Une libellule pour chaque mort   Mise à jour récente !


Acteur fétiche de León Klimovsky depuis La furie des vampires (1971), Paul Naschy a essentiellement  incarné pour le réalisateur argentin des monstres gothiques, humains ou surnaturels. Une libellule pour chaque mort (1975), que l’on découvre aujourd’hui en version restaurée grâce à Artus Films, constitue donc une exception, puisque l’ex haltérophile incarne un inspecteur retors dans ce giallo à l’italienne 100 % espagnol.

Une femme rousse habillée en blanc et avec un chapeau blanc tenant dans sa main une fausse libellule dans un décor verdâtre avec des chaises en arrière plan.

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Inspecteur La Bavure

Homosexuels, drogués, prostituées et proxénètes, exhibitionnistes, travestis et autres déviants… autant de personnages que l’on croise dans Une libellule pour chaque mort et qui n’auraient jamais pu figurer il y a un demi-siècle dans une histoire se déroulant dans l’Espagne franquiste. C’est pourquoi ce thriller se passe en Italie, ou du moins c’est ce que décrit le scénario de Naschy mis en scène par Klimovsky pour échapper à la censure. Les efforts déployés pour faire illusion sont louables : certains extérieurs ont été filmés à Milan, les véhicules utilisés sont transalpins et le personnage principal féminin est une actrice italienne. Comme il se doit, les meurtres ont lieu en ville, censément ici dans la capitale lombarde, et touchent principalement des milieux aisés ou artistiques – dépeints en forçant le trait par moments, il faut bien l’admettre – : un couturier très maniéré, des voyous néonazis… L’inspecteur Paolo Scaporella (Paul Naschy) est lui-même est un cliché du policier bourru aux méthodes peu orthodoxes et pas toujours très subtil (à l’image de Naschy, serait-on tenté de dire), au contraire de son épouse Silvana (la splendide Erika Blanc) avec qui il forme un couple totalement improbable. Pleine de bon sens et se fiant à son intuition, elle met systématiquement son mari sur la bonne piste pendant que lui, mâchonnant le cigare perpétuellement vissé à sa bouche, tente laborieusement de trouver de quoi coffrer le tueur en série. À aucun moment, il ne s’interroge par exemple sur le fait que des gens de son entourage ou de celui de sa femme meurent sous les coups de l’assassin. Ce dernier inaugure sa macabre vendetta dans la scène pré-générique : un jeune homme de bonne famille achète une dose d’héroïne dans la rue. Un personnage vêtu de noir le suit jusqu‘à chez lui et le trucide à l’aide d’un long couteau au moment où il s’injecte sa dose. Du sang gicle sur les murs. L’assassin dépose une libellule sur le cadavre.

Une libellule posée sur le dos nu ensanglantée d'une femme blonde.

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Klimovsky s’échine donc à produire un giallo dans les règles de l’art, et dans l’ensemble il parvient de façon assez convaincante à mener son whodunit, laissant traîner quelques fausses pistes, notamment sur l’identité du tueur, en dévoilant sa tenue vestimentaire au fur et à mesure, par différents cadrages : un large manteau noir, un ample pantalon rouge, des chaussures de femme… Le réalisateur a également choisi avec soin la musique, une autre composante essentielle du giallo ; et plutôt que de faire appel à un compositeur, il a utilisé des thèmes préexistants, tirés notamment de Six femmes pour l’assassin (Mario Bava, 1964) et de La Baie sanglante (Mario Bava, 1971) comme le précise Sébastien Gayraud dans la présentation du film. Enfin, on y trouve la référence animalière propre à de nombreux long-métrages du genre, en particulier ceux de Dario Argento (L’oiseau au plumage de cristal, 1970 / 4 Mouches de velours gris, 1971 / Le chat à neuf queues, 1971) mais aussi de nombreux autres comme La tarentule au ventre noir (Paolo Cavara, 1971) ou encore La queue du scorpion (Sergio Martino, 1971). Comme léger point faible de cette sympathique production, on peut pointer le peu de crédibilité ou d’épaisseur de certains personnages, souvent réduits à leurs archétypes : outre ceux déjà évoqués plus haut, on trouve pêle-mêle un papy exhibitionniste, un concierge macho, sale et alcoolique, un commissaire rigide et procédurier, etc. Des clichés qui confinent parfois au comique involontaire, à l’image de Scaporella lui-même, dont la rustauderie et la ringardise sont soulignés par l’indulgence et la bienveillance de sa femme.

Blu-Ray du film Une libellule pour chaque mort.Plus qu’une présentation du film, qui ne fait l’objet que des dernières minutes, le supplément animé par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud est un survol de la carrière de Klimovsky, dont les réalisations en Argentine n’ont que peu de rapports avec les films qu’il tournera ensuite en Espagne. Les deux journalistes évoquent plus spécifiquement ses collaborations avec Paul Naschy. Au scénario, ce dernier se compose toujours, selon le duo, du même type de personnage, charmeur, viril, irrésistible, et cherchant une forme de rédemption si d’aventure il tient un rôle négatif. Comme dans le supplément de Les yeux bleus de la poupée cassée (Carlos Aured, 1974), quelques films du cinéaste encore invisibles en France sont également évoqués, tel Último deseo (1976), un post-apo plutôt original.


A propos de Jean-Philippe Haas

Jean-Philippe est tombé dans le cinéma de genre à cause d’Eddy Mitchell et sa Dernière Séance, à une époque lointaine dont se souviennent peu d’humains. Les monstres en caoutchouc et les soucoupes volantes en plastique ont ainsi forgé ses goûts, enrichis au fil des ans par les vampires à la petite semaine, les héros mythologiques au corps huilé, les psychopathes tueurs de bimbos et les monstres préhistoriques qui détruisent le Japon. Son mauvais goût notoire lui fait également aimer le rock prog et la pizza à l’ananas. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/ris8C

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