The Car : Enfer Mécanique 1


A l’occasion de sa ressortie en DVD chez Universal, retour sur The Car, sobrement intitulé en français Enfer Mécanique, un film d’horreur dans la lignée du Duel de Steven Spielberg.

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K2000 of the Dead

Nous sommes en 1977, et Steven Spielberg a déjà marqué de son empreinte le cinéma de genre avec deux films devenus immédiatement cultes, Duel (1971) puis Les Dents de la Mer (1975). Le succès mondial de ces deux films va inspirer bon nombre de studios qui vont tenter de surfer sur la vague des requins et voitures tueuses. Roger Corman n’est pas le premier à avoir le flair – il demande à son petit protégé Joe Dante de réaliser un pastiche du célèbre film de requin tueur avec Piranhas en 1978 – car Universal a l’idée géniale de mélanger les recettes des deux films de Spielberg pour livrer The Car : Enfer mécanique, p18ru5moidsql1gtkult8pee5632qu’ils confient à un certain Elliot Silverstein dont les faits d’armes se limitent à quelques téléfilms, ainsi que des westerns et polars de seconde zone. Le film obtient néanmoins un petit succès grâce à la présence en son casting de l’acteur James Brolin, qui ressemble quand même pas mal à son fiston Josh, tout en ayant aussi des airs de Christian Bale et la voix de Matthew McConaughey.

L’histoire de The Car : Enfer Mécanique se déroule dans la petite bourgade de Santa Ynez, paumée au beau milieu des montagnes de l’Utah, l’endroit rêvé pour jeter du haut des ravins les cyclistes avec sa voiture et faire passer ça pour une mauvaise glissade de deux couillons faisant la course. C’est ce que le conducteur de cette énorme berline noire, une Lincoln Continental – la même que celle dans laquelle le président Kennedy s’est fait assassiner quelques années plus tôt – a bien compris, puisqu’il va s’amuser dans un premier temps à terroriser les amateurs de randonnées en VTT, et même, disons-le, à prendre un malin plaisir à rouler un peu trop près du bord pour les faire tomber en contrebas. Le meurtre aurait pu n’être qu’un accident s’il n’avait pas été suivi, quelques heures plus tard, par l’écrasage délibéré d’un auto-stoppeur hippie joueur de trombone. Sur ce, les policiers du Comté menés par le vaillant shérif Everett (John Marley) et le capitaine Wade Parent (James Brolin) vont se mettre sur les traces (de pneu) de cette berline noire qui pourrait bien être celle du diable en personne !

Si le scénario n’est pas flamboyant d’inventivité, la mise en scène, sans arriver à la cheville de Spielberg, réussit néanmoins à rendre les séquences de la voiture assez réussies. Si le choix de ne jamais montrer les meurtres commis par la voiture en les laissant la plupart du temps hors champ pourrait paraître comme une solution de facilité, l’utilisation de figures visuelles récurrentes tels que les nuages poussiéreux émanant des pneus, ou les fumées d’échappements, donne au tout une cohérence et une certaine beauté p18ru5moij1tkmutnbbp1r2ng534formelle. Les plans de l’intérieur de la voiture, que l’on suppose être le point de vue du conducteur – bien qu’on apprendra bien vite qu’il n’y en a finalement pas, et que la voiture agit bien seule – participent à cette même stylisation de ces moments automobiles, par un filtre orange donnant à ces plans une dimension irréelle rappelant même les gialli de Dario Argento. La voiture est clairement personnifiée – s’inspirant grandement de ce qu’avait réussi Steven Spielberg avec son camion démoniaque – et Silverstein réussit à même à nous étonner, filmant l’automobile dans des angles étonnants et esthétiquement très jolis. Cette berline est un peu le versant diabolique de la voiture de la série K2000, ou la grande sœur de Christine (John Carpenter, 1983). Si le film n’est pas resté dans les mémoires autant que Duel, ses effets sonores auraient beaucoup marqué le public de l’époque, et notamment le son du terrifiant klaxon de la voiture, qui retentit à chaque fois qu’elle s’attaque à une nouvelle victime.

Si The Car : Enfer Mécanique (retitré L’enfer Mécanique sur le DVD) n’est pas un chef d’œuvre qu’il faut à tout prix redécouvrir, on appréciera néanmoins l’effort d’Universal de maintenir en vie son catalogue en proposant une ressortie de ses films les moins connus. Cette édition DVD – pas de sortie Blu-Ray de prévue – s’inscrit dans la collection Universal Classics et propose le film dans son format d’origine dans une qualité correcte, et dans un son mono. Et puisqu’il faut bien qu’il y ait un hic, on regrettera une nouvelle fois qu’Universal n’ait pas fait l’effort de proposer de bonus. Ceci étant dit, il serait quand même dommage de se passer de ce film plutôt rare et sommes toute, plutôt sympathique.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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