Dernier Train pour Busan 1


Découvert lors de la séance de minuit à Cannes cette année, Dernier Train pour Busan est le dernier électrochoc cinématographique en date qui nous vient du Pays du Matin Calme. Après l’excellent The Strangers (Na Hong-Jin – 2016) et le surprenant Man on High Heels (Jan Jing – 2016) retour sur l’un des meilleurs films de cet été.

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Crazy Train

Issu du monde de l’animation avec à son actif deux long-métrages – The King of Pigs (2012), inédit en France, et le dérangeant The Fake (2013) – Yeon Sang-Ho passe avec ce survival ferroviaire peuplé de zombies à la prise de vue réelle. Et pour une première expérience, on peut dire qu’on en a pour notre argent. Séoul, de nos jours. Seok-Woo, jeune loup de la finance, doit emmener sa fille chez son ex-femme à Busan, une ville à quelques heures de la capitale sud-coréenne. Alors que le KTX – l’équivalent coréen de notre TGV national – s’apprête à partir, une jeune femme mal en point parvient à pénétrer de justesse dans le train avant de succomber à ses blessures…Et revenir pour bouloter une hôtesse. Alors que le train est en marche, la pandémie commence.

dernier-train-pour-busan-trailer-961296C’est avec un certain brio et non sans talent que Yeon Sang-Ho met en scène ce film de zombies qui rend hommage au Romero de la grande époque en montrant une très grande maîtrise et une inventivité folle. Le réalisateur utilise les décors d’une manière qui force indéniablement le respect, démontrant clairement une envie de s’affranchir de certaines barrières. Quadrillant parfaitement son espace, il parvient à maintenir une intensité dans l’action de par l’exploitation de chaque parcelle du train – des compartiments à bagages aux toilettes du train – mais crée aussi un sentiment d’urgence où la tension est à son comble. Yeon Sang-Ho chorégraphie ses plans avec un œil sans égal mais aussi avec une précision que l’on suppose empruntée à l’animation avec des scènes redéfinissant sans cesse l’espace dans lequel ses personnages évoluent. Des plans plus serrés et quasi-claustrophobiques lorsque nos pauvres bougres sont derrière des sièges ou enfermés dans les toilettes et des plans plus larges lors des charges de zombies ou durant la progression de nos protagonistes dans les allées du train témoignant d’une mise en scène pensée et soignée dans ses moindres détails. Sans être outrancièrement gore, le film fait preuve d’une sauvagerie au grand jamais complaisante que l’on n’avait pas vue dans un film de zombies depuis longtemps. Mais la vraie trouvaille du film réside dans le rythme qu’il adopte. Espace autant physique que métaphorique, tout semble se calquer sur la progression du train au gré de ses accélérations ou de ses arrêts. Yeon Sang-Ho utilise également la luminosité comme élément de caractérisation de ses zombies ; chaque passage sous un tunnel plonge le train dans l’obscurité et les créatures cannibales dans une forme de léthargie propice à de petits moments de tension bienvenus avec une idée aussi atypique.

Mais l’une des forces de Dernier Train pour Busan est le discours sociopolitique et le traitement de ses personnages. Fort d’une charge anticapitaliste, Yeon Sang-Ho tacle – de manière moins radicale que dans ses précédents travaux – la société coréenne et l’individualisme la gangrénant. La rage des zombies et leur sauvagerie renvoient directement à la cruauté des passagers du train bien vivants. Le réalisateur traite avec méthode et précision une galerie de personnages assez caricaturaux certes mais identifiable grâce à une exposition rapide mais équilibrée. Ce groupe de personnages, échantillon d’une société coréenne d’âges et de statuts variés sont avant tout des personnes ordinaires, devant faire face à une situation qui les dépasse et à l’absence des institutions dernier-train-pour-busan-cannes-2016-958330gouvernementales, taclées ici pour leur immobilisme face à une telle situation de crise. On observe le curseur moral des passagers se déplacer à mesure des décisions prises et l’apparition de scissions entre ceux qui finissent par s’unir face à ce drame et ceux qui prennent des décisions hautement égoïstes au nom du bien commun, ajoutant une charge tension supplémentaire au film. Mais le cœur de ce film réside dans le traitement du couple formé par Seok-Woo et sa fille. Ce jeune arriviste aux dents longues va non seulement devoir survivre et protéger sa fille de la horde incontrôlable mais aussi découvrir sa paternité. La survie marche main dans la main avec la reconstruction de cette cellule familiale éclatée qui emmène parfois le film dans le mélodrame mais sans jamais s’y complaire.

Dernier Train pur Busan prouve que le blockbuster n’est pas une exclusivité américaine. Bien moins agressif et impitoyable que ses deux pamphlets animés, Yeon Sang-Ho pose un questionnement sincère sur la société moderne à travers le prisme du genre, faisant de la créature du zombie autre chose qu’un anthropophage enragé et con comme cela est le cas dans certaines productions actuelles – oui je pense à The Walking Dead entre autre – pour revenir à la racine – Romero peut être content – et semble annoncer un possible renouveau du film de mort-vivants que l’on n’attendait plus. On est impatient de voir son prochain film d’animation Seoul Station (2016), réalisé avant Dernier Train… Et qui se passe dans le même univers.


A propos Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique).


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