Les charnelles


Nouvelle édition prestige chez Le Chat qui fume, Les charnelles de Claude Mulot s’offre une seconde vie dans une restauration 4K et Blu-ray, agrémentée d’une multitude de capsules bonus. Réel intérêt cinématographique ou gros délire de genre, Les charnelles tend plus vers la deuxième option : à ne pas mettre entre les mains de non-initiés.

Un homme, voyeur, observe à travers les feuilles d'une plante dans le film Les charnelles.

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Mulot creuse son trou

Une femme brune nue vue de dos est assise à califourchon sur une autre femme nue, blonde, allongée sur un tapis jaune, scène du film Les charnelles.

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Un homme accoste une prostituée et la ramène dans un endroit reclus de la forêt. Il finit par l’abandonner, complètement nue, après qu’elle se soit moquée de l’impuissance de celui-ci. Telles sont les premières minutes de Les Charnelles, long-métrage aussi érotique qu’ennuyant (c’est dire), sur les affres et questionnement d’un homme transformé en voyeur impuissant par les jeux sexuels de sa belle-mère. Gros programme me direz-vous, mais que nenni : ici, le seul but sera de rendre une copie bien sage pour un long-métrage qui se veut pourtant, tant bien que mal, en dehors des sentiers battus. Le plus étonnant se trouve dans ce mélange de ton hétérogène entre drame et érotisme psychédélique qui ne parvient pourtant jamais à parfaitement s’entremêler. On se retrouve alors avec la désagréable impression de voir deux projets, deux films, que l’on essayerait désespérément de lier l’un à l’autre – comme deux cousins que tout oppose mais qu’on forcerait à jouer ensemble durant les réunions de famille.

Une jeune femme blonde et assise entre les bras d'un jeune homme brun aux cheveux frisès, tous les deux à l'arrière d'une décapotable bleue, aux sièges en cuir bleu dans le film Les charnelles.

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Alors oui, Les Charnelles essaye des choses. De là à dire qu’il les réussit, il n’y a qu’un pas que l’on ne franchira pas. Néanmoins, on sent la volonté de Claude Mulot – dont l’éditeur avait déjà sorti deux films bien plus réussi que sont La Rose Ecorchée (1969) et La Saignée (1971) – de créer un objet étrange à la lisière des genres. Sur le papier, l’idée est brillante. Dans les faits, c’est bien plus compliqué que cela. Peut-être la faute à un acteur principal, Francis Lemonnier, qui donne à croire qu’il ne croit pas lui-même à ce qu’il joue, ou bien encore à un rythme contemplatif, qui, certes, permet de filmer avec lenteur et rigueur les corps dénudés mais qui se révèle bien moins accrocheur pour réveiller l’intérêt du spectateur. C’est d’ailleurs tout aussi étrange que les séquences érotiques possèdent le charme d’un fruit de mer qui aurait tourné au soleil. C’est bien là le drame principal du long-métrage de Mulot que ne pas réussir à rendre convainquant et attirante ce que l’on devine comme l’intérêt commerciale du film à l’époque. Rien de bien excitant donc, même quand les séquences semblent être mises en scène sous LSD et virent au trip hallucinogène. On reste sur la désagréable impression d’un long-métrage passant complètement à côté de son sujet, trop préoccupé à vouloir suivre le canevas commercial de l’époque.

Et si le gros atout de Les Charnelles se trouvait, non pas dans ses qualités cinématographiques, mais dans son édition. Une fois encore, Le Chat qui fume nous en offre une « de luxe », presque totale, où la copie restaurée est intacte, complète – en plus d’être une exclusivité internationale. Sauver le patrimoine, même celui de niche, celui de seconde zone, celui que personne ne sauvera, est une mission salutaire et on ne peut que féliciter et encourager une telle action. Au delà du geste, l’ajout de Les Charnelles au catalogue du Chat qui Fume témoigne aussi d’une démarche de « collection » autant centrée sur l’accumulation et l’exhumation de titres oubliés que de cinéastes à re-découvrir, ré-évaluer. A ce titre, le travail que l’éditeur fait autour de Claude Mulot est remarquable tant les films du bonhomme étaient quasiment invisibles jusqu’alors. Enfin, quand le rapport qualité/prix permet d’avoir un UHD et un Blu-Ray, tous deux agrémentés de nombreux bonii inédits, et avec, comme cerise sur le gâteau, un long-métrage en plus  – Black Venus du même Claude Mulot proposé quant à lui en DVD – le tout regroupé dans un digipack dont on ne peut que saluer la beauté graphique. Une chose est certaine, qu’importe le contenu, Le Chat qui Fume porte toujours un intérêt non négligeable au contenant, venant appuyer avec conviction cette édition ultime pour un long-métrage, à bien des égards, unique. Qu’on aime ou pas.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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