Les 4 Fantastiques : Premiers Pas


Si cela fait un bon moment que Marvel n’est plus synonyme de rêve et de réussite, nous gardions un œil attentif sur Les 4 Fantastiques : Premiers pas (Matt Shakman, 2025) dont la direction artistique semblait s’éloigner des sentiers battus. Une première réussite pour cette famille marvelienne après quelques ratés ?

Pedro Pascal court devant une explosion colossale dans Les 4 Fantastiques : Premiers Pas.

© Marvel / Disney

The Incredibles

Quand on pense aux aventures de Reed Richards, Sue Storm, Ben Grimm et Johnny Storm au cinéma, nous viennent en tête des images pas bien glorieuses de la bouse produite par Roger Corman – Les Quatre Fantastiques (Oley Sassone, 1994) – du diptyque mollasson de Tim Story dont Les Quatre Fantastiques et le Surfer d’argent (2007) avait annihilé toute suite directe, ou au reboot charcuté au montage de Josh Trank. Autant dire qu’à côté des adaptations réussies des X-Men, de Spider-Man ou même d’Iron Man, les Fantastic Four n’ont guère brillé sur grand écran et ce n’est pas le rachat de la Fox par Disney – faisant de facto rejoindre les héros de bleu vêtu dans l’écurie Marvel – qui allait nous rassurer pour cette nouvelle adaptation canonique au MCU. Non, le projet a fini par nous titiller au fur et à mesure qu’il se dévoilait ; d’abord la participation de Pedro Pascal, l’homme le plus aimé des internets, puis la mise en scène confiée à Matt Shakman – qui avait réussi beaucoup de choses sur la série WandaVision (Jac Schaeffer, 2021) – et enfin des premières images convaincantes loin de la pauvreté à laquelle le studio nous avait habitués lors de ses deux dernières phases. Premier long-métrage de la Phase 6, censé conclure le cycle interminable du Multivers et relancer une franchise en berne, Les 4 Fantastiques : Premiers pas avait donc les épaules chargées à bloc. Nous retrouvons ainsi notre équipe quatre ans après sa création acclamée par l’Amérique toute entière et attendant un heureux évènement. En effet, Sue Storm, la femme invisible, est enceinte. Hélas ce bébé est convoité par Galactus, le dévoreur de planètes qui impose un terrible ultimatum à la Terre et aux Quatre Fantastiques…

La Torche Humaine dirige ses flammes vers l'ennemi, flottant dans les airs, dans Les 4 fantastiques : premiers pas.

© Marvel / Disney

Thunderbolts (Jake Schreier, 2025) nous avait un peu réconciliés avec la licence, mais il faut se rappeler d’où l’on vient : Thor : Love and Thunder (Taika Waititi, 2022), Ant-Man et la Guêpe : Quantumania (Peyton Reed, 2023), The Marvels (Nia DaCosta, 2023), Captain America : Brave New World (Julius Onah, 2025), sans parler des séries genre She-Hulk (Jessica Gao, 2022). Une liste à faire pâlir n’importe quel palmarès des Razzies Awards ou pages nécro de votre journal préféré et qui était clairement un indicateur de la mauvaise santé créative du studio. Heureusement, Kevin Feige, le grand manitou de Marvel, s’est fait taper sur les doigts par les pontes de Disney et a décidé de remettre un peu de qualité au sein de ses créations… C’est ainsi que Thunderbolts fut moins pire que prévu – bien au contraire – et que ces 4 Fantastiques new-look s’en tire plutôt bien ! Non pas que le film soit le sauveur du MCU ou qu’il renouvèle de fond en comble un genre qui, naturellement, s’essouffle, mais Premiers pas a le mérite de respecter son public tout en proposant un petit pas de côté propice à faire émerger de nouveau le plaisir chez le spectateur. À titre d’exemple, le fait de ne pas avoir à se farcir l’origin story de nos héros, vue dans les trois précédentes itérations, montre un certain respect quant à notre intelligence, et l’idée de situer le récit sur une planète Terre alternative – la Terre-828 – permet à la fois de proposer de l’inédit et de se rapprocher au mieux de matériau de base, à savoir le comics des années 60. L’aspect SF à l’ancienne avec ses expéditions dans l’espace sont aussi très réussies.

