Umberto Lenzi n’est pas réputé pour verser dans l’horreur, mais que voulez-vous ma p’tite dame, au début des années 80 et du déclin du cinéma populaire italien, il faut bien s’adapter à la demande. Entre deux films de cannibales – une « mode » lancée par Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato) en 1980 – il réalise L’avion de l’apocalypse (1980), emballé par Artus dans un bien joli coffret Blu-ray/DVD. Mine de rien, cette très modeste série B encensée par Quentin Tarantino fait figure d’OVNI dans le genre usé jusqu’à la corde des histoires de zombies.

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Apocalypse Nawak
Un avion militaire non identifié atterrit sur la piste de l’aéroport d’une grande ville lambda. Le journaliste Dean Miller et son cameraman, présents sur place pour accueillir un spécialiste du nucléaire, en profitent pour filmer l’atterrissage et le débarquement sous surveillance militaire de l’appareil inconnu. C’est une horde de morts-vivants agressifs qui déferle alors sur le tarmac (en réalité des humains mutants contaminés par des radiations). Ceux-ci font un véritable massacre à l’aéroport, visiblement insensibles aux balles dont ils sont copieusement arrosés. Miller s’enfuit et tente de diffuser l’information sur la chaîne pour laquelle il travaille, mais il est censuré sur l’ordre d’un général. Alors que la diffusion reprend sur un spectacle de danseuses, les mutants envahissent le studio et se mettent à massacrer les jeunes femmes qui faisaient leur numéro. Le journaliste parvient encore à s’échapper et tente de prévenir son épouse qui travaille à l’hôpital, tandis que les militaires préparent un plan d’action.

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Les distributeurs hexagonaux étant depuis belle lurette des spécialistes du titre aguicheur et emphatique, on ne s’étonnera donc pas que l’affiche française annonce un « avion de l’apocalypse » (véhicule qui occupe les cinq premières minutes du récit) là où les Italiens parlent plus justement de « cauchemar de la ville contaminée » (Incubo sulla città contaminata), à l’instar de « l’invasion des zombies atomiques » espagnole (La invasión de los zombies atómicos) et de la « ville du cauchemar » anglaise (Nightmare City). Mais tous les moyens sont bons pour attirer le spectateur dans la salle obscure qui diffuse cette co-production italo-mexicano-espagnole à une période d’essor du film d’horreur sanglant. Umberto Lenzi, qui a plutôt construit sa renommée autour de l’aventure (les pirates, notamment) puis des thrillers et des polars – sans oublier en 1972 le précurseur des films de cannibales, Au pays de l’exorcisme – se montre néanmoins d’une grande efficacité dans un genre dont il ne respecte pas vraiment les codes. L’avion de l’apocalypse est en effet tourné essentiellement de jour et comme un film d’action sans temps morts. Les mutants ont toute leur tête et n’ont pas la démarche pataude et hésitante du zombie générique : ils se déplacent rapidement, agissent méthodiquement et utilisent des armes, préoccupés uniquement par leur soif de sang. Toutefois, malgré leur quasi invincibilité (il faut viser la tête pour s’en débarrasser), ils hurlent de douleur lorsqu’on leur coince la main dans une porte ou quand on leur jette un poste de télé à la figure –qui explose avec moult étincelles et flammes, soit dit en passant…

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Passage obligé pour une production bis de l’époque, les noms des protagonistes adoptent une consonance anglaise : le général Murchison, le commandant Warren, sa petite amie Sheila, etc. En revanche, les acteurs sont du cru : l’Espagnol Francisco Rabal, dont la carrière s’est étendue sur plus d’un demi-siècle, Maria Rosaria Omaggio, actrice italienne de cinéma mais aussi de théâtre et de télévision (décédée il y a quelques mois) sa compatriote Laura Trotter, habituée des comédies érotiques italiennes de l’époque et, co-production oblige, Hugo Stiglitz, un acteur mexicain dont le charisme n’a rien à envier à celui de Steven Seagal. Le doublage en français tente d’insuffler un semblant d’énergie à ses répliques, mais c’est peine perdue : le vrai zombie du film, c’est lui. Impassible derrière son collier de barbe, il semble peu ému par l’enfer qui se déroule sous ses yeux. Seule exception à la règle des acteurs locaux, Mel Ferrer, dont on ne sait trop ce qu’il fait là lui qui connut ses belles heures dans les années cinquante et soixante, comme en témoigne son étoile sur le Hollywood Walk of Fame. A la notable exception de Stiglitz, donc, acteurs et nombreux figurants se démènent pour donner un peu de crédibilité à ce film qui, s’il ne brille pas par ses dialogues et le maquillage de ses mutants, ne laisse pas pour autant la place à l’ennui. Les quelques scènes gores sont même plutôt réussies au regard de la maigreur des moyens. Purement gratuites et inutiles la plupart du temps – mais n’est-ce pas là l’une des caractéristiques du gore ? – elles restent rares bien que habilement disséminées durant une heure trente. Ici un mutant découpe la poitrine d’une danseuse avec son couteau, là l’amie de Sheila se fait lentement énucléer tandis que le crâne de cette dernière explose un peu plus tard – à noter qu’une fois gisante au sol, elle n’a plus qu’un trou dans le front… magie du bis ! Le dénouement a beau être l’un des plus tirés par les cheveux qui soient, il faut être un peu malhonnête pour nier avoir passé un bon moment de plaisir coupable devant cette belle copie d’un master 2K restauré.
Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud retracent dans le supplément le parcours de Umberto Lenzi, mettant en avant les films marquants de cet artisan de la série B. On y découvre notamment sa très large palette, ses succès et réussites artistiques, ainsi que son côté anti-bourgeois – lui qui sera également qualifié de réalisateur fasciste ! Le duo propose ensuite sa propre analyse de L’avion de l’apocalypse, avec un chouïa de mauvaise foi, notamment en ce qui concerne la fin – les deux cinéphiles en profitant pour tacler notre cher confrère Nanarland au passage. Le livret de soixante pages est, comme souvent chez Artus, superbement soigné. Partant de la carrière de Lenzi et du présent long-métrage, David Didelot élargit ensuite son propos aux films de cannibales, de zombies et de contaminations qui ont marqué les années 80, dans un joli tour d’horizon auquel on pourra souvent se référer.
