Stranger Things – Saison 2


Il m’aura plus fallu de temps pour écrire cet article que pour binge-watcher la saison complète. Vous l’aurez compris, on va causer de la saison 2 du show Netflix que l’on ne présente plus : Stranger Things. Désolé pour ceux qui n’ont pas encore vu cette saison ou ne l’ont pas encore terminée, il vaut mieux revenir lire ceci après.

How you gonna call ?

Véritable phénomène de l’an passé, la première saison de Stranger Things ne nous avait pas laissés indifférents. Il faut dire qu’à Fais pas Genre ! contrairement à quelques-uns, on ne bougonne pas dans notre coin à chaque fois qu’un film ou une série verse dans la nostalgie d’un certain cinéma. Bien au contraire puisque l’on regrettait depuis longtemps que le cinéma américain ne savait plus faire de grands films familiaux versant dans le fantastique, la science-fiction ou l’horreur (voir notre article : Ce cinéma qui n’existe plus) comme on savait les faire dans les années 80. A ceux qui défendent mordicus l’idée que cette déferlante rétro est avant toute chose une entreprise commerciale opportuniste, je vous invite à lire aussi, l’article publié ici même il y a quelques jours s’intitulant : Hollywood doit-il arrêter de regarder dans le rétro ? Cette publication connexe me permettra ainsi d’aborder cet article sous un autre angle, puisqu’il s’agit moins ici de répondre à quelconque polémique que de parler concrètement de cette seconde saison très attendue.

On avait quitté la série sur un épilogue glaçant qui voyait le rescapé Will recracher dans un lavabo une créature effrayante, semblable à une limace. Lorsque l’on revient à Hawkins au début de cette deuxième livraison d’épisodes, un an s’est passé depuis l’attaque du Demogorgon et la disparition de Eleven. Will et sa mère tentent tant bien que mal de se reconstruire. Cette dernière entreprend de refaire sa vie avec un gentil hobbit joufflu incarné par Sean Astin – s’il est connu pour être le Samsagace de la Trilogie de l’Anneau (Peter Jackson, 2001-2003) il fût surtout l’un des gamins du film culte Les Goonies (Richard Donner, 1985) – soit, l’un des nombreux clins d’oeil appuyés de cette saison qui lui vaut d’en énerver certains du fait, disent-ils, « d’un manque de finesse ». Will de son côté, n’est pas tout à fait sortie indemne de sa mésaventure de l’année passée puisqu’il est toujours hanté par des visions du « monde à l’envers » (ou l’Upside Down en V.O) et prophétise en dessin ce qu’il dira être le maître de cette dimension : une créature gigantesque et tentaculaire qu’on appellera plus tard dans la série Le Flagelleur mental, nom que lui trouvent les enfants en référence à l’une des créatures du bestiaire de Donjons & Dragons.

Réduire l’analyse de cette deuxième saison de Stranger Things aux simples citations et clin-d’oeil au cinéma des années 80 est aussi simple que lâche. Car à bien des égards, ces dix nouveaux épisodes sont d’une qualité et d’une densité largement supérieures à leurs prédécesseurs. Si la première saison était, de fait, cantonnée à son statut de saison d’exposition (posant l’univers, les personnages, les codes) la seconde axe davantage sa narration sur les personnages et leur évolution psychologique. Ainsi, aucun n’est ici laissé pour compte. Même ceux qui n’avaient pas forcément connu un traitement très intéressant dans le premier volet se retrouvent ici dotés de leur propre arc narratif. C’est le cas par exemple du bad-boy Steve, petit-ami détestable de Nancy dans la première saison. Ici, rejeté par sa dulcinée qui lui préfère définitivement le mystérieux Jonathan (concluant bien heureusement cet ennuyeux triangle amoureux qui altérait parfois le rythme de la saison une) ce ténébreux salaud va se lier d’amitié avec le jeune Dustin, lui-même emprunt d’un chagrin d’amour depuis que la nouvelle de l’école, une jolie rousse pour qui il avait le béguin, est tombée dans les bras d’un des autres garçons de sa bande, le rigolo Lucas. C’est finalement en dynamitant la cohésion du groupe des quatre garçons que les scénaristes parviennent à ré-inventer et enrichir les rapports de tous les personnages entre-eux. L’association parfois inattendue de deux personnages l’un avec l’autre : on a parlé de la bromance unissant Steve et Dustin, mais on pourrait aussi énumérer la love-story entre Lucas et Max, l’amitié de deux esprits désabusés et traumatisés qui unit Will et Mike, le lien entre Dustin à nouveau et sa créature Darte, l’histoire d’amour enfin consommée entre Jonathan et Nancy, sans oublier, bien entendu, tout cet arc narratif se déployant autour d’un rapport père/fille de substitution liant Eleven et le sherif Hopper.

Pour le reste, la série réussit à ne pas tomber dans le redit et enrichit même considérablement sa mythologie. Si cette dernière est certes largement inspirée des récits des années 80 – on pense aux films de Carpenter, de Spielberg bien sûr, mais aussi beaucoup au Poltergeist de Tobe Hooper – son bestiaire lovecraftien venu du monde d’en dessous et les mystères (parmi lesquels, ceux entourant toujours les expériences menés par des scientifiques sur des enfants potentiellement dotés de super-pouvoirs) font de Stranger Things la digne héritière des grandes séries à mystères qui lorgnaient avec le paranormal, de X-Files à Fringe. Autre tour de force, elle parvient à dégoter cette année à la réalisation, outre les Duffer Brothers et Shawn Levy (ils signent à eux trois la majorité des épisodes) la présence de Andrew Stanton – réalisateur acclamé de l’écurie Pixar, à qui l’on doit entre autre le chef-d’oeuvre Wall.E (2008) et le sous-estimé John Carter of Mars (2012) – un renfort de poids qui livre deux des meilleurs épisodes. Alors, on pourra bien entendu encore nous rappeler que le charme de ce Stranger Things est un peu suranné et surfait. Nous accuser aussi d’aimer cela juste parce que Netflix a su habilement nous attendrir avec des doudous de nostalgie pour trentenaires ou quasi. A tout cela, je crois pouvoir répondre qu’avec cette deuxième saison, les Duffer Brothers ont réussi à me faire aimer davantage les personnages que les références qu’ils citent ou les costumes qu’ils portent. N’en déplaise… On tient là l’une des meilleures série de l’année.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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