Et c’est dans cette première partie dans laquelle nous découvrons ce passé dystopique et tous ses éléments rétro-futuristes que le film s’avère le plus généreux : en se débarrassant des sempiternelles origines des pouvoirs, Matt Shakman soigne l’entrée dans cet univers avec une générosité communicative. Comme pour Wandavision qui parvenait à singer l’évolution des séries télévisées américaines, le réalisateur prend un plaisir évident à se rapprocher du trait de Jack Kirby et de ce passé où tous les possibles envisagés étaient mis sur papier. C’est fait avec un tel naturel que les anachronismes avec notre propre réalité paraissent ludiques et logiques. On salue bien évidemment le travail de direction artistique de Kasra Farahani qui redynamite l’imagerie du MCU. Les 4 Fantastiques : Premiers pas paraît presque comme une anomalie à côté de la pauvreté des décors d’un Captain America : Civil War (Anthony & Joe Russo, 2016) ou des élans psychédéliques mal foutus de Quantumania. Le plaisir est décuplé grâce à la bande originale de Michael Giacchino qui impose le premier vrai thème musical fort chez Marvel depuis celui d’Avengers (Joss Whedon, 2012) – ce qui en presque quarante films était inquiétant. Le côté rétro est assumé est bien mené sur tous les plans, des gadgets rappelant ceux du Spirou de Franquin jusqu’à une ultime séquence post-générique en mode cartoon Hanna-Barbera. Aussi, et c’est à noter après les têtes flottantes de Love and Thunder ou de Quantumania, les effets spéciaux sont plutôt soignés, rendant l’expérience agréable.

Vanessa Kirby et Pedro Pascal avec un bébé, allongés dans le lit familial dans Les 4 Fantastiques : Premiers pas.

© Marvel / Disney

C’est lors de sa deuxième moitié que, malheureusement, Les 4 Fantastiques : Premiers pas retombe sur des rails un peu trop éculés. Lorsque la menace Galactus est présentée, le long-métrage perd en charme et en singularité. Déjà parce que c’est un antagonisme en mode « fin du monde » que l’on a pu voir cent fois dans le genre super-héroïque ou chez James Bond – en moins science-fictionnel, certes – et duquel on a du mal à considérer la menace tant elle est intangible. Surtout, comme d’habitude chez Marvel où les réalisateurs s’effacent lors des scènes d’action pour céder leur place à des équipes chargées des chorégraphies de combat et du filmage de celles-ci, on sent que Matt Shakman finit par ne plus maitriser le bon dosage qu’il avait jusqu’ici instillé : la conclusion du long-métrage aurait tout aussi bien pu être celle d’un épisode de Spider-Man : Homecoming (Jon Watts, 2017) ou des Gardien de la Galaxie (James Gunn, 2014) quand sa première moitié le distinguait pleinement. C’est dommage mais c’est ici que le studio se rappelle à notre bon souvenir. Enfin, si cela est commun à bon nombre de films de super-héros, Les Quatre Fantastiques : Premiers pas, du fait de ce dilemme posé aux héros et à eux-seuls, montre plus que jamais l’idée fascisante du pouvoir extrême de quelques individus sur les populations – en somme les héros doivent soit sacrifier leur enfant, soit l’humanité. À une époque où des œuvres comme The Boys (Eric Kripke, depuis 2019) éclairent sur ce sous-texte centenaire, difficile de passer à côté ici…

Reste que le spectacle l’emporte malgré ces quelques réserves, qu’il est assez rafraichissant pour espérer de meilleurs jours à la Maison des Idées. La distribution n’est pas étrangère à cela puisque Pedro Pascal est impeccable de charme désuet en Reed Richards/Mr Fantastique, que Vanessa Kirby apporte beaucoup à une Sue pas forcément bien écrite, et que Joseph Quinn et surtout Ebon Moss-Bachrach – respectivement Johnny Storm/La Torche et Ben/La Chose – sont heureusement sympathiques car le scénario ne les gâte pas vraiment d’arcs narratifs autre qu’amourettes un brin niaiseuses. Julia Garner, en Surfeuse d’argent, apporte toute l’aura mystique au légendaire personnage tandis que Ralph Ineson en Galactus fait ce qu’il peut derrière les CGI et les différentes échelles qu’il doit nous faire ressentir. En bref, ces 4 Fantastiques : Premiers Pas n’auront aucun mal à briguer le titre de meilleure adaptation officielle du comics de Jack Kirby et Stan Lee – bien que la meilleure adaptation officieuse demeure Les Indestructibles (Brad Bird, 2004), et de loin – et on s’inquiète déjà de voir les frères Russo s’emparer du jouet pour le greffer dans leur méga Avengers : Doomsday (2026) via lequel l’uniformisation avec le reste du MCU devrait être définitive et irréversible…


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

9 − 7 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.