Dar L’invincible


Fût une époque où les grandes fresques d’heroic fantasy faisaient encore rêver les spectateurs, avec leurs héros huilés et musclés combattant d’effroyables ennemis parés de têtes de mort. Si Conan le Barbare (John Milius, 1982) reste le mètre étalon du genre qui aura donné envie à de nombreux réalisateurs de se frotter aux armures qui piquent avec plus ou moins de talent, ne faites pas l’erreur de passer à côté de Dar l’invincible (Don Coscarelli, 1983), adaptation du roman The Beast Master d’Alice André Norton, loin de mériter sa réputation de sous Conan. Pour l’occasion, ESC nous promet une superbe galette Blu-Ray UHD 4K pleine de contenus qui raviront les fans de la première heure.

Dar l'invincible pose avec un immense félin au pelage noir.

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Manimal

Dar l'invincible, incarné par Marc Singer, est pensif, dans un décor rocailleux aride, sur lequel plane un corbeau qui semble le regarder.

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Loin de l’ambiance mortifère de son célèbre Phantasm (Don Coscarelli, 1979) mais toujours avec un pied dans la magie noire, le réalisateur nous fait pénétrer dans l’antre maléfique de sorcières au corps de déesse affublées d’un visage difforme formatant un diabolique complot avec Maax, le grand méchant du film. Amateur de sacrifices d’enfants, ce dernier parvint à dérober in utero le fils du roi Zed pour le transférer dans le ventre d’une vache, laquelle finira sacrifiée à la fin de sa gestation. Voulant faire subir le même sort au nouveau-né, l’une des sorcières sera occis par un paysan assistant par hasard à ce rite païen pour finalement adopter le bébé qu’il baptisera Dar. Né du ventre d’une vache et élevé par des humains, Dar développe en grandissant ses capacités de guerrier mais aussi son don de communication avec l’espèce animale. Lorsque son village finira immanquablement massacré par de farouches barbares, il va utiliser tout ce qu’il a appris pour se venger.

Comment ne pas coller gratuitement une réputation nanardesque à un film qui porte un nom aussi radicalement opposé à son personnage ? Nous préférerons le titre original, The Beastmaster, reflet bien plus juste d’un héros d’un nouveau genre pouvant communiquer avec les animaux. Si les bonus DVD révèlent parfois des relations complexes entre l’acteur et ses partenaires de jeu à poils et à plumes, ces derniers volent rapidement la vedette à toute une galerie de personnages pourtant rondement écrits. Je mets au défi quiconque de ne pas fondre devant ce facétieux duo de furets, tour à tour petits espions filous digne d’un Mission impossible (Brian De Palma, 1996) ou courageux combattants face à des adversaires bien plus impressionnants qu’eux. Accompagné dans son voyage par la force d’un tigre noir, la vue perçante d’un aigle et l’intelligence des furets, Dar ne fera jamais démonstration de masculinité extrême ou de cruauté barbare dans ce long métrage qui s’attache plutôt à révéler la sensibilité d’un éphèbe blond qui ne semble pas trouver sa place dans son monde. Car si les racines et le cœur se trouvent étroitement liés, sa vraie famille sera celle d’adoption, humaine mais surtout animale. Si son don peut sembler extraordinaire, il est pourtant mal considéré dans un monde qui ne reconnait pas les animaux comme des êtres sensibles. N’étant ni totalement humain, ni totalement bête, Dar renforce son côté outsider qui essaie de s’inclure dans une société dont on lui refuse l’accès. En cela, le film porte un vrai message sur la nature des comportements humains, souvent bien plus violents que ceux des animaux, ainsi que sur les liens du sang qui ne sont pas toujours les plus puissants. Disposant de plus d’humanité que la plupart des personnages à deux pattes, Dar va développer cette sensibilité inhérente à l’animal assez inhabituelle dans ce genre de production allant même jusqu’à verser quelques larmes lorsque surviennent des évènements tragiques. En cela, il se démarque radicalement de tous ces autres héros d’Heroic fantasy, souvent fiers et sans reproches, montagnes de muscles qui ne font que démontrer leur supériorité sur les autres. Il faut reconnaitre que le jeu naïf de Marc Singer et son doux regard bleu apportent beaucoup à un personnage que l’on va aimer autant que ses animaux.

Blu-Ray du film Dar l'invicible édité par ESC Distribution.Mais le bestiaire animal, même s’il est résolument adorable n’est pas la seule qualité du long métrage. Fort de son expérience sur la série des Phantasm, Don Coscarelli apporte quelques touches horrifiques à un film prétendument familial. Il compose un bestiaire terrifiant, à commencer par ces hommes chauves-souris qui enserrent leurs victimes sous leurs ailes pour les annihiler de toute substance. Véritables créatures cauchemardesques, elles seront bientôt suivies par des brutes sanguinaires qui semblent tout droit sorties de Hellraiser (Clive Barker, 1987), auxquelles on a retiré toute notion de libre arbitre pour laisser émerger une haine intraitable. Ces passages de pure frayeur apportent un côté train fantôme bienvenu jusqu’à un final tout droit sorti des enfers. Une scène très dangereuse sur laquelle le réalisateur revient longuement dans les bonus ainsi que le gout amer que lui a laissé cette expérience, insistant sur le fait qu’on ne l’a pas laissé monter le film qu’il voulait. Malgré tout, son œuvre est devenue culte, projetée en boucle à la télévision et permettant à des générations d’enfants devenus aujourd’hui adultes nostalgiques d’accompagner Dar dans ses aventures. Les bonus présents dans cette belle édition proposée par ESC reviennent sur ce tournage parfois chaotique, laissant la parole aux acteurs et aux intervenants, ce qui constitue un véritable vivier d’anecdotes. Nous avons aussi droit aux classiques bandes annonces ainsi que les photos de tournage et bien évidemment, les commentaires audios du réalisateur, du co-scénariste et du producteur. Un coffret de prestige pour tout amateurs de films comme on en fait plus.


A propos de Charlotte Viala

Vraisemblablement fille cachée de la famille Sawyer, son appétence se tourne plutôt vers le slasher, les comédies musicales et les films d’animation que sur les touristes égarés, même si elle réserve une place de choix dans sa collection de masques au visage de John Carpenter. Entre deux romans de Stephen King, elle sort parfois rejoindre la civilisation pour dévorer des films et participer à la vie culturelle Toulousaine. A ses risques et périls… Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/riRbw

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