Drop Game


Ô miracle, un film produit par Blumhouse sur lequel nous n’allons pas nous défouler ! Ça faisait longtemps et ce n’est pas pour nous déplaire ! Drop Game (Christopher Landon, 2025) est loin d’être parfait, loin s’en faut, mais a comme atout le savoir-faire de son réalisateur et un certain sens du fun décomplexé comme nous l’aimons.

Plan rapproché-poitrine de face sur Meghann Fahy, au restaurant, regardant droit l'objectif dans une mine incompréhension ; issu du film Drop game.

© Tous Droits Réservés

Un dîner et un meurtre presque parfaits

Plan rapproché-poitrine en contre-plongée sur Violett Beane, en sueur, dans l'appréhension, en trian de se cacher derrière un meuble de cuisine dans le film Drop game.

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2023 et 2024 avaient été les années « purges » pour l’inénarrable producteur Jason Blum avec les sorties de Five Nights at Freddy’s (Emma Tammi, 2023), L’Exorciste : Dévotion (David Gordon Green, 2023) ou encore L’I.A. du mal (Chris Weitz, 2024). Un tiercé perdant illustrant à lui seul tout le cynisme, la fainéantise et la bêtise qui peuvent émaner des productions du monsieur quand il décide de ne pas y mettre les moyens artistiques et financiers. Pour autant, Blum sait parfois avoir des élans créatifs comme avec Get Out (Jordan Peele, 2017) ou The Hunt (Craig Zobel, 2020), alors on ne sait jamais vraiment à quelle sauce nous serons mangés quand il s’agit de se lancer dans l’un de ses films. En 2025 ce bon Jason a décidé de ne pas lever le pied et après un Wolf Man (Leigh Whannell) pas inintéressant, le voilà donc qui produit le nouveau projet de Christopher Landon : Drop Game. Ce réalisateur issu de l’écurie Blumhouse revient pour proposer un de ces high concept dont la maison raffole : après la mort de son mari violent, Violet, l’héroïne, décide de fréquenter de nouveaux d’autres hommes. Un soir, elle confie son fils à sa sœur pour se rendre à un rendez-vous galant dans une des plus grandes tours de Chicago. Quand Henry, son rencard, arrive, elle commence à recevoir des messages d’un inconnu qui se font de plus en plus menaçants. Le corbeau ordonne à Violet de tuer Henry sans quoi il tuera son fils.

Un pitch machiavélique qui rappelle forcément le mal-aimé Red Eye (2005) du grand Wes Craven – à qui Landon devait succéder puisqu’il devait réaliser le prochain Scream 7 (2026) finalement échu à Kevin Williamson – et son concept similaire. Et il faut le reconnaitre, jusqu’à un certain point Drop Game fonctionne du tonnerre quand il s’agit de s’identifier à la pauvre Violet et de prendre part aux nombreux rebondissements du scénario. Ce n’était pourtant pas gagné quand on connait le pedigree des scénaristes responsables d’Action ou vérité (Jeff Wadlow, 2018) et Nightmare Island (J. Wadlow, 2020), deux productions Blumhouse dont on aimerait ne plus avoir à se rappeler. Pourtant dans le cas présent, le duo à l’écriture arrive à rendre attachants les personnages et à nous tenir en haleine jusqu’à ce que le tout retombe comme un soufflé – mais on y reviendra. En faisant de Violet une victime de violences conjugales, toutes ses mésaventures à venir ont d’autant plus d’impact puisque l’on sait d’où elle vient et à quel point la situation la renvoie à ses traumatismes. Comprenons-nous bien, nous ne sommes pas dans Jusqu’à la garde (Xavier Legrand, 2017) ou L’Amour et les forêts (Valérie Donzelli, 2023) qui proposaient une lecture autrement plus percutante et psychologique de ce fléau que sont les violences domestiques, mais de la part de ces scénaristes et de ce producteur, plus habitués à porter une analyse sociétale quelque part entre Pascal Praud et Jordan De Luxe, c’est plutôt inattendu.

Il faut dire que la réalisation est pour beaucoup dans la réussite de Drop Game. Habile, élégante et ménageant ses effets (dans un premier temps), la mise en scène de Christopher Landon arrive à installer une véritable tension. Le cinéaste n’est pas un novice : il avait réussi à faire de son Happy Birthdead (2017) une amusante série B de très bonne facture. De son concept hitchcockien revisité à l’ère des réseaux sociaux et d’une technologie toujours plus invasive, il parvient à faire quelque chose de ludique bien que parfois répétitif. De nombreuses fausses pistes viendront frustrer le spectateur au fur et à mesure du récit et laissent place à une forme de ronflement. Vu que les dialogues ne volent pas toujours bien haut, Landon meuble beaucoup. C’est là le piège du huis clos et ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir réussir cet exercice sans se prendre les pieds dans le tapis de la répétition et de l’ennui. Étrangement dénué d’humour – à part peut-être le personnage du serveur un poil invasif – alors que c’est souvent l’une des marques de fabrique de Christopher Landon, Drop Game n’a même pas cette béquille sur laquelle se reposer pour sortir des rails. Sûrement que la volonté de traiter des violences conjugales a pris le pas sur cet aspect du cinéma du réalisateur, mais un meilleur équilibre aurait probablement dynamisé le film et le spectateur.

Brandon Sklenar tente de tirer à lui une nappe sur laquelle se tient une femme blonde, suspendue dans le vide ; scène de nuit, au bord d'un salon dont la large vitre a été brisée, dans le film Drop game.

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Et puis vient le dernier acte. Une fois la grande révélation faite, Landon se débarrasse de l’angoisse pour terminer son long-métrage dans un déluge grand-guignolesque où les lois de la physique et les préceptes de non-violence sont mises à mal. Alors le réalisateur arrive à lâcher les chiens et à nous concerner à nouveau. Ce déchainement bas du front répond avec la finesse de Jean-Marie Bigard aux enjeux sérieux des violences faites aux femmes, mais a le mérite de conclure cet arc narratif par la catharsis la plus brutale qui soit. Le mérite revient notamment à Meghann Fahy, aperçue dans The White Lotus (Mike White, depuis 2021), de tous les plans, parvenant à traduire la fragilité et la détermination de son personnage. On se surprend à se mettre à sa place dans des situations souvent tordues. Dans le rôle du rencard à exécuter, le quasi inconnu Brandon Sklenar, vu tout de même dans Vice (Adam McKay, 2018), peut agacer par sa perfection en mode #NotAllMen, il s’en tire finalement pas mal dès lors que son personnage devient moteur dans les rebondissements parfois abracadabrantesques. Reste que Drop Game, qui ne tient pas toutes ses promesses la faute à un ventre mou en son milieu, est bien plus qualitatif et intéressant que ce que Blumhouse a pu produire comme films high concept ces dernières années. Et comme la chose est co-produite – on avait oublié de la préciser – par Michael fucking Bay, c’est doublement satisfaisant !


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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