Après le très énervant Jurassic World : Le Monde d’après (Colin Trevorrow, 2022), tout amateur de dinos que nous soyons, nous ne donnions plus très cher de la saga initiée par Steven Spielberg. C’était sans compter l’arrivée de Gareth Edwards sur Jurassic World : Renaissance (2025) pour relancer tout ça…

© Universal Pictures
King of the Monsters
Ce n’est pas peu dire que la trilogie Jurassic World nous aura gentiment refroidis. Pour quelques élans horrifiques et une véritable mise en scène dans Fallen Kingdom (Juan Antonio Bayona, 2018), il aura fallu se taper le fan service le plus bas du front des deux épisodes signés Colin Trevorrow, son manque d’idées et son grand final en forme de lâcher prise totale zappant toutes les règles de bon goût. On pensait la saga rincée et bonne pour entrer en hibernation bien méritée. Et pourtant, les gens de chez Universal n’allaient pas laisser ces bons vieux dinosaures au placard pour très longtemps puisqu’il y a un an – et cela a son importance – une suite était commandée. Au lancement de la production, c’est David Leitch, responsable de Deadpool 2 (2018) ou de Bullet Train (2022), qui est chargé de filmer la chose. Pas de quoi être rassurer donc, mais heureusement, le court délai entre le tournage et la sortie programmée a refroidi le réalisateur, et c’est Gareth Edwards qui a été appelé en renfort pour ressusciter nos dinosaures préférés. Et on peut dire que le cinéaste est l’homme de la situation puisqu’il a un talent sans pareil pour filmer des créatures – Monsters (2010) et Godzilla (2014) en attestent – et représenter le gigantisme – l’apparition de l’Étoile de la mort dans Rogue One (2016) ou le vaisseau de The Creator (2023) – tout en s’accommodant de conditions de tournages compliquées.

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Si Jurassic World : Renaissance n’arrive que trois ans après Le Monde d’après, les exécutifs du studio ont néanmoins compris les nombreuses faiblesses de la deuxième trilogie, en premier lieu la faiblesse de ses personnages, puisque ce nouvel opus propose un tout nouveau casting pour des personnages tout neuf. Exit donc Claire et Owen, bienvenue Zora, Duncan et Henry. Le long-métrage commence en 2008 où, quelques années avant Jurassic World, sur une nouvelle île où se tiennent des expériences génétiques sur des dinosaures qui tournent forcément mal. Le Distortus Rex, le D-Rex, s’échappe de son enclos et sème le chaos parmi le petit personnel. En 2025, le public s’est lassé des dinosaures qui s’étaient éparpillés aux quatre coins du monde. Ceux-ci meurent peu à peu à cause du climat terrestre inhospitalier, sauf dans les zones équatoriales où les conditions sont plus favorables à leur développement. C’est dans ce contexte que le patron d’une société pharmaceutique embauche Zora, une mercenaire, pour aller prélever trois échantillons de sang sur de gros dinosaures afin de, peut-être, trouver un remède aux maladies cardiovasculaires. Zora doit faire équipe avec Henry, fin connaisseur des dinosaures, et recrute quelques amis à elle, dont Duncan. Ils se rendent donc sur cette île encore inexplorée dans les films tandis qu’une petite famille se retrouve piégée en haute mer, attaquée par des Mosasaurus et des Spinosaurus.
Un pitch relativement classique, notamment dans la franchise puisqu’il rappelle quelque peu Jurassic Park 3 (Joe Johnston, 2001), mais aussi dans la filmographie de Gareth Edwards. En effet, la mission dont est chargée Zora n’est pas sans rappeler les mécaniques de Rogue One ou The Creator où les objectifs des héros sont caractérisés clairement. Le cadre de la jungle est aussi une constante au sein de son œuvre et on comprend assez vite en quoi le choix de faire appel à lui était plutôt judicieux. Comme il l’avait fait pour son opus de Star Wars, le réalisateur britannique parvient à s’insérer dans la franchise qu’il rejoint en embrassant totalement son univers, tout en apportant ses thématiques et ses gimmicks. Dans une époque où même des auteurs chevronnés comme Sam Raimi peuvent se faire broyer par les studios – on ne se remet toujours pas de Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022) – voir Edwards arriver à s’emparer de Jurassic Park/World et le glisser si aisément dans sa filmographie, c’est rassurant et sacrément plaisant ! De là à dire que Renaissance serait un sommet du réalisateur, non, mais rappelons-nous du Monde d’après et d’où nous venons. Alors on pardonne qu’il se contente de rejouer l’introduction de son Godzilla et son laboratoire décimé, ou qu’il ne retrouve que trop rarement l’ampleur qui est d’ordinaire sa signature. Mais même en sous-régime, Gareth Edwards signe quelques-unes des scènes les plus marquantes de la franchise ; comme lors de ce long passage sur l’eau où la menace est sans cesse palpable et qui devrait marquer durablement. Même sur une jambe, il met à l’amende ce tâcheron de Trevorrow ! Ce qui impressionne, c’est surtout ce retour à l’aspect pulp de la saga avec des scènes d’une grande générosité et un retour éclatant des couleurs. C’est probablement dû au fait qu’Edwards, après les expérimentations au Sony FX3 de The Creator, revienne à la pellicule et un standard plus proche du Park que du World. Il s’éloigne également de la noirceur de son dernier film pour réintégrer l’idée d’émerveillement à la franchise et ce malgré le sous-texte du film voulant que le public se désintéresse des dinosaures. Cela passe par sa façon de filmer les bestioles, avec cette jolie scène au pied des Titanosaurus, mais surtout par une volonté à peine dissimulée de vouloir rendre un hommage géant à Steven Spielberg. Il y a les clins d’œil évidents au film originel, forcément, aux Dents de la mer (S. Spielberg, 1975) ou aux Aventuriers de l’Arche perdue (S. Spielberg, 1981), mais il y a au-dessus de tout, un goût prononcé pour l’aventure avec un grand A et tout ce qui fait le cœur du cinéma du grand maitre.

