Flagellations


Artus Films édite en un beau DVD/Blu-Ray le film perversico-sadique de Pete Walker, fleuron méconnu de la brit sexploitation, intitulé sympathiquement Flagellations (1974).

Le Procès

Parce que tout le monde aime le sang et le sexe même Civitas au fond, la Perfide Albion a eu son cinéma racoleur au même moment que les autres cette bénie décennie des seventies. Inutile de parler du fantastique british que la Amicus ou surtout la Hammer ont fait passer à la postérité…Par contre la sortie de Flagellations (1974) en combo DVD/Blu-Ray chez Artus Films permet de mettre au jour la carrière d’un fripon de la sexploitation et de l’horreur, j’ai nommé Pete Walker. Farouchement indépendant, auto-producteur de ses longs-métrages, il a d’abord œuvré dans des nudies et autres joyeusetés uniquement basées sur l’attrait du corps féminin (François Truffaut n’a-t-il pas dit lui-même « Le cinéma c’est l’art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes »?) puis s’est reconverti dans le film d’exploitation plus angoissant et horrifique à l’aube des années 70. Méconnu voire inconnu dans l’Hexagone, son travail vaut pourtant plus que le coup d’oeil, notamment ce House of whipcord, titre anglais. Nous y suivons Anne-Marie est une jeune modèle jolie et insouciante au cœur du swinging London. A une soirée, elle fait la rencontre d’un bel et sombre inconnu avec lequel elle entame une relation et qui lui propose de partir un week-end à la campagne…Ça a l’air charmant sauf qu’arrivée là-bas, le mec la laisse en plan ou plus exactement la « confie » à ses parents : anciens directeurs de prison, ils kidnappent des femmes pour les séquestrer dans un établissement pénitentiaire désaffecté où ils font régner leurs propres lois, font jouer leurs propres procès.

Cette pauvre Anne-Marie que nous voyons à poil dès les premières minutes du film, subit des mauvais traitements (mais tout de même assez sages et éloignés d’un Ilsa louve des SS (Don Edmonds, 1975) par exemple) dans un univers de jeunes femmes en détresse et de matrones gardiennes au regard sadique. L’univers est celui du Woman in Prison, genre grivois qui a eu son heure de gloire durant les années 70, tout comme l’esprit des films de Jess Franco inspirés par le Marquis de Sade cité littéralement dans Flagellations. Le côté tordu des personnages ou le rapport à la sensualité de la violence ne nous surprendront donc pas tant que ça malgré une qualité plastique réelle (un cadrage près des visages anxiogène, une photographie donnant aux teints une apparence cadavérique…). A contrario, les liens que House of whipcord entretient avec d’autres œuvres insoupçonnées, critiquant elles aussi le puritanisme et les travers de l’âme humaine, titillent l’intellect : on pense au Procès de Franz Kafka avec cette jeune femme prise dans un système pseudo-judiciaire absurde (ce n’est pas un hasard si le « juge » est littéralement aveugle), à Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) pour le traitement réservé à certains protagonistes (relation mère-fils un peu trop fusionnelle, sort SPOILER délicat réservé à Anne-Marie FIN DU SPOILER…) mais aussi très étonnamment à Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1973) dont il partage bien de troublants points communs (une « famille » qui travestit les codes sociaux à sa convenance, un personnage féminin qui s’échappe au milieu du récit pour revenir dans l’escarcelle des vilains avec ironie…).

Artus Films propose Flagellations sur un DVD/Blu-Ray dans une copie superbe au point qu’il est évident que le long-métrage n’a jamais été aussi beau, tous supports confondus. Au rang des bonus, sans oublier de faire mention au bel artwork de couverture, l’éditeur joint une bande-annonce et un entretien très complet (près d’une heure) avec l’essayiste David Didelot qui livre une étude du cinéma de Pete Walker, du cinéma britannique de l’époque et bien entendu du film en lui-même. L’édition pour le moment ultime d’un Pete Walker sur le sol hexagonal voire européen.


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

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