Les Gardiens de la Galaxie 5


Pari risqué de la part de Marvel mais néanmoins attendu que celui de faire une adaptation ciné des Gardiens de la Galaxie. Héros méconnus et choix de production osés, nos amis parviendront-ils à se faire une place dans un univers dominé par une autre équipe de super-héros ?

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Top Gunn

Bien avant sa sortie, Les Gardiens de la Galaxie s’annonçait être un OVNI au sein de la maison Marvel : un film qui débarque en pleine phase 2 de la saga mais dans lequel aucun des Avengers n’est présent. Les séquences post-génériques d’Avengers (Joss Whedon, 2012) et Thor 2 (Alan Taylor, 2013) annonçaient pourtant ce film, en présentant respectivement les personnages de Thanos (à qui Josh Brolin prête ici sa voix) et du Collectionneur (Benicio Del Toro), mais qu’en était-il alors des héros du film ? Chipette. Il faudra attendre l’annonce du casting et les premières photos pour les découvrir. Et pourtant, rien n’empêchait le film d’être attendu par énormément de monde – ici, « énormément » = tous ceux qui aiment les films Marvel.

lesgardiensdelagalaxieL’histoire des Gardiens de la Galaxie est avant tout celle du Terrien Peter Quill (Chris Pratt), enfant des années ’80 qui a, à l’évidence, grandi avec Ferris Bueller, Marty McFly et tous les inscrits à la Police Academy. En 1988, il est aspiré par un vaisseau spatial le soir même où il assiste au décès de sa mère malade, et on le retrouve vingt-six ans plus tard, en 2014 donc. Quill se fait appeler Star-Lord et appartient à un groupe d’aventuriers voleurs et hors-la-loi, les Ravageurs. Après avoir mis la main sur un globe mystérieux et puissant convoité par le terrible Ronan (Lee Pace), Quill va être la cible de Gamora (Zoe Saldana), redoutable tueuse souhaitant lui subtiliser le globe, mais aussi de Rocket (Bradley Cooper) et Groot (Vin Diesel), deux chasseurs de prime souhaitant l’éliminer afin d’empocher un peu d’argent. Mais les effets néfastes du globe si celui-ci tombe entre les mains de Ronan risquent d’affecter toute la galaxie, et tout ce petit monde, rejoint par Drax le Destructeur (Dave Bautista), va devoir s’efforcer à former une équipe afin de faire face au danger…

Il est facile de comparer Les Gardiens à Avengers, et à juste titre d’ailleurs, puisque le film de James Gunn se présente comme une version affreuse, sale et méchante de celui de Joss Whedon : on retrouve le leader beau gosse (Captain America/Peter Quill), le petit marrant intelligent en sciences et en mécanique (Iron Man/Rocket), la tueuse redoutable et sexy (Black Widow/Gamora), l’espèce de monstre limité mais increvable (Hulk/Groot) et le musclé aveuglé par sa soif de vengeance (Thor/Drax) ; idem du côté des méchants, puisque Ronan offre de nombreux points de similarité avec Loki, tout en étant toutefois moins bien développé que le personnage auquel Tom Hiddleston prêtait ses traits – sans doute dû au fait qu’en tant que premier film sur le sujet, et pour respecter une durée de deux heures, James Gunn a dû limiter ses apparitions. Mais au lieu de se perdre en comparaisons (il y en a encore d’autres que vous découvrirez par vous-mêmes), revenons à nos Gardiens. La réalisation de James Gunn estlesgardiensdelagalaxie indéniablement l’atout principal du film, lui conférant un charme irrésistible. Et votre serviteur étant lui-même un die hard fan du cinéaste depuis bien longtemps déjà, on mettra légèrement l’objectivité de côté dans les prochaines lignes. La relation de James Gunn avec les superhéros est une longue et vieille histoire, puisqu’en 2000, il écrivait déjà le scénario du sympathique mais méconnu The Specials, réalisé par Craig Mazin, puis a enchaîné en créant deux séries télé, Sparky & Mikaela en 2008 et Humanzee! En 2009, toutes les deux racontant les aventures délirantes de super-héros pas comme les autres, mais qui n’iront pas plus loin que le pilote. Enfin, son incursion la plus marquante – et sûrement celle qui lui a donné les clefs pour réaliser le film qui nous intéresse – est le remarquable Super (2011), déclinaison adulte et trash de Kick-Ass (Matthew Vaughn, 2010). Aucun doute qu’il allait faire quelque chose de mémorable des Gardiens de la Galaxie, héros Marvel plutôt méconnus.

