Valérian et la cité des mille planètes


Vanté partout comme étant « le film le plus cher de l’histoire du cinéma français » ou « le premier space-opera hexagonal » l’adaptation cinématographique du classique de la bande-dessinée française, Valérian et Laureline par Luc Besson, intitulée Valérian (sans Laureline) et la Cité des mille planètes était attendu au tournant par tout le monde, y compris par nous.

Valérian et la Cité du Cinéma

Après l’escrime, l’équitation, le foot et dans une moindre mesure les retards ferroviaires, le tir en rafale sur Luc Besson est sans nul doute devenu, depuis 1988 le principal sport national français. A cette date, notre ami sortait ce qui doit encore être aujourd’hui son plus gros succès populaire, Le Grand Bleu, accueilli à froid par la critique alors qu’il bat des records d’affluence en salles et devient immédiatement culte. Si dans la maison, on a récemment fait notre coming-out en assumant de ne pas être de ceux qui adulent aveuglement Christopher Nolan, on ne va pas se faire des copains en ajoutant que nous ne sommes pas non plus de ceux qui considèrent que Luc Besson est au moins l’équivalent en nullité du bon vieux Uwe Boll. A titre personnel, j’admets volontiers que la filmographie du bonhomme a plongé dans une véritable abysse qualitative dont le fond du gouffre serait certainement le grossier et ridicule Lucy (2014) dans lequel Scarlet Johansson utilisait 100% de son cerveau pour devenir une clé USB. A y regarder de plus près, il est même clair que pour retrouver le souvenir d’un vrai bon film de Luc Besson il faut remonter presque vingt ans en arrière avec le biopic mâtiné de film d’action-historico-comique sur Jeanne d’Arc (1999). J’en profite pour effectuer une brève divagation dont j’ai le secret pour préciser que je dois à ce film l’un de mes grands traumatismes de cinéma dû à ses séquences d’apparitions flippantes de Dieu – si c’est le cas aussi pour vous, commentez cet article et montons rapidement un groupe pour faire des cercles de paroles et se soutenir mutuellement – soit, ceci étant dit revenons à nos moutons. Entre aujourd’hui et l’année de la sortie de Jeanne d’Arc se sont écoulées huit années durant lesquelles Luc Besson n’a cessé de décevoir, enchaînant des films mineurs Angel-A (2005) et The Lady (2011), désagréables comme Arthur et les Minimoys et ses deux suites (2006-2009-2010), insignifiant comme la parodie de film de gangster Malavita (2013) ou franchement ratés comme Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (2010) ou le nanar pétaradant Lucy (2014) sur lequel je vais arrêter de me défouler. On n’oubliera pas d’admettre que le monsieur a aussi fourvoyé son nom et donc sa réputation en trempant son stylo de scénariste et sa valise à biftons de producteur dans un bon gros paquet de merdes.

Soit, une fois tout ça admis, il convient néanmoins de rappeler que Besson est aussi le petit génie qui réalise à 23 ans seulement un film qui fait vraiment pas genre, l’insolite Subway (1985) ainsi que quelques-uns des grands films d’actions français des années 90, avec Nikita (1990) et Léon (1994) sans oublier bien entendu, le seul et unique film de science-fiction que la patrie peut s’enorgueillir d’avoir produit sans avoir la te-hon internationale : Le Cinquième Élément (1997). Le voir donc revenir aujourd’hui à ce genre complètement déshérité par le cinéma français qui l’a pourtant inventé – Le Voyage dans la Lune (1901) de Méliès n’est-il pas le premier film de science-fiction de l’histoire du cinéma ? – avec l’adaptation d’une des bande-dessinées fondatrices de la culture SF (à savoir Valerian et Laureline du duo Pierre Christin (scénariste) et Jean-Claude Mézières (dessinateur) dont la première publication remonte à 1967) est une plutôt bonne nouvelle. Pour de suite défaire toutes les critiques qui sont faites à Luc Besson de ne faire que « recycler les idées visuelles de Star Wars, Star Trek et Avatar » rappelons simplement que la bande-dessinée de Christin et Mézières est une pierre fondatrice du space-opera cinématographique dont l’influence est partout. D’innombrables articles furent publiés à ce sujet à l’occasion de la sortie du film aussi nous n’énumérerons pas ici les nombreuses cases et idées scénaristiques empruntées par George Lucas à la série dans sa première trilogie. Déjà dès 1991, Luc Besson avait travaillé en étroite collaboration avec Jean-Claude Mézières et le non moins grand Moebius à l’élaboration de l’univers graphique de son Cinquième Élément (1997). Aussi, si l’adaptation par Besson de l’univers de Valérian et Laureline coule de source (de l’aveu même de ses auteurs) accuser le cinéaste français de pomper des codes, des images, des motifs déjà visibles dans d’autres films qui, avant lui, pompaient déjà allègrement la série de bande-dessinées me semble quelque peu ubuesque. Par ailleurs si les Pearls, peuple primitif dont il est question ici au centre de l’intrigue, semblent être des cousins proches des Na’avis de Avatar (James Cameron, 2009) il s’agit moins d’un plagiat que les conséquences du choix de Besson de travailler avec Joe Letteri et les équipes de Weta Digital qui ont signé les effets numériques révolutionnaires du film de Cameron.

