Puisqu’il faut bien rire un peu, Sidonis Calysta propose en Blu-Ray un western-comédie porté par un John Wayne à peu près juvénile et une intrigue à peu près intéressante : critique de La femme du pionnier (Joseph Kane, 1945).

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J’irai où tu iras

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« Est-ce que ce monde est sérieux ? » susurrait Francis Cabrel. Le monde, je ne sais pas, mais nos lignes le sont bien souvent. La comédie n’y est pas tant représentée, le western non plus quoi que plus fréquemment, alors imaginez le mélange des deux. Nous vous avions parlé il y a quelques années déjà de cela du très original Femme ou démon de George Marshall (1939) avec le plus grand acteur de l’âge d’or hollywoodien (selon moi) la belle gueule fragile James Stewart. Le ton humoristique du long-métrage, voire parfois vaudevillesque, enrobait en fait une vision sociétale assez rude où la corruption, thème majeur du genre, régnait en maître. Dans son incarnation américaine, le comique reste globalement dans les santiags des enjeux du western avec des intrigues autour de la loi, de la justice, de la liberté, limitant le mythe par un ton enlevé sans pour autant le briser. Ainsi les westerns américains à couleur humoristique de la période dite classique (grosso modo jusqu’aux débuts des années 50) semble certes faire rire mais ne pas sombrer tout à fait dans la dérision, qui sera l’apanage plus irrévérencieux du western spaghetti. La notion de valeur morale y reste capitale, et de manière très prononcée dans La femme du pionnier (1945) nous occupant aujourd’hui. Permettons-nous une brève digression sur son réalisateur, Joseph Kane, pas vraiment dans les listes des artisans les plus renommés du genre. Plusieurs dizaines de films ont été bouclés par lui entre 1926 et 1975, pour un profil qui à l’instar d’un John Ford ou d’un Raoul Walsh a débuté dans l’ère du muet et a conçu ses derniers projets en couleur dans une industrie bouleversée par le Nouvel Hollywood – qui, pour le coup, tournera bel et bien en dérision le genre du western et parfois avec une succulente cruauté. Auréolé d’une réputation de metteur en scène fiable et compétent, il œuvra deux décennies pour la Republic Pictures, devenant le M. Western de la firme et a donc beaucoup, beaucoup travaillé, dirigeant, tout de même, Sterling Hayden, Gene Autry et John Wayne dont il aurait été un ami proche. Toutefois peu de ses réalisations paraissent avoir passé les fourches caudines de la critique et du temps, hormis pour ceux qui auront la patience d’écumer des forums d’expert, tels que western.movies.fr, mettant en avant certaines de ses réalisations.
C’est donc sans a priori, c’est le moins que l’on puisse dire, que l’on laisse le Blu-Ray de La femme du pionnier se faire engloutir par le lecteur. Et l’on doit avouer qu’on est assez attrapé par la scène inaugurale : on y voit un fringant John Wayne, tout heureux d’aller rejoindre sa fiancée, se faire pourtant manu militari rabrouer par les sbires de son beau-père, avec force grotesquerie. C’est que John Devlin (Wayne) est un joueur, et que son amoureuse n’est nulle autre que Sandy Poli, fille d’un important homme d’affaires, responsable d’une compagnie de chemin de fer. Heureusement que Sandy est très amoureuse, puisqu’elle s’échappe par la fenêtre pour rejoindre John, mais le magnat ne l’entend pas de cette oreille et commence par lâcher ses hommes de main à leur trousse. D’un long-métrage composé par deux chapitres, la première partie est ainsi un road movie attachant, ayant bien entendu beaucoup vieilli (les stéréotypes, notamment racistes, sont de mise) mais plutôt charmant, avec des dialogues et situations amusants notamment grâce à l’écriture du couple de protagonistes, qui sont aussi chastes (pas un seul baiser ne sera vu à l’écran) que taquins voire menteurs entre eux. Se retrouve le ton, la dynamique des comédies sentimentales de cette époque dont George Cukor, Frank Capra, Ernst Lubitsch et consorts ont pu fourbir. Hélas le deuxième acte, lorsque les amoureux posent leurs valises dans la ville de
Fargo, enlise le récit qui ne se suit qu’avec un œil distrait et bien moins de charme. L’enjeu devenant ainsi de manière archi-classique la spoliation de pauvres fermiers par de méchants propriétaires terriens, contre lesquels John Wayne va s’insurger, évidemment…
Sidonis Calysta propose La femme du pionnier dans une honnête édition combo DVD/Blu-Ray. La qualité de la copie est honorable et on ne demandera pas plus tant l’objet est pauvre formellement, Joseph Kane étant quasiment aux abonnés absents. On se tournera avec le plaisir coutumier vers la présentation du film par l’auteur spécialiste en cinéma Jean-François Giré et le livret. Peut-être dans l’attente que cet éditeur fouineur nous fasse découvrir des œuvres plus convaincantes de ce cinéaste ?



