[Carnet de bord] Grindhouse Paradise 2025 • Jours 4 et 5


La fin du festival approche à grands pas mais le Grindhouse Paradise 2025 n’a pas encore rentré ses griffes et nous offre quelques frayeurs avant de retourner hiberner jusqu’à l’année prochaine.

Une jeune femme, la tête bandée et une armature au bras montrant qu'elle y a été grièvement blessée, est assise dans une salle blanche, aseptisée, le regard devant elle, sombre et épuisé ; scène du film Cuckoo projeté au Grindhouse Paradise.

© Tous Droits Réservés

Jours 4 et 5 : la part des ténèbres

Ce n’est pas la première histoire d’amour à laquelle nous assistons pendant ce festival mais nom d’un chien celle-ci a du mordant ! Your Monster (Caroline Lindy, 2024) s’inspire de la véritable histoire de la réalisatrice, abandonnée par son compagnon alors qu’elle subissait une opération chirurgicale. En pleine détresse physique et psychologique, ce passage difficile de sa vie lui inspirera l’histoire de Laura, larguée par son petit ami Jacob en pleine rémission de son cancer. Comme si cela ne suffisait pas, ce fumier offre le premier rôle de la pièce qu’ils ont composée ensemble à une autre. Seule et désespérée, elle s’empiffre de gâteaux en pleurant dans sa maison d’enfance avant de tomber par hasard sur un monstre caché dans son placard… Au départ assez peu réceptive au charme de son nouveau coloc, ersatz sexy et furieux du prince Adam dans La belle et la bête (Gary Trousdale, Kirk Wise, 1991) Laura va apprendre à connaître et à accepter ce monstre sauvage jusqu’à révéler une part insoupçonnée d’elle-même. Tous les poncifs de la comédie romantiques sont là : l’héroïne un peu geignarde mais attendrissante fait soudainement la rencontre d’un homme bourru avec lequel elle ne s’entend pas au début, mais qu’elle finira par apprivoiser à force de patience, jusqu’à la fameuse scène de la robe qui le fera tomber définitivement amoureux. La réalisatrice connaît ses classiques et c’est un bonheur de retrouver ces clichés sans jamais s’empêtrer dans la guimauve. Cela tient en partie grâce à l’alchimie entre Melissa Barrera, scream queen de la nouvelle génération des Scream et de Tommy Dewey, véritables aimants qui s’attirent et se repoussent dans un même élan. Mais n’oublions pas que nous sommes dans un film de genre et que cette belle histoire va faire émerger une part à la fois sombre et révoltée du cœur de l’héroïne… Il serait dommage de dévoiler ici la subtilité de cette rencontre et de tout ce qu’elle représente pour Laura, soyez sûrs que vous allez être les premiers surpris de la tournure des événements. Car si le propre des comédies romantiques est de développer une histoire d’amour, celle-ci s’attarde plutôt sur le cheminement parfois long et contradictoire de la réparation d’un cœur brisé et sur l’apprentissage de la confiance en soi.

Une jeune femme, la tête bandée et une armature au bras montrant qu'elle y a été grièvement blessée, est assise dans une salle blanche, aseptisée, le regard devant elle, sombre et épuisé ; scène du film Cuckoo projeté au Grindhouse Paradise.

© Tous Droits Réservés

Il n’y a pas que Alfred Hitchcock qui a décelé le potentiel horrifique des oiseaux. Cuckoo (Tilman Singer, 2024), titre qui restera énigmatique une bonne partie du récit colle aux basques de Gretchen, archétype de l’ado cool et blasée forcée de s’installer avec son père, sa belle-mère et sa demi-sœur silencieuse au beau milieu des Alpes dans un complexe hôtelier. Pas la vie rêvée pour une jeune femme qui s’imagine plutôt faire la tournée des bars avec sa guitare sur le dos. C’est justement lors d’une de ses répétitions en solo qu’elle va faire face à la soudaine agressivité de sa demi-sœur Alma tout en étant victime d’une distorsion temporelle, comme si quelqu’un s’amusait à bouger les aiguilles d’un coucou… Si une ambiance à la Shining (Stanley Kubrick, 1980) s’infiltre délicatement dans les couloirs de l’hôtel, avec sa patine délicieusement années 70, suggérant des créatures terrifiantes prêtes à sortir de l’ombre, l’analogie avec l’Overlook s’arrête là. Prenant son temps pour poser une ambiance pesante, les monstres qui hantent le long-métrage ne sont rien en comparaison de ceux que Gretchen doit affronter dans sa cellule familiale. Posant les bases d’un film d’horreur qui se mue peu à peu en thriller, le spectateur subit en même temps que Gretchen les événements tragiques jusqu’à un dénouement final inattendu qui lui vole dans les plumes.

Une vieille femme colle un papier sur une boîte à lettre avec véhémence dans le film Dead Mail diffusé au festival Grindhouse Paradise 2025.

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Restons dans les tons orangés des années 70 avec Dead mail (Joe DeBoer et Kyle McConaghy, 2024) qui rentre directement dans le vif du sujet en montrant un homme enchaîné glisser une lettre dans une boite postale avant d’être rattrapé par son ravisseur. Cet appel au secours ensanglanté finira entre les mains de Jasper, petit génie des courriers perdus qui va se lancer à la recherche de l’auteur, à ses risques et périls. Filmé à la suite d’un reportage sur le dead mail service, les réalisateurs ont adoré le concept des courriers non distribués et tous les mystères que cela entoure. Partant de ce principe, ces employés administratifs reclus tout au fond de la poste, presque dans un autre espace-temps, vont devenir les héros d’une enquête policière pataugeant dans l’univers des… Synthétiseurs. Enfumant le spectateur avec les notions techniques et les sons de ces claviers divins, les réalisateurs vont brouiller les pistes et entrecroiser les différentes intrigues des protagonistes jusqu’à changer carrément de point de vue en cours d’histoire. Déstabilisant dans sa narration mais ne perdant jamais le spectateur en route, ce dernier en apprendra plus sur les parts sombres des âmes humaines solitaires plutôt que sur le service des courriers non distribués.

C’est sur cette matinée grisâtre que s’achève mon Grindhouse Paradise, la tête encore pleine de gentils monstres et d’humains monstrueux. Cette année encore, j’aurais voyagé aux 4 coins de la planète pour constater que le genre n’a pas de nationalité, seulement un cœur qui aura conquis celui du public toulousain. Espérons qu’il battra tout aussi fort l’année prochaine


A propos de Charlotte Viala

Vraisemblablement fille cachée de la famille Sawyer, son appétence se tourne plutôt vers le slasher, les comédies musicales et les films d’animation que sur les touristes égarés, même si elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter. Entre deux romans de Stephen King, elle sort parfois rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer à la vie culturelle Toulousaine. A ses risques et périls… Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riRbw

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