Film érotique obsédé par le cul au sens le plus « propre » du terme, All ladies do it (1992) est mis à l’honneur par Sidonis Calysta, proposant en Blu-Ray une œuvre érotique d’esthète par un cinéaste surdoué dans son genre, Tinto Brass.

© Tous Droits Réservés
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Les plaisirs de la chair, à part quand elle se métamorphose, se manipule, se lacère, n’ont que peu de place dans nos lignes. Si le cinéma de genre est loin d’être prude, lui si volontiers racoleur – du moins, en des temps de plus en plus reculés – peu de sorties roses traversent les catalogues des éditeurs les plus actifs sur le marché. A Fais Pas Genre on a pu vous parler d’une lointaine parodie pornographique du clip Thriller de Michael Jackson (Driller, Joyce James, 1984), de Walerian Borowczyk (La Bête, 1975) des lascivités d’un Jess Franco ou du cinéma japonais (pinku eiga et roman porno) ou encore du mythique Emmanuelle (Just Jaeckin, 1974) mais c’est avec une parcimonie correspondant, certainement, à l’actualité des sorties physiques – je parle des DVD et Blu-Ray, ne commencez pas. Plus récemment un bout de fesses – partie de l’anatomie non choisie au hasard, eu égard au cinéaste dont nous allons parler – a pu de manière naturelle faire apparition sur les rayonnages de la haute définition, émanant de surcroît du plutôt respectable éditeur Sidonis Calysta. C’est que ce dernier a souhaité mettre en lumière, via des galettres restaurées, le maître de l’érotique à l’italienne, Tinto Brass, à travers plusieurs sorties Blu-Ray : Salon Kitty (1976), La clé (1983), Miranda (1985), Lola la frivole (1998) auxquelles viennent s’ajouter Paprika (1991) dont un confrère vous entretiendra bientôt, et All ladies do it (1992), que j’ai eu la noble mission de visionner avec l’oeil froid du critique bien entendu. Dans l’actualité à la faveur du récent remontage extraordinaire de son Caligula (1979) il n’est pas surprenant non plus de constater que Tinto Brass fasse l’objet d’une collection à part dans le catalogue Sidonis : débutant comme archiviste puis assistant de Roberto Rossellini, Federico Fellini ou Joris Ivens, tôt remarqué par une industrie qui a failli lui confier l’adaptation du roman Orange Mécanique avant qu’elle ne tombe sous l’escarcelle de Stanley Kubrick, l’Italien est un auteur aussi culte qu’au style personnel, développant son univers en particulier dans l’érotisme, avec des obsessions, des motifs propres, liées à des qualités filmiques évidentes. Ce ne sont pas Christophe Bier, historien du cinéma coquin, ou du directeur de la programmation de la Cinémathèque Française Jean-François Rauger, présents dans les bonus de l’édition, qui s’opposeront à cette constatation.
Commençons par un cliché : ce n’est pas sur le plan du scénario que Così fan tutte (titre original, clin d’œil à l’opéra de Mozart) fait le plus d’efforts, répondant à la tradition du cinéma sensuel, peu regardante envers la complexité narrative ou psychologique. Diana est mariée, exceptionnellement belle, courtisée par les hommes et, bien sûr, la volupté conjugale ne lui suffit pas. Elle s’engage alors, non sans ambivalence, dans un rapport de séduction avec les autres hommes, tout en installant un jeu u dire avec son époux, auquel elle raconte ce qu’elle fait (ou ce qu’elle dit faire), mais ce dernier pensant qu’elle ne fait qu’inventer… Le canevas de ce candaulisme fantasmatique somme toute classique vaut peu, si ce n’est pour ce qu’il permet à Tinto Brass de livrer un film aux velléités féministes vantant à première vue les mérites d’une liberté sexuelle féminine au mépris de la tradition patriarcale. Néanmoins, l’attitude des protagonistes masculins, volontiers dominateurs, et la réponse des femmes, souvent consentantes aux approches pourtant les plus lourdes, semble décaler la perspective sociétale/politique (gentiment) du récit pour l’orienter vers une obsessionnalité certes propre au genre, mais demeurant saisissante. Car de la même manière que le film noir est hanté par la pénombre, le burlesque par la gravité, le gore obsédé par le sang, All ladies do it persiste et signe en l’obsessionalité du cinéma érotique pour le sexe. Tout est prétexte à l’érotisation, à la sexualisation, voire, au rapport sexuel. Chaque rencontre, chaque regard, chaque geste, chaque parole, semble pouvoir débusquer sur un passage à l’acte, sans ornières : tout le monde est toujours désirant – et tout le monde est toujours désirable, même ceux qui, a priori, ont moins les faveurs de la nature (il faut dire aussi que, à peu de choses près, l’intrigue se situe dans un milieu bourgeois, voire au-dessus). A cette obsession s’ajoute celle de Tinto Brass pour le bas des reins, filmé à la moindre incartade, et motif narratif à part entière, de l’amant fasciné par les culs qui en a conçu une galerie à la récurrence de la sodomie dans les évocations (de là vient le titre en anglais). Fétichisation, érotisation maximale, monde de tous-les-champs-des-possibles, où chacun peut se révéler un(e) amant(e) hors pair au détour d’un couloir : à n’en pas douter, voilà un exemple, une quintessence du cinéma de la chair, avant la lacération d’une pornographique de plus en plus gonzo.
Ces considérations pouvant passer pour évidentes, ne doit rester que le premier attrait du long-métrage : son incontestable qualité plastique. La photographie sublime de Silvano Ippoliti – collaborateur de Sergio Corbucci, Lucio Fulci – et Massimo Di Venanzo, particulièrement contrastée, liée au sens du décor unique de Tinto Brass, et à la façon dont il les cadre, crée un objet filmique d’un pouvoir hypnotique et saisissant (voir, entre autres, le somptueux travail de surcadrage). Œuvre d’esthète, All ladies do it demeure une volonté de prendre le sexe, au cinéma, par le haut, sans pour autant renier les polissonneries les plus avides. La restauration proposée par Sidonis Calysta dans l’édition combo DVD/Blu-Ray est l’occasion de se laisser embarquer, peau et oeil, en haute définition. Les suppléments se composent des deux présentations que nous avons évoquées lors du premier paragraphe, par de fringants défenseurs des cinémas de genre(s) au sein des institutions françaises ainsi que de scènes coupées et une interview du maestro, Tinto Brass lui-même.
