Maximum Overdrive 1


Seul et unique film réalisé par l’écrivain à succès Stephen King, Maximum Overdrive est l’adaptation de sa propre nouvelle Poids lourds (Trucks) publiée en 1986. Retour sur ce film raté mais largement sous-évalué.

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L’idée de confier la réalisation d’un film à l’écrivain à succès Stephen King est l’idée saugrenue – ou géniale, choisissez – du célèbre producteur italien Dino de Laurentiis, connu notamment pour avoir produit l’un des plus gros nanars interstellaires qu’est Flash Gordon (1980) que nous vous avions déjà évoqué l’an dernier sur Intervista, puisque son réalisateur, Mike Hodges, était justement l’invité du Festival International du Film d’Amiens que nous couvrons chaque année (voir son interview qui revient longuement sur la genèse de ce film et ses rapports avec De Laurentiis). Toujours sur les bons coups, en 1987, il propose à King d’adapter en scénario de film la nouvelle Poids lourds (Trucks) publiée une année auparavant dans un recueil – dont je ne vous ferai pas la critique, la lecture d’une ligne de Stephen King me donnant l’envie de m’exiler au Pérou et de méditer sur moi-même, je ne me suis jamais vraiment risqué à lire entièrement ne serait-ce qu’une nouvelle du bonhomme – et de le réaliser lui-même, persuadé que le passage de la machine à écrire à la caméra de l’un des plus gros vendeurs de livres allait forcément rapporter des dollars en masse. Ainsi nait Maximum Overdrive, un film d’anticipation et d’épouvante dans lequel les machines deviennent incontrôlables et s’en prennent brusquement imyyagesaux êtres humains. Une épuration commence et quelques groupes de résistants se réunissent pour faire face. L’histoire s’épanche tout particulièrement sur l’un d’entre eux, retranché dans une station essence prise d’assaut par une troupe de camions démoniaques.

Dès l’ouverture du film, Stephen King promet un ton résolument caustique et désinvolte. Devenue culte, cette séquence nous montre un monde où les machines commencent à dérailler et à insulter les humains : un panneau d’affichage numérique dit aux passants d’aller se faire foutre ou un distributeur de billets traite son client (joué par King lui-même) de trou du cul. Dans toute sa première partie, le film enchaîne les séquences cultes – si elles sont drôles et parfois ridicules, elles ne sont pas dénuées d’un soin de la mise en scène, bien au contraire – dans le but de nous dresser le tableau d’un monde où toutes les machines déraillent et se rebellent. Les diverses séquences suivant l’un des protagonistes enfant, déambuler sur son bi-cross dans la ville les yeux écarquillés à chaque fois qu’il découvre une machine prise de folie sont saisissantes : un distributeur qui joue au ball-trap en éjectant des canettes de soda sur les passants allant jusqu’à transpercer le crâne de l’un d’entre eux, une tondeuse folle partant à la chasse au môme, un enfant littéralement écrabouillé par un rouleau compresseur, un couteau électrique qui s’en prend à la cuisinière, et la vision terrifiante d’un camion de marchand de glaces qui traverse la ville en quête d’une nouvelle proie à écraser… King jubile de son postulat de base, s’amuse un temps du catalogue de séquences trash et de meurtres inventifs – et nous avec lui – mais finit par tomber dans les travers d’une rationalisation de l’intrigue, qui perd alors sa dinguerie pour s’emmitoufler dans un confort scénaristique basique et inintéressant.

Cette baisse de régime correspond au moment où l’intrigue se concentre sur un groupe de rescapés humains, retranchés dans une station essence encerclée par des camions de marchandises bas de gamme et leur chef impitoyable, un camion tuné avec la tête du bouffon vert sur le pare-choc – la classe. Visiblement peu à l’aise avec le huis clos, le réalisateur du dimanche qu’est King s’embourbe dans des situations grotesques, mal dialoguées, mal découpées et par-dessus tout, particulièrement mal jouées. Et pourtant, la situation de base a quelque chose, visuellement, d’éminemment cinématographique. L’image de ces camions qui forment une ronde continue autour de la station essence où sont retranchés les humains est comme une projection directe dans l’ère moderne des codes du western. Les amérindiens sur leurs chevaux tachetés sont remplacés par des camions aux jantes chromées et aux moteurs rutilants, les valeureux soldats de la cavalerie par des tâcherons niaiseux et cons 18zxwhb4242kojpgcomme leurs pieds, le fort de garnison par une station essence toute pourrie. C’est à cette stricte première impression que s’arrêtent ces comparaisons, car pour le reste, Maximum Overdrive n’a foutrement rien à voir avec un John Ford.

Passés l’amusement sadique et désinvolte des premières séquences, les quelques belles analogies au cinéma de genre et notamment au western, et la superbe bande-originale de AC/DC, difficile d’outrepasser les facilités scénaristiques potaches, les ficelles grosses comme des cordes à linge sur lesquelles le linge qui pendouille à une sale gueule : ça déteint, les couleurs dégorgent de partout, on écarquille les yeux, on se pince même pour vérifier qu’on voit bien ce qu’on est en train de voir. L’une des séquences les plus mythiques et ridicules est celle où le jeune Bill, incarné par Emilio Estevez (frère de Charlie Sheen et fils de Martin Sheen) essaie de tenir tête comme un bonhomme à un camion de trente tonnes son aîné… Le buste fièrement bombé, provoquant comme un caïd de Harlem à coup de simili « Are you talking to me »… On peut l’admettre, Maximum Overdrive perd finalement tout son intérêt quand il cesse d’être drôle et commence à se prendre trop au sérieux. Stephen King laisse tomber très vite sa casquette de sarcastique réalisateur, pas doué mais suffisamment mal élevé pour être charmant, pour celle du réalisateur tellement persuadé qu’il véhicule un message puissant qu’il ne voit pas que son film sombre dans la dimension intersidérale des nanars. La mise en orbite n’était pas de tout repos, mais au bout d’une heure quarante, au moment même où la tête rieuse du bouffon vert s’évapore dans une explosion salvatrice, tous nos espoirs peuvent s’envoler, eux aussi, accompagnant le nuage de fumée et de débris dans l’immensité du ciel. Non, Maximum Overdrive n’a pas grand-chose pour lui, mais il en est d’autant plus frustrant qu’il n’a pas absolument tout contre. En résulte une œuvre unique étonnante, un one-shot avorté, bancal, qui n’arrivera jamais à asseoir son statut de nanar culte, de même qu’il ne parvînt jamais à devenir le film ovni mais réussi qu’il aurait pu être.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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