Les Monstres de la préhistoire   Mise à jour récente !


Les Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975), premier vrai blockbuster horrifique à grand spectacle, a durablement redéfini le genre du « film de grosse bébête » , y compris son cousin nippon le kaiju eiga, enfant de l’atome et de Godzilla (Ishiro Honda, 1954). Les Monstres de la préhistoire (Junji Kurata, 1977) est une tentative de la Toei de moderniser un genre vieillissant en s’inspirant de la recette américaine. Roboto Films nous permet aujourd’hui de redécouvrir cette curiosité restaurée sur Blu-ray.

Un plésiosaure en latex surgit d'un lac brumeux face à une femme brune apeurée dans un canoé de fortune

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Du neuf avec du vieux

Dans les années 1970, l’heure n’est plus à la destruction de miniatures ni aux combinaisons en caoutchouc pour incarner des monstres géants. L’arrivée de l’animatronique confère au requin de Spielberg ou au King Kong de John Guillermin en 1976 un réalisme inédit jusqu’ici. Et même si l’immense majorité des films de série B doit encore se contenter de bestioles faites de bric et de broc, une nouvelle étape est franchie dans la mise en œuvre des effets visuels. Le succès planétaire des Dents de la mer et un regain d’intérêt pour la créature du Loch Ness vont conduire les dirigeants de la Toei à planifier la réalisation d’un film mettant en scène des mastodontes jurassiques, non plus seulement à destination du marché intérieur mais également pour l’export. Des lieux touristiques emblématiques du Japon ont été choisis pour le tournage : le Mont Fuji et ses environs sylvestres, dont le lac Sai. Ainsi, c’est en se promenant dans la forêt qui entoure le pied du célèbre volcan endormi qu’une jeune femme tombe dans une crevasse dissimulée. En reprenant connaissance après sa chute, elle découvre près d’elle un œuf géant sur le point d’éclore. Apprenant la nouvelle suite au sauvetage de la demoiselle, le journaliste Takashi Ashizawa abandonne son travail et se rend sur place, guidé par des raisons toutes personnelles : en effet, son père avait lui aussi trouvé un œuf fossilisé par le passé, mais la communauté scientifique avait raillé ses théories sur les soi-disant dinosaures du Fuji. À peine arrivé, il observe des phénomènes étranges et se trouve pris dans un séisme. D’autres manifestations inexpliquées se produisent dans les parages : l’activité géothermique du site augmente, un cheval est retrouvé décapité, et sur le lac, un couple à pédalo disparaît mystérieusement.

Un japonais au look seventies avec des grosses lunettes et une casquette semble équipé pour la randonnée

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Les Monstres de la préhistoire (Junji Kurata, 1977) pioche sans vergogne dans le scénario du film de Spielberg en plaçant l’action aux abords de lieux touristiques, comme la station balnéaire du lac Sai, dont les autorités tentent de minimiser les incidents pour ne pas faire fuir les visiteurs qui affluent. Le plagiat est poussé jusqu’à reproduire la scène du faux monstre : ce ne sont pas deux enfants blagueurs qui provoquent une panique généralisée sur la plage avec un faux aileron, mais deux adultes qui s’amusent à effrayer de la même manière les baigneurs lors d’un concert de country. Ils rencontreront hélas la vraie créature peu de temps après… Plus généralement, le film tente d’adapter le kaiju eiga aux nouveaux standards internationaux, qui conjuguent gros moyens avec crédibilité de ce que voit le spectateur à l’écran. Sur ce point, malheureusement, c’est un échec. Les apparitions des animaux géants évoquent davantage les années 1950 et les premiers Godzilla, la couleur en plus, plutôt que les prouesses techniques qui animent le requin géant de la franchise à succès. C’est à se demander où sont passés les millions de yens destinés à rendre crédibles les deux créatures. Le combat final qui oppose le plésiosaure et le ptérosaure est représentatif de cette faillite : plus hilarant qu’impressionnant, il met en scène deux marionnettes en caoutchouc mal animées.

Un pterodactyle en latex vole au milieu d'une jungle verdoyante

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Et pourtant, malgré la distance qui le sépare de ses ambitions initiales, Les Monstres de la préhistoire reste un objet de curiosité tout à fait recommandable. Tout d’abord, ce divertissement censément « grand public » comporte quelques passages réellement gores : un cheval décapité par-ci, une tête humaine qui flotte sur le lac par-là, et une plongeuse qui tire de l’eau son amie ni plus ni moins coupée en deux par le monstre marin ! Autre bizarrerie : la musique, une fusion entre jazz, funk et disco composée par Masao Yagi, se trouve souvent en décalage complet avec ce qui se produit à l’écran, créant ainsi une singulière distanciation sans que celle-ci paraisse incongrue. De plus, si la mise en scène de Junji Kurata ne sort pas spécialement de l’ordinaire, le réalisateur nous offre quelques capsules inattendues, à l’esthétique naturaliste, onirique, comme lorsque cette vieille femme, entre chien et loup, chante une comptine traditionnelle à sa petite fille, tout en égrenant des épis de maïs, sur les bords brumeux et apaisés du lac. Le cataclysme final qui voit Takashi et sa petite amie lutter pour leur survie sur fond de chansonnette pop, constitue le point d’orgue de ces moments déconcertants.

Pour autant, à sa sortie, Les Monstres de la préhistoire ne se hisse pas à la hauteur de ses ambitions, et ne sort au cinéma que dans peu de pays hors du Japon. Toutefois, ainsi que l’évoque Fabien Mauro dans sa présentation du film, le film rencontrera un succès aussi énorme qu’inattendu en URSS ! En France, il ne sera guère exploité en salle et connaîtra une sortie VHS (ce qui explique l’existence de la VF), tel que l’explique Jean-Baptiste Pujolle dans le second supplément : dans ce bonus plus original que les sempiternelles galeries de photos, cet amateur éclairé et passionné présente sa collection de posters, lobby cards, DVD et autres objets consacrés au film que Roboto propose dans un fourreau, agrémenté d’un livret écrit par Nicolas Jeantet.


A propos de Jean-Philippe Haas

Jean-Philippe est tombé dans le cinéma de genre à cause d’Eddy Mitchell et sa Dernière Séance, à une époque lointaine dont se souviennent peu d’humains. Les monstres en caoutchouc et les soucoupes volantes en plastique ont ainsi forgé ses goûts, enrichis au fil des ans par les vampires à la petite semaine, les héros mythologiques au corps huilé, les psychopathes tueurs de bimbos et les monstres préhistoriques qui détruisent le Japon. Son mauvais goût notoire lui fait également aimer le rock prog et la pizza à l’ananas. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/ris8C

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