125, rue Montmartre


Avec 125, rue Montmartre (Gilles Grangier, 1959) Pathé perpétue son périple de restaurations de ses longs-métrages, dans des coffrets à l’allure stylisé. L’occasion de (re)découvrir l’une des premières productions à mettre Lino Ventura en tête d’affiche… Et surprise, il ne joue pas un voyou. Bien au contraire.

© Pathé Films / Fondation Jérôme Seydoux – Photographe : Robert Joffres – Tous droits réservés

Lino, le bon samaritain !

© Pathé Films / Fondation Jérôme Seydoux – Photographe : Robert Joffres – Tous droits réservés

Adapté de l’œuvre éponyme d’André Gillois, prix du Quai des Orfèvres en 1958, 125, rue Montmartre (Gilles Grangier, 1959) nous narre la mésaventure de Pascal, crieur de journaux, qui empêche Didier de mettre fin à ses jours dans les canaux de la Seine. Seulement Didier est effrayé par sa propre femme et son beau-frère qui cherchent désespérément à le faire passer pour un fou…C’est ainsi que commence une histoire rocambolesque où le spectateur, témoin naïf et impuissant, se presse aux côtés du personnage de Lino Ventura pour découvrir le fin mot de l’histoire. Plongée au cœur du Paris de la fin des années 50, la narration joue sur deux tempéraments bien opposés : d’un côté Lino Ventura et de l’autre Robert Hirsch. Si le premier est connu pour sa bouille d’armoire à glace et sa gouaille imposante, le deuxième, sociétaire de la Comédie Française, nous apparaît davantage fragile. Entre les deux acteurs, et donc personnages, une joute entre feu et glace se met en place où le personnage de Didier rend complètement fou celui de Pascal, lui faisant presque regretter son geste sauveur. Il faut avouer que l’opposition, à la fois entre le tempérament des personnages et des acteurs, fonctionne parfaitement, offrant des scènes où les dialogues de Michel Audiard font mouche à chaque virgule. Ce chaud/froid entre deux personnages donnera le ton des prochains longs-métrages mettant en scène Lino Ventura et trouvera sûrement son paroxysme avec L’emmerdeur (Édouard Molinaro, 1973), aux côtés de Jacques Brel. Et il faut bien avouer une chose, Lino Ventura interprète les emmerdés comme personne.

Si le long-métrage, bien que très bien fait, ne possède pas des qualités notoires dans sa réalisation, c’est au cœur du scénario que se trouve son véritable attrait. 125, rue Montmartre doit son titre à l’adresse des Nouvelles Messageries de la presse parisienne. C’est dans ce lieu que l’on découvre le personnage de Pascal pour la première fois, lorsqu’il vient chercher les journaux à vendre à la criée. Drôle d’ironie que de voir un crieur, qui gagne littéralement sa vie à crier les unes des journaux et autres titres de faits divers, se retrouver au cœur de l’un d’eux et qui finira même en une de France Soir, dans la dernière séquence. C’est par ce jeu, assez amusant, que cette production trouve une légèreté surprenante et un point d’attention pour le spectateur. C’est comme regarder un plombier qui aurait un problème avec son propre évier : c’est toujours fascinant ! Avec le genre du polar, ce sentiment de piège prend une aura particulière, où la comédie s’inviterait presque lorsqu’un Lino Ventura, dans l’incompréhension complète, signerait des aveux pour un crime qu’il n’a pas commis. Sacré Lino !

Jaquette du combo DVD Blu-Ray du film 125 rue MontmartreComme c’est le cas depuis longtemps maintenant, les ressorties et restaurations réalisées par Pathé sont vraiment remarquables et un must pour tous les cinéphiles curieux et avides de (re)découvertes. Et oui, l’auteur de ces lignes a déjà craqué pour quelques ressorties déjà existantes dans cette collection – comme cette formidable restauration de Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau, 1990) – et il ne peut que vous conseiller de considérer la chose à votre tour. Ainsi, de manière naturelle, 125, rue Montmartre ne déroge pas à la règle et possède un visuel bien plus moderne que les affiches originales, marquant une élégance qui fait plaisir à constater dans ce monde de l’édition Blu-Ray et DVD. Avec quelques bonus sans grands intérêts, notamment une archive de la soirée de lancement du film à l’époque d’une vingtaine de secondes seulement, c’est l’entretien de quarante minutes, qui s’avère extrêmement intéressant à visionner pour poursuivre la réflexion et les questionnements du long-métrage. Néanmoins, l’atout majeur d’une telle ressortie est sa restauration à partir du négatif original, qui offre un rayonnement, non négligeable, à la photographie de Jacques Lemare. Dans cet écrin de toute beauté, il n’est pas étonnant de voir la restauration en sélection de Cannes Classics au 72ème Festival de Cannes. Désormais, votre salon peut avoir un point commun avec la Croisette. Et non, ce n’est pas Brad Pitt, désolé… Finalement, c’est bien pour cela que les amateurs de cinéma réclament et se procurent ces ressorties et restaurations : pour avoir à la fois un joli objet dans leur collection, une expérience quasi-parfaite de visionnage, et, souvent, découvrir un long-métrage méconnu qui s’offre une seconde vie grâce à ces éditions. Après ce 125, rue Montmartre, on en ressort avec une soif de polar, de Lino Ventura, d’imageries en noir et blanc …Une soif de cinéma, donc.


A propos de William Tessier

Si vous demandez à William ce qu'il préfère dans le cinéma, il ne saura répondre qu'avec une seule et simple réponse. Le cinéma qu'il aime est celui qu'il n'a pas encore vu, celui qui ne l'a pas encore touché, ému, fait rire. Le teen-movie est son éternel compagnon, le film de genre son nouvel ami. Et dans ses rêves les plus fous, il dine avec Gégé.

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