qui tombe amoureuse du premier garçon qui la regarde. Parce que La petite fille au bout du chemin finalement, ça parle de ça, des adolescents qui veulent s’émanciper de leurs parents.


A propos de Angie Haÿne

Biberonnée aux Chair de Poule et à X-Files, Angie grandit avec une tendresse particulière pour les monstres, la faute à Jean Cocteau et sa bête, et développe en même temps une phobie envers les enfants démons. Elle tombe amoureuse d'Antoine Doinel en 1999 et cherche depuis un moyen d'entrer les films de Truffaut pour l'épouser. En attendant, elle joue la comédie avant d'ouvrir sa propre salle de cinéma. Ses spécialités sont les comédies musicales, la filmographie de Jean Cocteau, les sorcières et la motion-capture.

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