La grande force de James Gunn, c’est qu’il est autant geek qu’underground – parce que l’écurie Troma, qui a lancé le petit et dont il revendique toujours l’influence, n’a jamais cessé d’être underground malgré ses quarante ans d’existence : rappelons quand même pour ceux du fond que le premier scénario de James Gunn est celui de Tromeo & Juliet (Lloyd Kaufman, 1996), œuvre qui est au Panthéon du culte de Troma. Alors imaginez ce que ça peut donner, de le mettre au commandes d’une superproduction Marvel à 170 millions de dollars. Si vous n’arrivez pas à l’imaginer, allez voir Les Gardiens de la Galaxie, un film complètement barré, lesgardiensdelagalaxiefun et rock’n’roll qui se paie même le luxe d’être parfois vulgaire, un sommet du mauvais goût pour une production Walt Disney. Plus que de chercher à adopter l’optique du film de superhéros, James Gunn exploite à fond son ambiance space opera, d’abord pour les possibilités qu’elle offre (dans les décors, les costumes, les maquillages, les musiques et, bien sûr, la satisfaction geek qu’elle procure), mais aussi parce qu’il est évident dès le départ qu’il ne s’agit PAS d’un film de super-héros. Les protagonistes n’ont rien de super, et rien de héros : ce sont des hors-la-loi plus ou moins compétents qui cherchent à s’entretuer pendant tout le film tout en faisant équipe – un élément intéressant propre au western spaghetti qui s’invite dans un Marvel et qui prouve qu’il n’y a pas besoin de présenter chaque personnage en faisant deux films sur lui auparavant pour que leur réunion soit fun. Mais qui doivent sauver la galaxie, ce qui n’est quand même pas rien.

La question du timing est une chose que Marvel connaît sur le bout des doigts, et si Les Gardiens de la Galaxie sort maintenant, c’est qu’il ne devait sortir ni avant, ni après. Depuis Avengers, Marvel semblait s’être tourné vers la noirceur : Iron Man 3 (Shane Black, 2013), si l’on oublie le fait qu’il soit loupé et qu’il ressemble à une parodie de film de super-héros, offrait l’apparition la plus sombre de Tony Stark, idem pour Thor 2 qui, jusque dans son sous-titre, parlait de Monde des Ténèbres (si ça c’est pas dark 666), et Captain America : le Soldat de l’Hiver (Anthony & Joe Russo, 2014). Alors ces Gardiens de la Galaxie contrebalancent tout le tableau de famille Marvel : pas sombre pour un sou, le film joue plutôt la carte de l’aventure grand public tout en étant drôle et épique, rythmée non pas au son d’une musique à la Hans Zimmer ou à la Alan Silvestri, mais à celui des Jackson 5, de David Bowie, des Runaways, de Marvin Gaye, de Norman Greenbaum ou encore de Blue Swede, tous (et bien plus encore) étant réunis à l’intérieur d’un Awesome Mix que Peter Quill, nostalgique de la cassette audio, se plaît à écouter en boucle lesgardiensdelagalaxiesur son walkman, et qui fera, je l’espère, le bonheur de votre autoradio. En tout cas, ma Laguna en bouffe depuis près d’une semaine.

Avant-dernier film de la phase 2 avant que celle-ci ne s’achève avec Avengers: Age of Ultron (Joss Whedon, 2015), actuellement en post-prod, Les Gardiens de la Galaxie est indéniablement la plus belle surprise que l’on ait pu voir de la part de Marvel. Un bijou fun, décomplexé (Joris n’avait pas tort d’espérer ce qu’il appelait une « colonie de vacances géante » dans un précédent article sur la maison Marvel), porté par un casting pas piqué des vers (et des apparitions qui en raviront plus d’un : Lloyd Kaufman et Nathan Fillion dans des caméos mémorables et, si vous le voyez en VO, vous vous plairez à reconnaître, le moment venu, la voix de Rob Zombie) et une superbe réalisation, efficace à en crever et qui fait la part belle aux somptueux décors et aux effets spéciaux. Il apparaît clair que James Gunn s’est éclaté à s’atteler à la dure tâche de faire aimer dès leur première apparition à l’écran des héros méconnus (et s’est plu à en jouer à l’intérieur de son film : lorsqu’au début, Chris Pratt se présente comme étant « Peter Quill, mais tu me connais sûrement sous un autre nom : Star-Lord » à un Djimon Hounsou qui, à l’instar de beaucoup de spectateurs dans la salle, n’a jamais entendu ce nom, il est évident qu’il s’agit là d’une amusante astuce de James Gunn, drôle mais finalement assez osée, pour présenter ce personnage au public), et le résultat s’est révélé payant, puisque Les Gardiens de la Galaxie est l’un des meilleurs Marvel à ce jour qui, n’en doutons pas une seconde, appellera à une suite qui battra des records d’attente parmi les fans.

Je s’appelle Valentin Maniglia


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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