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Cela passe évidemment par un sens aigu de la mise en scène donc, mais aussi par des personnages qui, après les « héros » des trois précédents films, parviennent enfin à donner corps et intérêt au récit. On comprend les motivations des un.es et des autres, et on croit en la complicité entre eux, impactant ainsi notre implication face à la menace. Ça a l’air tout bête dit comme ça, mais c’est tellement à des années lumières de la paresse voire de l’ineptie des personnages de Claire et Owen que cela en devient un exploit au sein d’un blockbuster à 180 millions de dollars en 2025. On notera aussi, toujours en relief avec la purge de casting qu’était la trilogie précédente, que les acteurs s’en tirent à merveille. Scarlett Johansson apporte une certaine consistance à son rôle de fille meurtrie tandis que Mahershala Ali émeut en père endeuillé. Mais c’est Jonathan Bailey qui remporte la timbale grâce à un tempo comique loin des lourdeurs marveliennes de Chris Pratt. Même les acteurs composant les membres de la famille en détresse bénéficient d’une écriture assez soignée pour laisser à leurs interprètes la place pour exister. Et c’est bien la première fois, peut-être depuis Jurassic Park 3, qu’on serait motivés pour suivre ces comédien.nes dans de nouvelles aventures dinosauresques.Peut-être que le retour de David Koepp, scénariste des deux premiers volets, y est pour quelque chose dans ce côté « à l’ancienne » caractérisant nos nouveaux héros – même l’arc narratif sur la famille perdue sur l’île est bien mené – toujours est-il que cela participe à rendre ce Jurassic World : Renaissance sympathique à plus d’un titre. Cela permet de pardonner les quelques invraisemblances du récit – les scientifiques du monde entier doivent sourciller sur certains aspects mais qu’importe ! – les deus ex machina ou la timidité du film quand il s’agit de se séparer d’un protagoniste pour nourrir les animaux. Non le film de Gareth Edwards n’est pas exempt de défauts, mais le plaisir régressif de revoir des dinosaures en bonne forme et le sous-texte en mode « anticapitalisme pour les nuls » l’emportent largement ! En fait, plus largement, c’est là l’exploit de Jurassic World : Renaissance – qui aurait dû s’appeler Park bon sang ! – arriver à réengager notre attention et renouveler notre plaisir pour une saga qui avait tout dit dès son premier épisode. On sent parfois le poids du cahier des charges – virer une bonne fois pour toutes ces hybrides, notre émerveillement est toujours là pour un bon vieux T-Rex – mais, à nouveau, Gareth Edwards a réussi à relancer une franchise et à en faire le meilleur épisode depuis les originaux. Le roi des monstres on vous dit…



