Turbo Kid


Depuis sa présentation à Sundance en 2015 et après une carrière festivalière honorable – il est passé entre autre par L’Etrange Festival chez nous – Turbo Kid (François Simard & Anouk et Yoann-Karl Whissell, 2015) bénéficie d’une réputation élogieuse dont le fait qu’il soit resté totalement inédit en France n’est clairement pas étranger. Présent depuis peu dans le catalogue de notre partenaire Outbuster, nous n’avions plus d’excuses louables pour ne pas y jeter un œil.

Les Reliques de la Mort 

Avant même que la grande vague rétro déferle sur l’industrie du divertissement – voir notre article Hollywood doit-il arrêter de regarder dans le rétro ? – plusieurs films avaient déjà utilisé le filon du revival patiné avec plus ou moins de succès. La réputation qui entoure Turbo Kid depuis sa diffusion à Sundance en 2015, est en tout cas de plus en plus grandissante depuis le succès colossal de Stranger Things (2016-2017). Film co-produit par le Canada et la Nouvelle-Zélande, ce petit long-métrage indépendant et résolument fauché, s’inscrit en effet pleinement dans cette démarche de vénération d’une esthétique, d’une musique, d’un cinéma et des icônes d’une culture populaire ancrée dans les années 80 et 90. Ces trois réalisateurs, artilleurs d’un collectif nommé RKSS (pour Roadkill Superstar) se sont d’abord faits connaître en réalisant des courts-métrages dont l’un d’entre eux, le fameux Bagman : Profession Meurtrier (2004) est bien connu des amateurs d’un cinéma d’horreur amateur qui tâche. Enfin, en 2011 ils firent à nouveau parler d’eux en remportant l’adhésion massive du public lors du grand concours de courts-métrages organisés à l’époque de la production de l’anthologique The ABCs of Death (2012) et ce bien que leur sketch T is for Turbo, qui posait déjà tout l’univers de ce qui adviendra par la suite Turbo Kid, ne fut pas retenu à la grande stupeur des votants. Forts du succès du court-métrage auprès des internautes, le trio envisagea rapidement la mise en production d’une adaptation en long-métrage et inaugura même le programme Frontières, marché de co-production international fondé en 2012 lors du Festival International du film Fantasia au Canada, ayant pour but de faciliter la co-production de films de genre entre les pays d’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Australasie. Ce mariage bi-national n’est pas si antinaturel au regard du film. Car si Turbo Kid porte en lui les références évidentes d’un certain cinéma américain des eighties, il rappelle à bien des égards aussi le cinéma néo-zélandais de la même époque, de Peter Jackson au Jim Muro de Street Trash (1987), ne lésinant pas sur les effets gores.

Pour comprendre les ingrédients du film, rien de mieux que d’en faire un bref résumé. Turbo Kid narre l’histoire d’un jeune garçon solitaire qui tente de survivre en 1997 dans un monde alternatif que l’on qualifierait volontiers de post-apocalyptique. Ce dernier fouille les terres dévastées à la recherche de reliques du passé et toute autre chose pouvant lui servir de monnaie d’échange et l’aider à survivre. Très vite, il rencontre une mystérieuse jeune fille prénommée Apple et ils se retrouvent tous deux traqués par les sbires en BMX de l’infâme Zeus qui règne d’une main de fer sur cette terre désolée. Découvrant une arme ancienne comme il n’en voyait que dans les comics du Turbo Rider qu’il adorait lire avant qu’advienne le désastre, le jeune héros va devoir prendre son destin en main et s’affirmer à son tour comme un super-héros. A bien des égards, vous l’aurez sûrement déjà compris, Turbo Kid nous rappelle l’univers dystopique de la saga Mad Max (George Miller, 1979-2015) : ici, si l’on retrouve le même type de monde post-apocalyptique, cette proportion pour les costumes chromés et le canevas d’opposition entre un tyran et un héros solitaire, le film souffre quelque peu de cette comparaison, d’autant qu’il fut produit la même année que le rutilant revival de la franchise orchestrée de mains de maître par son auteur Mad Max : Fury Road (2015). A y regarder de plus près, Turbo Kid ressemble en fait à ces nombreux ersatz des premier et deuxième Mad Max qui fleurirent dans les années 80/90 et pour lesquels l’échec cuisant du blockbuster Waterworld (Kevin Reynolds, 1995) fut un juste retour de flamme au regard de la qualité plus que médiocre de ce que l’on peut aujourd’hui qualifier de véritable sous-genre à part entière.

Passé la poudre de perlimpinpin, le charme rétro opère la première heure durant avant de se dévoiler très vite suranné. En cause, en premier lieu, sa narration téléguidée particulièrement maladroite et ses personnages caricaturaux. Car si Turbo Kid lorgne du côté d’une esthétique qui rappelle le cinéma des années 80, ce n’est pas forcément le côté clair qui est convoqué mais plutôt la face série B de la K7, celle des films low-cost mal produits et mal joués, surfant sur les codes et les archétypes des grands succès hollywoodiens, appliquant bêtement la recette. Au final, le métrage ressemble moins à un hommage qu’à un pastiche et peut même s’avérer agaçant sur la longueur. Toutefois, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas voir dans l’une de ses idées scénaristiques quelque chose d’assez intéressant au regard de ce que l’on peut constater aujourd’hui dans le paysage cinématographique. Le jeune garçon du film, comme je l’ai déjà dit, se met en quête de retrouver de vieilles reliques de ce monde désormais dévasté. Dans son repère, véritable caverne d’Ali Baba, il entasse figurines, comics et tout autres objets du quotidien qui lui rappellent ce monde des années 80 révolu depuis le grand désastre qui a frappé la planète. C’est en fait dans cette belle idée méta que le récit apparaît le plus intéressant. Ces produits de merchandising du passé deviennent même une monnaie d’échange que les survivants troquent contre eau et nourriture. On pense ainsi souvent à la jeune Rey dans Star Wars VII : Le Réveil de la Force (J.J Abrams, 2015), pillant les épaves de vieux vaisseaux abandonnés et conservant précieusement, comme une relique là aussi, un casque ayant appartenu à un ancien pilote de la rébellion… Cette idée d’un monde post-apocalyptique où les objets du passé seraient tant vénérés qu’ils en deviendraient affaire de survie est une parabole amusante mais aussi très touchante du cinéma hollywoodien contemporain. Cette vieille industrie en ruine, terre désolée, n’a plus comme seule possibilité de survie que de contempler et lustrer ses vieux reliquats. Dommage toutefois que la profondeur philosophique qu’un tel sujet laisse espérer soit assaisonné ici d’une bouffonnerie assumée. En ne choisissant pas vraiment à quels types de films il veut rendre hommage et en ne prenant pas suffisamment certains aspects profonds de son scénario au sérieux, Turbo Kid reste malheureusement cantonné à l’exercice de style sous forme de pochade geek, qui trouvera assurément son public avide de passer un doux moment régressif, tout comme il en agacera inévitablement beaucoup d’autres.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre. A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu.

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