Lego Batman, le film


Après l’incroyable inventivité et drôlerie de La Grande Aventure Lego on attendait beaucoup de ce premier spin-off consacré au super-héros qui fait pas genre avec sa grosse voix et ses tenues de latex noir.

DC Comique

En 2014, le duo Phil Lord et Chris Miller créait la surprise avec La Grande Aventure Lego, surpassant l’étiquette qu’on aurait pu lui affubler, celui d’un gigantesque placement de produit. Le film dévoilait finalement une magnifique ode à l’imagination enfantine, tout en drôlerie, cynisme et inventivité. Aussi, quand fut annoncée la mise en chantier d’un spin-off consacré à l’un des personnages secondaires du premier film, le super-héros Batman, il paraissait évident que la franchise allait désormais pouvoir utiliser l’immense catalogue de licence dont elle dispose – à peu près tous les grands blockbusters et séries à succès ont eu le droit à leurs petites figurines – pour s’imposer comme étant LA nouvelle franchise parodique, comme aime les faire Hollywood depuis si longtemps. En effet, de tous les genres qui composent le cinéma américain, la parodie en est un qui traverse à peu près bien les âges. Parmi les plus célèbres, citons entre autres les folies de Mel Brooks – de Frankenstein Junior (1974), Sacré Robin des Bois (1993), Dracula mort et heureux de l’être (1995) à encore l’inoubliable La Folle histoire de l’espace (1987) – mais aussi la troupe des ZAZ – avec Top Secret ! (1984), Hot Shots ! (1991) et sa suite Hot Shots 2 ! (1993) – et bien évidemment la saga Scary Movie (2000-2013). Parodier les tendances en vogue à Hollywood est donc devenu une récurrente du cinéma américain, si bien qu’on pouvait s’étonner de ne pas encore avoir eu le droit à une parodie réussie des films de super-héros. Il y avait bien eu une tentative avec le désastreux Super-Héros Movie (Craig Mazin, 2008) mais vous conviendrez qu’il est mieux de décider de l’oublier, tout comme l’ensemble des dernières tentatives en matière de films parodiques comme les tout pourris Epic Movie (Jason Friedberg & Aaron Seltzer, 2007) qui parodiait les films fantastiques et sa suite Film Catastrophe (Jason Friedberg & Aaron Seltzer, 2008) – qui comme son nom l’indique parodiait les films catastrophes et qui, comme son nom l’indique aussi est une catastrophe – ou le souvent gênant Albert à l’Ouest (Seth McFarlane, 2014). Aussi, l’arrivée sur nos écrans de Lego Batman, le Film (Chris McKay, 2017) nous permet enfin d’espérer le réveil d’un sous-genre du cinéma américain largement tombé en désuétude depuis un moment. Voyez plutôt.

Dans Lego Batman, le Film on retrouve Batman où le dernier film de la saga, produite par Warner Bros et D.C – Batman v. Superman : L’Aube de la Justice (Zack Snyder, 2016) – l’a laissé. Il s’est trouvé un nouvel ennemi en la personne de Superman. Le terrible Joker, persuadé d’être la raison d’être de la chauve-souris, en a le cœur littéralement fendu, ce qui le décide à être encore plus méchant. Batman de son côté, se rend compte qu’il n’a ni amis ni famille et adopte sur un coup de tête un orphelin qui deviendra son fidèle sidekick : Robin. Les deux compères feront équipe pour sauver Gotham de la destruction depuis que le Joker, toujours fin stratège pour penser des plans machiavéliques, parvient à libérer de la zone fantôme les plus grands méchants de l’histoire. Après avoir dans sa première partie largement cité les différentes adaptations cinématographiques du justicier masqué de Gotham, se moquant au passage du récent Suicide Squad (David Ayer, 2016) – Batman lâchant un petit skud : « Une équipe de méchants qui font les gentils ? C’est complètement stupide ! » – ou en utilisant comme running gag les références à « cette période bizarre de 1966 » durant laquelle le super-héros portait un collant moulant dans une série télévisée devenue long-métrage réalisé par Leslie H. Martinson. La force du film est donc de mettre un peu d’auto-dérision dans l’univers cinématographique de DC Comics qui en manque tellement, ayant choisi la carte du réalisme sombre et torturé pour faire face et se démarquer du fun assumé des productions Marvel.

Se moquant dans un premier temps des films DC Comics le film change de costume dans son dernier tiers quand le Joker se trouve des alliés dans les plus grands méchants que l’histoire du cinéma ait connu. Seul un film Lego peut, en déployant son catalogue complètement dingue, se targuer de réunir Voldemort, King Kong, Sauron, Godzilla, les Gremlins, les singes volants et la méchante sorcière de l’Ouest du Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939), Bruce le requin tueur des Dents de la Mer (Steven Spielberg, 1975) sans oublier « les robots extraterrestres anglais » de Doctor Who dans un seul et même film. Sans assumer autant que son illustre prédécesseur le fait qu’il s’agisse en réalité d’un scénario tout droit sorti de l’esprit d’un enfant – voir la révélation finale de La Grande Aventure Lego – le film fonctionne sur les mêmes rouages, comme si la convention des films Lego était désormais acquise par le public et qu’ainsi tout à chacun pouvait accepter les raccourcis scénaristiques, les inepties et les cross-overs incroyables. Ce joyeux bordel, souvent épileptique – le film déroule un rythme effréné – séduit parce qu’en plus de se moquer des films qu’il parodie et d’oser des blagues limites graveleuses, et ravive en chacun d’entre nous l’énergie créative de l’enfance.


A propos Joris Laquittant

Monteur en formation à la Fémis, quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), Joris aime écrire sur le cinéma d'un mauvais genre. Éleveur de Mogwai depuis qu'il a huit ans, il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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