Il faut dire que le sous-genre du space-opera est si peu emprunté – le coût monstrueux qu’il suppose en est sûrement la cause principale – et par ailleurs largement dominé par des franchises dont l’influence marketing est si surpuissante (Star Wars, Marvel, Star Trek, Avatar) que toute tentative d’imposer une nouvelle franchise dans ce vaste univers se heurte irrémédiablement à la comparaison. Pourtant, l’univers est gigantesque et ce genre, plus que d’autres, devrait permettre qu’une infinité d’histoires puissent être contées. Depuis des années, hormis Avatar (2009) et dans une moindre mesure les deux Gardiens de la Galaxie  (James Gunn, 2014 & 2017) chez Marvel, beaucoup de franchises se sont cassées les dents au box-office malgré des univers forts et non dénués d’intérêt. Je pense plus particulièrement au sous-estimé John Carter (Andrew Stanton, 2012) de Disney mais aussi à d’autres plus ou moins gros flops tels que Serenity (Josh Whedon, 2005) ou La Stratégie Ender (Gavin Hood, 2013). Avec son relatif échec commercial aux Etats-Unis, Valérian et la Cité des mille planètes s’ajoute donc à cette longue liste, car oui, le film n’est pas totalement dénué d’intérêt. Le film propulse les agents spatio-temporels Valerian (Dan DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) dans une mission à haut risque pour récupérer un animal aux pouvoirs précieux des mains d’un malfrat extraterrestre. De fil en aiguille, ils vont comprendre que la mission pour laquelle on les embauche n’est pas aussi vertueuse et que les ennemis qu’on leur désigne, les Pearls, ne sont pas si mauvais que cela.

Si l’on peut lire partout que la plaie du film est son scénario tarabiscoté et faiblard – une attaque très convenue quand on vise un film de Luc Besson – il convient à mon avis de peser ses mots. Certes, l’écriture des deux personnages est passablement bâclée, leur rapport amoureux étant digne des représentations stéréotypés des années cinquante (Valérian n’a de cesse pendant tout le long-métrage d’essayer de convaincre Laureline de se marier avec lui alors même qu’ils n’ont même pas échangé un seul baiser, mais cette dernière refuse car Valérian a une réputation de coureur de jupons) et leurs interprètes véritablement le gros point négatif du film. Dan DeHaan qui incarne Valérian est insupportable, abordant un look incompréhensible de junky en manque et à la voix éraillée. Quant à sa comparse, Cara Delevingne, si elle est moins transparente qu’on n’aurait pu le croire – elle parvient à donner un poil de malice et de girl power, rejoignant la longue liste des grandes héroïnes fortes et émancipées de Besson – elle pêche par son manque cruel de technique et de subtilité, son jeu se résumant à des levés de sourcils et mimiques en coin de bouche. Le reste de la distribution ne fait pas mieux le travail, si Alain Chabat surprend et amuse dans un caméo de pirate déjanté, la chanteuse Rihanna est lamentable et le pauvre Clive Owen se sent un peu engoncé dans son costume, malgré une prestation plus que convenable. Ceci étant dit, il serait malheureux de ne pas souligner la générosité du scénario qui enchaîne à un rythme effréné les séquences d’action, les missions suicides/sauvetages, les courses poursuites et batailles spatiales.

Généreux est un adjectif qui convient bien au film de Luc Besson qui, s’il ne parvient pas à s’établir au rang de classique du genre – il n’a peut être pas suffisamment la portée mythologique, politique et philosophique d’un Star Wars Le Réveil de la Force pour véritablement s’imposer dans l’imaginaire collectif – propose un divertissement très honnête devant lequel il est compliqué de s’ennuyer, à moins d’en être complètement allergique et hermétique. En plus de proposer des effets-visuels plus qu’honorables, Valérian la cité des mille planètes impose d’abord une direction artistique solide qui respecte l’œuvre originale. S’ajoutent à cela quelques idées de mise-en-scène étonnantes telle que la mise en abîme de la motion capture au sein même d’un film qui l’utilise – un personnage ayant le don de prendre le contrôle des faits et gestes d’un autre –  mais encore un prologue très réussi – sûrement la meilleure séquence du film –  et enfin cette première mission qui ouvre le long-métrage et qui se joue sur différents espaces spatio-temporels. Même s’il peine quelque peu à moderniser les personnages principaux de son histoire, Besson parvient toutefois à glisser de manière sous-jacente un beau discours humaniste (certains diront qu’il est trop naïf et manichéen, mais il ne l’est pas moins que celui d’Avatar à y regarder de plus près) qui nous tend un miroir – n’est-ce pas là l’une des fonctions de la science-fiction que d’utiliser un futur fantasmé pour critiquer les erreurs commises au présent ? – à l’heure où nos avions bombardent des pays étrangers faisant des victimes civiles et que ce que l’on nomme la crise des migrants, qui découle directement de ces opérations militaires, occupe depuis des mois l’espace médiatique et politique du pays. Le peuple des Pearls au centre de l’intrigue du film de Besson est un moment considéré comme les ennemis à abattre avant de trouver le soutien de Valérian et Laureline, dès lors que nos agents vont comprendre que ce peuple n’a en réalité pour vocation que d’obtenir réparation suite à la destruction de leur planète, victime collatérale d’un conflit spatial dont il n’était même pas l’un des belligérants. Alors si la naïveté humaniste de Luc Besson en énerve plus d’un, qui serait prêt à défendre l’idée que le cinéma se doit d’être seulement nihiliste, misanthrope et défaitiste ? Avec son odyssée spatiale, Luc Besson réussit donc en grande partie son pari mais devra faire face, à son tour, au plafond de verre érigé par quelques grandes sagas détenant bien étrangement l’univers cinématographique entier en esclavage. Espérons qu’un jour ce plafond de verre s’écroule et que des milliers de petits vaisseaux puissent venir coloniser à leur tour cet Empire pour y apporter quelques saveurs nouvelles bienvenues. Celle là, bien esseulée, et qu’importe le talent du chef, mérite en tout cas qu’on ose y goûter.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *