Si c’est à Hollywood qu’on doit les plus éminents péplums, tels que Quo Vadis ? (Mervyn LeRoy, 1951), Ben-Hur (William Wyler, 1959) ou Les Dix Commandements (Cecil B. DeMille, 1956), il ne faut toutefois pas négliger l’apport de la Cinecittà à la même époque. Au milieu d’une production pléthorique où la qualité joue aux montagnes russes, Les Titans (Duccio Tessari, 1962), qui sort chez Rimini Éditions en version restaurée dans un combo DVD / Blu-ray, se démarque par son rythme et son humour.

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Corps huilés en Technicolor

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Les années 1950 et 1960 furent sans conteste l’âge d’or du « péplum », ce genre cinématographique dont l’action se passe durant l’Antiquité – et dont Fais Pas Genre vous a récemment livré une analyse. Le genre connaît une multitude de déclinaisons ; mais alors que les films d’outre-Atlantique, souvent tournés en Italie, privilégient les grandes fresques pseudo-historiques ou bibliques, les productions transalpines ont une appétence particulière pour la mythologie – et, par extension, pour le fantastique. Tout y passe : qu’il s’agisse des Travaux d’Hercule (Pietro Francisci, 1958) ou des aventures de Persée l’invincible (Alberto de Martino, 1963), jusqu’aux combinaisons plus improbables comme Hercule contre les vampires (Mario Bava, 1961), ou encore Le Géant de Métropolis (Umberto Scarpelli, 1961), qui frise la science-fiction. Parmi les réalisations qui sortent de l’ordinaire, on trouve une très sympathique coproduction franco-hispano-italienne : Les Titans de Duccio Tessari, dont c’est le premier film en tant que metteur en scène. L’histoire n’a en elle-même rien de spécialement original dans le genre. Cadmos (Pedro Armendáriz), un roi de Crète mégalomane, fait assassiner son épouse pour vivre avec Hermione (la superbe Antonella Lualdi), mais l’Oracle lui annonce un funeste destin : sa fille légitime Antiope (la Française Jacqueline Sassard) causera sa perte le jour où elle tombera amoureuse. Cadmos renie alors les dieux et fait détruire leurs temples, régnant sur son peuple sans partage et avec cruauté. Pour échapper à la malédiction, il garde sa fille au palais pour qu’elle ne croise jamais d’hommes dont elle puisse s’éprendre, et projette de la faire prêtresse dès sa majorité. Mais Zeus ne l’entend pas de cette oreille : il propose la liberté aux Titans qui croupissent dans le royaume d’Hadès, si le plus intelligent d’entre eux, Crios (Giuliano Gemma), parvient à amener le roi rebelle aux Enfers.

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Si cette production se démarque du tout-venant des péplums de l’époque, c’est d’abord par sa longueur – près de deux heures pour la version italienne –, alors qu’en général l’on dépasse rarement l’heure et demie dans la série B. Mais ce qui différencie surtout le film, c’est le ton légèrement parodique qu’il adopte dès que Crios est libéré des Enfers. Les combats donnent souvent lieu à des scènes cocasses. Ainsi, le héros fraîchement débarqué en ville s’amuse à ridiculiser les soldats du roi dans une course-poursuite qui mêle acrobaties et bouffonneries à la Bud Spencer / Terence Hill avant l’heure, sous l’œil indulgent de très jolies romaines. Le même genre d’affrontement loufoque se reproduit plus tard quand les Titans, délivrés par Zeus, viennent à la rescousse de leur compagnon. Lorsqu’il est emprisonné et contraint d’affronter Rator, un guerrier redoutable et ombrageux (le Français Serge Nubret, culturiste de renom dans les années 1970), Crios inflige une correction à celui-ci tout en le protégeant des flammes (« Attention, ça brûle ! ») et des pointes acérées (« Attention, ça pique ! ») qui le menacent. Si on ajoute à cela quelques running gags – combien de fois Hermione change-t-elle de couleur de cheveux ? – et une paire de répliques bien senties, on obtient une œuvre amusante et pleine de rebondissements, menée grand train par Gemma et ses acolytes. Il ne s’agit pas pour autant d’un pastiche mais d’un véritable film d’aventure où l’on rencontre avec plaisir une flopée de personnages mythologiques, sans que cela soit explicite. Le Titan croise ainsi le chemin des Trois Moires, de Pluton – à qui il vole le casque d’invisibilité –, de la Gorgone – de qui il se débarrasse en quelques secondes –, du cyclope et de quelques autres.
Parmi les rescapés du tournage, il y a Ariane Mnouchkine, fille du producteur Alexandre Mnouchkine, qui fut assistante de réalisation sur Les Titans. Elle livre, dans l’un des suppléments du combo de Rimini, quelques souvenirs épars sur les lieux de tournage notamment, comme les magnifiques et impressionnantes grottes d’Aracena en Espagne. Stéphane Lacombe, quant à lui, propose une analyse très érudite du long-métrage, en insistant particulièrement sur l’importance du réalisateur et de son acteur fétiche, Giuliano Gemma, devenu célèbre en Italie en incarnant Ringo, héros de western. Enfin, Laurent Atkin dresse un panorama très complet du péplum italien – depuis Ulysse (Mario Camerini, 1954) avec Kirk Douglas – et de ses variantes, de ses curiosités, de ses héros musculeux incarnés par des culturistes non moins musculeux, et finit en évoquant les improbables Hercule (1983) et Les aventures d’Hercule (1985), tous deux réalisés par Luigi Cozzi pour la Cannon, où Lou Ferrigno tient la vedette. En attendant de pouvoir (re)découvrir toutes ces alléchantes séries B, vestiges d’une époque où le cinéma d’exploitation italien brillait par son savoir-faire, on pourra se délecter du film de Tessari, en version française ou italienne (plus longue de quelques minutes) et dans un Technicolor des plus éclatants.



