A Serbian Film 4


Depuis ses premières projections mars 2010, A Serbian Film a rapidement créé l’excitation et l’engouement chez les cinéphages du monde entier. Au Marché du Film de Cannes, il a même “fait une victime”. Encore un film qui ne sortira probablement pas en France (il a été seulement projeté à l’Étrange Festival en septembre dernier), mais que beaucoup ont pourtant déjà vu, et dont personne ne sort indemne. Alors, énorme fumisterie ou vrai chef-d’œuvre comme l’était Cannibal Holocaust en son temps ? Thibault Franquin se penche sur le cas “Serbian Film”.

A Serbian Film - Silent Scream

Affreux, sale et méchant

Sorti en 2010, A Serbian Film est un long métrage serbe indépendant réalisé par Srđan Spasojević, retraçant l’histoire de Milos, l’ex-Dirk Diggler de la Serbie, qui a décidé de décrocher pour vivre avec sa femme et son fils… Jusqu’au jour où Vukmir, un mystérieux réalisateur, lui propose un nouveau contrat avec une excellente rémunération. C’est sans le savoir que Milos va se retrouver être la star d’un snuff movie… Non, A Serbian Film n’est pas un film gore, c’est un thriller. Alors qu’aujourd’hui le cinéma gore/trash/underground n’est réduit qu’à des productions sans budgets (Dorm of the Dead, Necrofiles 2, Black Blooded Brides of Satan…) où la suggestion est de mise tant les effets spéciaux sont honteux (à part peut-être chez Lucifer Valentine) le cinéma d’horreur et le “torture porn” se portent de mieux en mieux (l’interminable saga des Saw en est un exemple), A Serbian Film était la parfaite claque qu’il me fallait pour me réconcilier avec le cinéma trash actuel. Pour m’expliquer clairement, ce qui est le plus surprenant dans l’œuvre aussi violente qu’est A Serbian Film, c’est que ce n’est pas un film semi-amateur, tourné au caméscope, avec un peu de ketchup dans les scènes de viol pour rendre le tout encore plus choquant (aucune référence à Necrofiles 2, bien sûr…) mais il s’agit bel et bien d’un bon film d’horreur professionnel, avec casting (Srđan Todorović, vu assez souvent chez Kusturica), musique, montage et effets spéciaux à l’appui. Imaginez Nekromantik avec le budget d’Hostel !

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C’est de là que je trouve que A Serbian Film puise sa force. Est-on en train de regarder un sordide film trash où le budget était à la hauteur de ses attentes ? Ou est-ce un film classique mais qui va le plus loin possible dans l’ignominie ? Dans tous les cas, impossible de rester insensible face à l’œuvre de Spasojević, qui ose nous montrer ce qu’aucun “torture porn” n’a osé nous montrer jusqu’à ce jour et surtout… qui justifie enfin cet étrange appellation. Mais A Serbian Film n’est pas véritablement un “torture porn”, disons que c’est un thriller, faisant assez souvent penser à 8MM de Schumacher, mais où les scènes d’horreur ne sont pas forcément sanglantes, mais exclusivement sexuelles ! En brisant les tabous et en nous montrant pas mal de paraphilies, le long métrage fait la différence. On peut également penser à Irréversible de Gaspar Noé, mais celui-ci s’éloigne trop des structures classiques du cinéma, s’approchant plus de “l’art et essai”. Le film serbe, lui, ne prétend pas être plus ce qu’il est : un film d’horreur. Mais un film d’horreur qui ne fait pas les choses à moitié. Et c’est ça qui fait plaisir !

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Qu’en est-il du gore et du sexe ? Quelles sont ces fameuses scènes trash et insoutenables à en faire pâlir Cannibal Holocaust ? Je ne préfère rien vous dévoiler ici. Il suffit de faire un rapide tour sur le net pour trouver divers points de vue, descriptions, réactions (et pour ma part, j’espère bientôt : parodie) sur le sujet. Et le message du film, qu’en est-il ? Vous aurez remarqué que je ne l’ai pas évoqué à travers mon article, tout comme la soi-disant rumeur comme quoi le film aurait été financé par le gouvernement serbe (démentit par le scénariste Aleksandar Radivojevic). Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu’il ne m’intéresse pas. Les détracteurs de ce film pense que le réalisateur se cache derrière un message politique afin de “justifier” la barbarie de son œuvre, moi je pense qu’essayer de vous faire aimer ce film en disant : “mais vous ne voyez pas, il y a un message derrière ces horreurs”, “ce n’est pas de la violence gratuite” est inutile. Regardez ce film et prenez-le comme vous le sentez. Parfois, ne pas chercher à comprendre est plus satisfaisant. Un film d’horreur peut également servir de “douche froide” nous sortant du monde politiquement correct dans lequel nous vivons.


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4 commentaires sur “A Serbian Film