Après un voyage au pays des contes de fées composé d’une escale assez brutale en maison de retraite, reposons un peu les pieds sur Terre, ou du moins ce qu’il en reste pour cette seconde journée au festival Grindhouse Paradise 2025 de Toulouse.

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Jour 2 : Humanité en Danger

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Débutons cette deuxième journée du Grindhouse Paradise 2025 avec A Desert (Joshua Erkman, 2024), premier film du réalisateur présenté par Laurent Duroche. Dans le désert du sud-ouest américain, Alex Clarck se lance dans un road-trip photographique afin d’immortaliser des lieux abandonnés pour renouer avec ses succès passés. Mais la rencontre avec le troublant Renny et de sa sensuelle sœur Susie Q vont mettre à mal ses plans… Difficile de résumer un film qui commence comme un road-trip âpre et bouillonnant avant de virer au thriller pour sombrer dans une dernière partie à la lisière du fantastique. Le rythme parfois lent et lancinant est ponctué d’accès de violence, prenant constamment le spectateur à revers qui ne comprend pas toujours sur quoi il pose les yeux. Il y a beaucoup de David Lynch et de son Lost Hihgway (1997) dans ce film, entre l’éclairage aveuglant, le rythme hypotonique, son voyeurisme morbide et son érotisme tordu. La noirceur de l’âme humaine, constamment sondée et capturée par l’œil de l’appareil photo ou de la caméra, ne laissera surement pas les spectateurs de marbre.
Ce n’est pas probablement pas avec le prochain long-métrage The Assessment (Fleur Fortuné, 2024) que nous pourrons retrouver espoir en l’humanité. Dans un futur dystopique rongé par la présence humaine, on ne laisse plus la possibilité de procréation naturelle aux futurs parents. Cela devient maintenant une demande officielle encadrée par l’État qui doit mettre à l’épreuve ceux désireux d’avoir un bébé. C’est donc une évaluation d’une semaine qui attend Mia et Aaryan, accueillant dans leur maison une envoyée du gouvernement, Virginia, qui devra juger de leur capacité à devenir parents. Difficile de croire que l’on tient là le premier film de la réalisatrice tant il est maitrisé sur tous les aspects. Très énigmatique, Fleur Fortuné nous donne au compte-goutte les clés pour comprendre ce futur écrasé par une humanité trop gourmande qui préfère se recentrer sur elle-même plutôt que de s’accommoder à une nature complètement délaissée. Les extérieurs volcaniques sont froids, rocailleux, sans trace de végétal pour adoucir le gris des paysages. L’intérieur de la maison de Mia et Aaryan, inspiré visuellement par l’art contemporain selon la réalisatrice est très angulaire et vertical. Seule la petite cabane réservée à un éventuel futur bébé, posée en plein milieu d’un immense salon vide, possède des formes rondes rassurantes. De même que la lumière s’adoucit lorsque Virginia est dans la maison, cette dernière se ternit petit à petit après son départ, comme si l’absence d’enfants était corolaire à l’absence de couleurs. Outre ces considérations écologiques, le long métrage s’attarde à décortiquer les relations humaines et la difficulté de les maintenir sainement. La réalisatrice nous prouve que le désir d’enfant, s’il semble totalement légitime est une épreuve qui fragilise un couple, surtout s’il ne regarde pas dans la même direction. Mia et Aaryan semblent filer le parfait amour, or le spectateur comprend immédiatement que leurs projets de vie sont totalement contradictoires. Mia, plus attachée à l’organique, cultive amoureusement des plantes dans sa serre, tandis que Aaryan, enfermé dans son laboratoire se concentre sur l’aspect virtuel des relations charnelles, occupé à recréer artificiellement la texture parfaite d’une peau. Ces désirs là nous indiqueront immédiatement vers quelle fin le film tendra, quelles directions prendront les personnages avec, dans cette noirceur latente et désespérante, un dernier regard rempli d’espoir. On ne ressort pas indemne de cette expérience de futur imminente, et le public de ce Grindhouse Festival 2025 était ravi de pouvoir partager ses ressentis avec la réalisatrice à la fin de la projection. Fruit d’un labeur de 6 ans, elle a tout de même eu la chance de caster des comédiens connus portés par le projet facilitant ainsi la distribution du long-métrage. Si elle n’est pas à l’origine du script, elle a tout de même dû crédibiliser un futur proche potentiellement réaliste en s’attachant à des détails qui peuvent sembler anodins tels que l’absence totale d’objets culturels comme des livres ou même d’écrans qu’elle trouve rapidement datés une fois le film sorti. On espère retrouver bientôt cette talentueuse réalisatrice sur un prochain projet qui parlera visiblement encore une fois d’amour.

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Il sera aussi question d’amour pour la dernière projection de la journée, un amour partagé entre deux jeunes gens, chantant leur rencontre prédestinée en courant à travers champs sous un soleil radieux inondant leurs premiers émois. Le seul petit souci qui pourrait gâcher cette romance naissante porte le doux nom de Killer, ersatz estonien de Leatherface qui ne peut décidément pas s’empêcher de découper des gens. Le voila qui kidnappe la jolie fiancée pour l’inviter à manger, ou plutôt à être mangée, dans sa famille de cannibales, composée de membres tous plus cinglés les uns que les autres. Tel un chevalier servant, Tom va entamer un voyage pavé de dangers pour sauver sa dulcinée, Maria, de la tronçonneuse de Killer et tout ça en chansons s’il vous plait. Curieux mélange entre une comédie musicale et un slasher, Chainsaws were singing (Sander Maran, 2044) est la curiosité bouffonne de cette édition 2025 du Grindhouse Paradise, aussi hystérique et groovy que le burlesque Cannibal ! The Musical (Trey Parker, 1993). Probablement aussi tordu que le créateur de South Park (Trey Parker & Matt Stone, 1997 – en cours), Sander Maran a consacré dix ans de sa vie à réaliser un film certes pas exempt de défauts, compensant un jeu d’acteurs un peu approximatif par des effets gore jouissifs et des blagues qui pourraient même faire décrocher la mâchoire à papy Sawyer. L’heure tardive de la projection a probablement joué en sa faveur, de même que l’expérience collective joue probablement un rôle dans les vagues d’hilarité qui parcouraient la salle, virus aussi contagieux que le cannibalisme dans les familles de dégénérés au cinéma.
