Alita : Battle Angel 1


Projet de longue date de James Cameron finalement échu à l’excellent Robert Rodriguez, produit par papa Cameron et John Landau, Alita : Battle Angel avait tout pour intriguer notre âme d’amateur du genre. Le film est-il à la hauteur du talent de l’immense trio ? Eléments de réponses.

                                       © Twentieth Century Fox

Quand Hollywood fait les gros yeux

© Twentieth Century Fox

Alita : Battle Angel est le titre occidental (et occidentalisé, à l’instar des noms des personnages) d’un manga dessiné par Yukito Kishiro, Gunnm. On y suit le destin de Gally (Alita), cyborg retrouvée en pièces dans une décharge, puis réparée par le docteur Ido. Celle-ci étant amnésique, elle entreprendra alors sa recherche d’identité dans une ville futuriste décadente après la collision de la Terre avec une météorite. Manga éminemment sombre et violent, il rencontre un vif succès critique au Japon, puis s’exporte en occident. Il sera l’un des premiers mangas avec Dragon Ball à connaître le succès hors des frontières nippones. James Cameron achète au prix fort les droits d’adaptation en 1999 puis en annonce la pré-production en 2003. Après quelques années, une révolution du nom de Avatar (2009), et la mise en chantier de multiples suites, il préfère laisser la réalisation à Robert Rodriguez et en assurer la production avec l’aide de son ami producteur John Landau. S’attaquer à un récit sombre et ultra violent, ça n’effraie pas Rodriguez, puisqu’il avait déjà réussi son adaptation de Sin City (Robert Rodriguez, 2005), et que sa cinématographie est très ancrée dans le gore avec le chef-d’oeuvre du genre qu’est Une nuit en enfer (1996), ou encore les rigolos mais un peu parodiques Machete (2010) et Machete kills (2013). Mais c’est un autre de ses registres que lui demandera d’exploiter James Cameron : le divertissement populaire. La bande annonce ne laissait que peu de place à l’interprétation, on sera plus proche de Spy Kids (2001) que de Planète Terreur (2007). Pas de gerbes de sang donc, pas d’organes reproducteurs liquéfiés, notre pugnace Alita s’est bien assagi par rapport au matériau de base. Mais est-ce un mal ?

L’un des côtés les plus importants de l’oeuvre littéraire est le fait d’opposer la froideur du monde humain à l’humanité latente mais de plus en plus assumée de cette cyborg d’Alita. Et en cela le métrage s’en sort honorablement par plusieurs aspects. D’une part l’interprétation solide de Rosa Salazar, très expressive, parfois à la limite du sur-jeu sans toutefois la franchir, nous attendrit par ses mimiques. D’autre part, la performance capture aux petits oignons arrive parfaitement à lui rendre justice à travers les expressions de l’androïde principale. On notera surtout le parti pris d’agrandir ses yeux (idée provenant de James Cameron), qui, s’il pouvait effrayer au premier abord, parvient à ne jamais nous faire oublier le côté synthétique du personnage malgré son humanité expressive. De plus, par un habile jeu de contraste avec les expressions plus mesurées des personnages humains (Christoph Waltz qui ne cabotine étonnamment pas tant que ça, par exemple), l’emphase est mise sur son côté émotif. Le côté humain est également exacerbé par l’intrigue plutôt enfantine, et avouons le franchement convenue, qui pourrait être un rappel à l’innocence des personnages de Titanic (James Cameron, 1997), ou même de Avatar (James Cameron, 2009). Le traitement des personnages semble en effet être passé à la moulinette du maître hollywoodien, dans ses qualités comme dans ses défauts. Si l’univers du manga semble respecté, il est très édulcoré voire parfois aseptisé. Le manichéisme est de mise, et chaque virage de l’intrigue peut être anticipé. Le film fait l’impasse sur le côté psychologique dépressif du monde en ruine, les soucis philosophico-humanistes du personnage principal, les influences de Philip K. Dick ou Rudy Giger, au profit d’une simplicité de la narration, d’une prédominance de l’action. Alita ne se pose plus de question, elle est désormais une battante motivée.

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Cependant, on n’a pas affaire ici à un long-métrage purement cameronien, car Rodriguez parvient à faire émerger sa patte par une mise en scène très soignée de l’action, laissant entre-apercevoir quelques passages plutôt violents pour une production tout public. Il semble que le réalisateur Mexicain ne puisse pas se défaire totalement de ses influences, puisqu’il nous propose quelques démembrements (de cyborgs, donc pas vraiment des humains, ça passe mieux), ainsi que du sang (de couleur bleue, ça passe mieux). Quelques pointes d’humour viennent ponctuer le tout et on sourit de bon cœur avec les personnages. L’ensemble est efficace, géré avec un rythme irréprochable, et malgré ses 2h20 on ne s’ennuie jamais vraiment. Ce constat fait, oui c’est vrai, Alita : Battle Angel s’éloigne à bien des égards du manga de base, et de la profondeur de ses réflexions. En cela il ne lui est pas fidèle, hormis les principales intrigues narratives. Le manga est bien plus qu’un enchaînement d’événements, c’est avant tout un univers très inspiré de la SF crasseuse des années 70/80 et de son ton morose et dépressif. Cependant Cameron et Rodriguez assument jusqu’au bout leur parti pris de faire un film de divertissement populaire, quitte à revisiter les personnages, leurs relations et leurs volontés pour cadrer aux codes finalement assez cameroniens du cinéma Hollywoodien populaire. Et en cela, l’objet est une adaptation tout à fait honorable. Le côté négatif qui en découle, peut être, et que l’ombre de Cameron plane tout du long, et malgré quelques sursauts, le talent de Robert Rodriguez s’efface derrière le nom de son producteur. L’occasion de nous rappeler à quel point le Hollywood contemporain est devenu incapable de laisser des auteurs laisser une quelconque empreinte personnelle sur des produits aussi calibrés par leurs producteurs.


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass. Ses spécialités sont les thrillers, les films de super-héros et la filmographie de Brian De Palma.


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