Prédateur


Réalisateur hollandais officiant dans la série B depuis les années 80, avec quelques succès relatifs comme L’ascenseur (1983), et Amsterdamned (1988), Dick Maas revient en 2016 avec Prédateur (Prooi en VO). Plus de deux ans après, Rimini lui offre une sortie en DVD en France, partons à la chasse au lion !

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C’est l’histoire d’un lion et d’un fauteuil roulant

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Amsterdam, nuit paisible, une famille est subitement atteinte de violents décès. Devant ce qui semble être l’oeuvre d’un gros animal, la police demande l’aide d’une vétérinaire du zoo local pour traquer la bête. Finalement dépassée, elle fait appel à un ex petit ami, chasseur de lion cloué sur fauteuil roulant (le petit ami, pas le lion), pour en finir une fois pour toute avec la boule de poil. Entre le pitch et la jaquette du DVD nous montrant un gros lion encadré par 2 voitures de police, agrémenté d’un “Prédateur” coupé par une trace de griffes, il est clair que l’on sait dans quoi on met les pieds. Et alors qu’on se prépare mentalement à visionner ce chef d’oeuvre de série B décomplexée, un premier coup nous est asséné au lancement même du DVD : le menu nous montre un plan fixe d’une rue et un lion modélisé sans doute avant la sortie de Toy Story 1 (John Lasseter, 1995) qui y court sur place. Le long-métrage dure 1h43, cela risque d’être long. Pour nous divertir, le DVD ne nous proposera en plus du film qu’une simple bande annonce, sans doute dans le cas où, dérouté par le menu, on souhaiterait s’épargner la souffrance du visionnage du film.

Celui-ci commence par un plan subjectif (du lion très certainement) assez lent, passant à travers une plaine pour s’approcher d’Amsterdam. Le tout est agrémenté d’une musique au synthé, faiblement inspirée des scores d’un John Carpenter. On apprend qu’à l’instar du maître à moustache, c’est Dick Maas lui même qui signe la musique de son bébé. On se demande alors si cette musique (assez cheap, avouons-le) est un hommage second degré, ou une tentative de copie. Et cela va être le gros problème du film : le second degré. Il est de toute évidence assumé dans l’intention mais il semble mal maîtrisé, si bien que devant le ridicule évident de certaines situations, et le sérieux avec lequel elles sont traitées, on ne sait plus très bien où se placer. Dick Maas essaie de mélanger des éléments du comique de situation, et des éléments de films d’horreur de manière trop littérale sans jamais réussir à atteindre pleinement son objectif. Predateur n’est jamais vraiment drôle, ni vraiment effrayant. Les dialogues sont absolument sans saveur et clichés, comme bien souvent dans les films de type slasher comme celui-ci vous me direz, mais justement là est le fond du problème. Tout au long du truc on a l’impression que Dick Maas a dressé une liste exhaustive de tous les codes du slasher et les a appliqués telle une recette de cuisine, en essayant de créer des situations comiques dans lesquelles les insérer mais sans jamais les questionner. Cependant on aura beau prendre la liste des ingrédients d’un brownie au chocolat, si on essaie de les faire cuire tels quel à la vapeur, ça ne donnera ni un bon brownie, ni même un bon gâteau tout court.

Notons toutefois que les comédiens, s’ils ne semblent surement pas au sommet de la crédibilité, semblent assez impliqués pour ne pas nous faire fuir définitivement. Mention spéciale au chasseur de lion à roulettes, dont le principal fait d’arme sera d’assurer une somptueuse course poursuite lion contre fauteuil roulant dans un parc et qui aura le mérite d’être le seul moment où on sera tenté de décroché un sourire. Et justement, le plus grand succès de Prédateur, au final et malgré son grand défaut de ton, c’est qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde. L’action et le rythme sont bien dosés, les tentatives d’humour sont régulières bien qu’elles tombent souvent à l’eau. On peut être exaspérés par les dialogues, amusés par les pitreries ou le mauvais goût, souhaiter la mort des acteurs, mais en fin de compte le film ne laisse pas un souvenir si mauvais que ça. C’est grave docteur ?


A propos de Benoit Dechaumont

Etudiant à la Fémis dans le Département Exploitation, Benoît travaille pour porter un jour les séries dans les salles de cinéma. En parallèle, il écrit sur ce qu’il voit sur petit et grand écran avec une préférence pour les histoires de voyage dans le temps. D’ailleurs il attend que son pouvoir se développe pour devenir l’intrépide Captain Hourglass. Ses spécialités sont les thrillers, les films de super-héros et la filmographie de Brian De Palma.

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