Rogue One : A Star Wars Story 3


Après le succès public et critique quasi-unanime du film réalisé par J.J Abrams, Star Wars Episode VII : Le Réveil de la Force sorti il y’a tout juste un an, les fans de la saga intergalactique attendaient au tournant les studios Disney et Lucas Films pour la sortie de Rogue One – A Star Wars Story (Gareth Edwards, 2016) premier spin-off d’une longue liste en préparation. Notre verdict pas du tout garanti sans spoiler, soyez tous prévenus.

Star Wars, Episode III.V : Y’a plus aucun espoir

Qu’on se le dise d’emblée, la saga Star Wars et les spin-off ça n’a jamais fait vraiment bon ménage. Même si je garde personnellement une certaine tendresse pour L’Aventure des Ewoks : La Caravane du Courage (John Korty, 1984) et sa suite L’Aventure des Ewoks : La Bataille pour Endor (Jim & Ken Wheat, 1985) je n’irais pas non plus jusqu’à vous parler de chef-d’oeuvre. Aussi, c’est d’abord avec une certaine méfiance que j’avais accueilli l’annonce de la mise en chantier d’une tripotée de films que le studio appelle stand-alone – pour les trois mecs du fond qui ont séché les cours d’anglais de Madame Debronchon en 5èmeB, ça veut grosso-merdo dire que le film peut exister indépendamment des autres, ce qui est en soit assez discutable concernant le film dont il est question ici. Car basée sur les premières phrases du fameux générique défilant du premier film, Star Wars, Episode IV : Un Nouvel Espoir (George Lucas, 1977) l’intrigue de Rogue One – A Star Wars Story (Gareth Edwards, 2016) est irrémédiablement raccrochée à celle de l’histoire originale. Si traditionnellement dans la saga ces génériques ont pour but de résumer une partie de l’histoire qui n’a pas été montrée dans les films, permettant ainsi de faire des sauts dans le temps, ce n’était pas tout à fait le cas ici. Puisqu’il s’agissait du premier film produit : le générique défilant permettait donc surtout à George Lucas de s’éviter un prologue démonstratif. La fameuse prélogie qu’on adore tous – rires unanimes de la foule – s’étant arrêtée avant la période de la rébellion, elle n’avait bien évidemment pas pu traiter cette partie de l’histoire. Aussi, sur le principe, faire connaissance avec les héros de la rébellion dans ce qu’on nous annonçait comme un pur film de genre(s) oscillant entre film de guerre et film de casse pouvait intriguer un minimum, d’autant plus après les premières images balancées ça et là aux détours de teaser presque cryptés, qui laissaient présager finalement une plutôt belle surprise.

Mais voilà, la tâche était quand même vachement ardue pour les producteurs et scénaristes qui devaient nous faire embarquer cœurs et âmes dans un film dont l’intrigue, si elle n’est pas anecdotique – on parle quand même du destin de la galaxie très lointaine et du début de la fin pour l’Empire du Côté Obscur – est en tout cas malheureusement peu apte à nous surprendre et nous émouvoir dès lors que l’on sait par le biais du générique déroulant de l’Episode IV que la mission va réussir et que tous les valeureux rebelles vont très probablement y passer. De cette lacune inhérente à son prétexte de production le film ne ressortira pas indemne. Mis en boîte par un réalisateur largement surcôté mais volontiers bon soldat – on parle du Gareth Edwards qui a réalisé un très moyen Godzilla (2014) adulé par des troupeaux de geeks – Rogue One – A Star Wars Story peine principalement à nous faire frissonner pour ses personnages de mercenaires casse-cous. Difficile d’avoir le moindre attachement émotionnel pour des personnages dont on sait pertinemment qu’ils n’en ressortiront pas indemnes  parce que l’on sait tous que de tels héros, s’ils avaient survécus, n’auraient pas pris leur retraite. Difficile aussi de croire à la possibilité de l’échec d’une mission que l’on sait gagnée d’avance. Au sortir du film, le constat est évident. Si l’on peut éventuellement saluer la mise-en-scène de Gareth Edwards qui ose transposer sa fameuse caméra-à-l’épaule-je-me-prend-pour-Paul-Greengrass dans une saga dont la spécificité réside depuis les origines à une mise-en-scène très spécifique et une direction artistique cohérente – qui oppose et fait se confronter : les cadres, silhouettes et décors géométriques de l’Empire du Côté obscur, à une mise-en-scène plus enlevée et virevoltante quand elle prend le partie de la Rébellion et des Jedis – ou bien encore saluer une certaine maestria dans les trente dernières minutes, notamment en ce qui concerne le filmage assez hallucinant des batailles spatiales : force est de constater que le concept même du film le condamnait d’emblée à se tirer un coup de blaster dans le pieds.

