Alors que chaque année un film d’action est prophétisé comme étant le successeur de The Raid (Gareth Evans, 2011), c’est au tour de The Furious (Kenji Tanigaki, 2025) de subir l’incessante comparaison. Pourtant, avec ses racines hongkongaises, il s’apparente bien plus à un croisement inattendu entre la brutalité naturaliste de The Raid et le virage fantastique de la dernière partie de City of Darkness (Soi Cheang, 2024).

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I just wanna dance with you
Depuis l’édition 2025 du TIFF, les échos qui nous parvenaient de l’autre côté de l’Atlantique laissaient entendre que The Furious allait révolutionner le cinéma d’action, comme l’avait fait The Raid (Gareth Evans, 2011), en son temps. Et on pouvait y croire ! Kenji Tanigaki, son réalisateur, n’avait certes pas encore brillé – frôlant même parfois le nanar de compétition avec des films comme Shinobi : The Law of Shinobi (Kenji Tanigaki, 2002) et Shinobi 2 : Runaway (Kenji Tanigaki, 2002) – mais sa carrière de chorégraphe raconte une toute autre histoire. Que ce soit sa collaboration avec Donnie Yen sur Raging Fire (Benny Chan, 2021) et Sakra, la légende des demi-dieux (Donnie Yen, 2023) ou sa participation aux chorégraphies de City of Darkness, (Soi Cheang, 2024), il ne semble jamais très loin des séquences d’actions les plus inventives et stimulantes de ces dernières années. En étant cette fois-ci réalisateur, il s’adjoint les services du chorégraphe d’action japonais Kensuke Sonomura, dont les longs métrages Bad City (2022) et Ghost Killer (2024) – avec l’exceptionnelle Akari Takaishi – sont parmi les films d’action les plus réjouissants de cette décennie.
Tous les ingrédients étaient donc réunis pour ravir le cinéma d’action et autant le dire tout de suite, le film ne déçoit pas dans l’exécution de ses combats. Les corps s’entrechoquent, se brutalisent, et s’envolent même. On retiendra tout particulièrement la baston finale à quatre – puis à cinq – d’une durée relativement exceptionnelle qui apparaîtrait presque comme un laboratoire d’expérimentation tant les formes de son action sont sans cesse renouvelées. Le personnage campé par Brian Le agit à ce titre comme un véritable intrus, parasitant constamment le rythme des combats en forçant de nouvelles configurations qui, il faut le dire, restent rares dans un genre aussi formaté dans le paysage contemporain. Dans cette continuité, il est intéressant de remarquer à quel point chacun des personnages, et surtout les deux protagonistes, semblent amener avec eux l’héritage de tout un pan du cinéma d’action : Miu Tse représente la revitalisation contemporaine du cinéma d’action chinois par des films de plateforme avec Fight Against Evil (Qin Pengfei, 2021), Fight Against Evil 2 (Qin Pengfei, 2023), et les wu xia pian Eye for an Eye (Yang Binghia, 2022), Eye for an Eye 2 (Yang Bingjia, 2024) ; Joe Taslim nous ramène à The Raid et à ses successeurs indonésiens directs comme The Night comes for Us (Timo Tjahjanto, 2018).

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Quant au personnage de Brian Le, il amène dans le film un soupçon fantastique difficilement prévisible. Dans sa posture d’homme de main increvable aux qualités presque animales, on retrouverait presque l’absurdité d’une comédie comme Crazy Kung-Fu (Stephen Chow, 2004). Ce qui commence comme un film d’action relativement classique escalade vers une œuvre composite, nous faisant presque oublier la pauvreté de son scénario. Car il faut bien le dire, même si on pouvait s’attendre à ce que la narration ne soit qu’un prétexte pour enchaîner les séquences d’action, elle fait défaut au film au point d’en affecter le rythme. La conséquence, surtout, d’un faux climax qui intervient bien trop tôt et qui fait souffrir tout le dernier tiers de l’histoire, malgré le génie de son action. À plus forte raison quand son twist fantastique ne surprend pas assez pour replonger pleinement dans le long métrage, en tout cas pour quiconque aurait vu City of Darkness, qui l’exécutait avec bien plus de brio.
C’est aussi là l’autre grand défaut du film. Bien loin d’incarner une œuvre révolutionnaire, The Furious se perd dans sa tentative de renouer avec le passé. À la différence de City of Darkness, qui reconnaissait la dimension mélancolique d’un tel geste, le film de Kenji Tanigaki semble plutôt puiser dans le passé à la recherche d’un nouvel âge d’or. Même les chorégraphies, aussi réussies soient-elles, s’accompagnent d’un air de déjà-vu tant le travail de Kensuke Sonomura a été proéminent cette décennie. The Furious compose une bien étrange dialectique. En voulant à tout prix puiser dans les grandes heures du cinéma d’action et en réinjecter les forces dans une œuvre contemporaine, il affaiblit en réalité son propre impact. L’impression qu’il laisse est celle d’un genre à bout de souffle : peut-on encore véritablement renouveler le cinéma d’action, ou est-il désormais condamné à se répéter ? Pour autant, n’est-ce pas là précisément ce qui fait de The Furious un marqueur de son temps ?

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Sans être la révolution attendue, le film détonne tout de même dans un océan de productions d’action de plus en plus génériques. S’il peut refroidir l’initié·e, il reste tout de même une proposition stimulante dans le paysage actuel et reste plaisant à suivre. Mais au-delà de cette constatation un peu trop amère, cette absence de cap dans le cinéma d’action, The Furious peut offrir une clé de lecture plus joyeuse. Précisément parce qu’aux images qu’il propose se superposent une multitude d’autres images issues des films d’action de cette décennie, exposant l’effervescence des années passées. Il est quelque part un film checkpoint, une sorte d’état des lieux, ce qui le rapprocherait plus de No Tears for the Dead (Lee Jeoong-beom, 2014) que de City of Darkness. Difficile de prévoir si le film marquera durablement l’histoire du genre comme on pouvait l’espérer, mais dans tous les cas, il sera bien plus un témoin qu’un symptôme. Ce n’est pas une petite victoire.



