Comme des chiens enragés


Le Chat Qui Fume (encore et toujours) nous lance à la tronche un polar hargneux et politique en combo DVD/Blu-Ray : Comme des chiens enragés (Mario Imperoli, 1976).

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C’est beau la petite bourgeoisie

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Au rayon des décennies du polar, il est probable que les seventies soient une des plus belles. Outre-Atlantique ou dans nos contrées européennes, le film policier – et toutes ses ramifications : politique, thriller, néo-noir… – a livré quelques-uns de ses plus beaux fleurons pour lesquels, si la France n’est pas en reste (il faudrait un livre entier pour dire tout le bien que je pense du polar français des années 70), l’Italie a une place prépondérante. Sans parler du giallo, le genre vedette, l’Italie des années de plomb a une culture et une patte polar affirmées, entre réalisme social et discours politique percutant. Le Chat qui Fume se destine à être une référence de l’édition transalpine dans l’Hexagone, ne cessant d’ajouter à son catalogue des œuvres italiennes qui valent plutôt le coup d’œil. Après une série de gialli tels que Les Rendez-vous de Satan (Giuliano Carmineo, 1972) ou Chats Rouges dans un Labyrinthe de Verre (Umberto Lenzi, 1975), le félin distribue Comme des chiens enragés, un brûlot impudique tourné en 1976 par Mario Imperoli, artisan du septième art fort peu connu ici-bas.

Comme des chiens enragés s’inspire d’un fait divers majeur au-delà des Alpes mais quasi-inconnu en France, sobrement nommé  « Il Massacro del Circeo », soit la mort pour l’une, et le viol-torture pour l’autre, de deux jeunes femmes qui a force de courir d’hommes riches en hommes riches pour fuir leur rang social, ont fini par tomber sur une très mauvaise rencontre. Imperoli et son scénariste Piero Regnoli (auteur de moult autres polizetti bourrins) ne reprennent pas précisément ce tragique canevas mais s’en inspirent via la traque, par un commissaire de police, d’un trio de jeunes bourgeois qui abusent de leur position pour torturer et tuer ceux qu’ils considèrent comme détestables (homosexuels, vieux, prostituées…) dans un sentiment logique d’impunité, couverts qu’ils sont par les relations de Papa. Fidèle à la sur-politisation du cinéma rital de l’époque, le long-métrage est une charge appuyée contre le système pourri qu’il dénonce allant jusqu’à métaphoriser, lors de son climax, la prégnante lutte de classe avec une résolution qui n’est pas sans ironie puisque c’est à la faveur d’une manifestation de communistes que le trio meurtrier va rencontrer une embuche majeure. Le message et la force de la morsure, presque caricaturale, sont séduisantes : toutefois Comme des chiens enragés est alourdi par son côté putassier (lourdeur de la démonstration, bisserie totale dans le traitement du corps féminin destiné à montrer un nichon le plus souvent possible…) et par un scénario qui pâtine quand même sévère… A sujet plus ou moins similaire – la jeunesse italienne des années de plomb – on préfèrera de très loin le brillant San Babila, un crime inutile (Carlo Lizzani, 1976), toujours chez Le Chat Qui Fume.

Comme des chiens enragés est livré dans un combo DVD/Blu-Ray à l’artwork tout coquin (une femme dépoitraillée et ensanglantée, que demande le peuple ?) qui pourrait faire penser à tort qu’on a affaire à un giallo. La copie est de irréprochable, sachant conserver juste ce qu’il faut de grain et de vieillerie pour apprécier le visionnage d’une série B comme il se doit et la réalisation assez étonnante de Mario Imperoli, construite sur une opposition souvent marquée entre l’environnement des personnages et un cadrage très serré sur les visages. Comme pour le film de Lizzani pré-cité, l’unique mais instructif supplément proposé (mises à part les bandes annonces) est une présentation du long-métrage par l’assistant d’Imperoli, le Signore Claudio Bernabei.

 

 

 

 

 

 


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers. Spécialiste des westerns et films noirs des années 50, il peut parfois surprendre son monde en défendant un cinéma "indéfendable" et trash.

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