Troisième journal de bord du Festival du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF) 2026. Pas de jour 5 mais un jour 6 avec un classique made in Switzerland et une satire féroce en provenance de Hong-Kong.
Jour 6 • Horreur scolaire

« Phenomena » de Dario Argento © Tous droits réservés
De retour dans la section « Amazing Switzerland », nous nous rendons au Rex, où Arnaud Aubelle, auteur de La Suisse au cinéma, présente la version restaurée de Phenomena (Dario Argento,1985), un long métrage souvent considéré comme mal-aimé dans la filmographie du réalisateur Italien, tout en vantant son caractère « jusqu’au-boutiste », qui témoigne de la grande liberté créative de Dario Argento. Tourné en Suisse alémanique et situé dans une région fictive surnommée la « Transylvanie suisse », le film raconte l’histoire de Jennifer (Jennifer Connelly), envoyée directement de Los Angeles par son illustre géniteur pour intégrer un pensionnat de jeunes filles. L’adolescente y fait la rencontre de sa colocataire, qui lui confie qu’un tueur sévit dans la région et ne prend pour cibles que de jeunes femmes. Parallèlement, Jennifer découvre que son affinité avec les insectes dissimule des pouvoirs télépathiques qui pourraient bien la protéger du danger qui rôde, surtout quand cette dernière s’aventure dans la nuit à cause de son somnambulisme. Le cinéma d’Argento semble s’épanouir dans ces décors à couper le souffle, entre montagnes et lacs, entre le chalet et la villa Wesendonck, transformée en pensionnat. Mais cette beauté et cette nature ne tardent pas à devenir inquiétantes et contribuent à l’isolement de l’héroïne, mise au ban par ses camarades comme par son institutrice. Côté mise en scène, le réalisateur se permet toutes les audaces : des fausses mains et têtes transpercées par une arme contondante, une bande originale naviguant entre atmosphère onirique et assauts métalliques, un tueur increvable et un récit fantastique empruntant plus au slasher qu’au giallo. Phenomena offre tout ce que le spectateur peut espérer et plus encore, mais Argento livre également un film sincère sur ces enfants rejetés par le monde extérieur de par leur différence. Peut-être le meilleur film d’horreur tourné en Suisse…

« Deadline » de Kiwi Chow © Tous droits réservés
Autre ambiance aux Arcades avec Deadline (Kiwi Chow, 2025). Dans une ville non identifiée mais qui pourrait bien être Hong-Kong, un lycée se prépare aux examens finaux et la tension monte : les élèves rêvent de notes leur donnant accès aux meilleures universités, leurs enseignants comptent sur de bons résultats pour garder leur poste et le proviseur surveille le classement de son établissement pour continuer à attirer des élèves. Et voilà qu’à quelques jours de l’échéance, des tracts annonçant qu’un élève se suicidera si les examens ne sont pas annulés pleuvent du système d’aération du lycée. Discours délirants sur la réussite comme raison de vivre, concurrence impitoyable entre élèves mais aussi entre enseignants, harcèlement, rapports de pouvoir entre la direction pédagogique et ceux qui tiennent les finances, pression des parents d’élèves, tout concourt à ce que les choses se terminent mal. Et c’est sans compter la logique comptable – pas seulement financière – contaminant la vie quotidienne du lycée, avec le chronométrage des épreuves écrites, des caméras thermiques mesurant la concentration des élèves et, surtout, la réduction d’à peu près tout à des performances chiffrables et donc à des classements. Kiwi Chow était connu pour son cinéma critique du régime – qui ne s’y est pas trompé : ce dernier long-métrage n’a pas passé l’obstacle de la censure, et n’arrive jusqu’à nous que grâce à une coproduction taiwanaise. Ici, le réalisateur livre un réquisitoire impitoyable contre le système éducatif chinois et la manière dont il broie les individus, tous plus ou moins contraints d’être complices. Il construit son film comme un thriller, mêlant le suspense de la tenue ou non des examens à celui de la révélation de l’auteur des tracts. La froideur impitoyable de la forme – on pense à Squidgame (Hwang Dong-hyeok, 2021) sans le rose mais avec des uniformes et des escaliers aussi anxiogènes – achève de rendre cette dystopie lycéenne irrespirable. Même si le scénario préserve quelques lignes de fuite sous la chape de la compétition totale. En particulier, on retrouve un thème récurrent dans le festival, l’amitié adolescente, porte de sortie laissée aux protagonistes… et au public.