L’idée d’emprunter les codes du cinéma de genre(s) pour réaliser des films concept est somme toute assez séduisante sur le papier – on nous annonce pour noël 2018 un spin-off ou stand-alone, choisissez votre vocabulaire, autour de la jeunesse de Han Solo qui serait un Western qui aurait mariné dans un buddy-movie ! Je dis « oui » ! – toutefois, cela devient un problème quand le genre ne devient qu’un prétexte de plus pour tenter de légitimer une idée qui allait de toute façon d’emblée dans le mur sans un scénario en béton armé. L’échec artistique de Rogue One est en cela double, car l’incapacité du scénario et de la mise-en-scène à créer une quelconque empathie pour ses personnages, leur dessein et leur destin, met dans le même temps en branle cet autre argument au film qu’est l’emprunt aux codes des genres ici ciblés. Parce qu’ils obéissent à des mécanismes précis – un genre se définit d’abord par les codes et mécaniques récurrents qu’il emploient, manipulent et détournent – les films de guerre et films de casses ont en commun d’envoyer à l’abattoir dans des missions souvent suicide un groupe d’individus parfaitement identifiables pour lesquels le spectateur doit pouvoir, au choix, choisir sur qui placer son empathie. Certains personnages de la troupe de mercenaires de Rogue One, mieux écrit que d’autres, y parviennent, à commencer par le personnage d’aveugle incarné par le génial Donnie Yen dont on espère, en vain, qu’il soit Jedi – parce que, oui, quitte à voir un film Star Wars sans Jedi autant aller mater le nouveau Star Trek. Pour les autres, problèmes d’interprètes, de direction ou d’écriture, comme vous voulez, le constat est accablant. Les deux personnages principaux incarnés par Felicity Jones – qui a pourtant le droit à un long épandage sur ses origines : maman se fait tuer, papa se fait kidnapper – et l’insipide Diego Luna finissent par crever enlacés les pieds dans l’eau – d’où sort cette romance complètement capillotractée ? – dans un assèchement émotionnel rarement vu et ressenti dans un Star Wars depuis, disons, le pic-nic amoureux de Padmé et Anakin dans la prélogie.

Enfin, on n’omettra pas non plus de tirer à blaster rompus sur l’un des aspects les plus discutables de ce film bancal et abscon qu’est l’utilisation hideuse de doublures numériques. Mort il y’a plus de vingt ans, l’acteur Peter Cushing, figure emblématique de la Hammer revient ici, en momie numérique, dont la mise-en-scène, assez bêtement, ne fait pas l’économie. L’effet troublant de ce visage photo-réaliste mais figé dans un linceul numérique qu’on croirait sorti d’une cinématique de jeu pour Playstation4, fascine et glace le dos en même temps. L’effroyable est à nouveau réitéré lors de la dernière séquence du film quand la magie horrible des effets-spéciaux redonne à Carrie Fisher, le temps d’un plan – le dernier – le visage de ses vingt ans. Ces fautes de goûts en rejoignent d’autres, clins d’œils appuyés en direction du service après-vente du fan-service obligatoire à ce genre de franchise, où sans raisons apparentes et au risque d’aberrations scénaristiques : on place C3PO et R2D2 aux détours d’un plan, des vilains de la fameuse Cantina dont il faudra nous expliquer un peu pourquoi ils parviennent à survivre à la destruction d’une planète et enfin un Dark Vador sous exploité, endimanché dans un costume de cosplayer. Si le plaisir de retrouver le plus grand méchant de l’histoire du cinéma est réel – c’est d’abord et surtout que son sabre à laser nous rappelle un peu qu’on est dans un Star Wars au cas où on l’avait oublié – on s’étonne de voir l’acteur qui l’incarne sous le costume marcher et lever les bras comme si il était la fameuse princesse de Disney qui est libérée et délivrée. Dans l’emballement de mauvaise foi qui caractérise souvent mes articles, j’omet, j’avoue, de dire qu’en soi c’est surement les séquences mettant en scène le maître des Siths qui m’ont le plus enthousiasmé. Je m’abstiens aussi de m’attarder plus de deux phrases sur la bataille spatiale finale exaltante au possible dans son inventivité pyrotechnique. Mais la déception est si grande, que les défauts du film sautent d’autant plus à la gueule qu’ils en affaiblissent du même coup les petits points d’espoir. Alors pour le nouvel espoir que certains annonçait, désolé mais, on repassera…


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 commentaires sur “Rogue One : A Star Wars Story