La Maison Rouge


Objet plastique et autre incursion dans le film noir du monsieur western Delmer Daves, La Maison Rouge (1947) est édité en DVD par Rimini Editions. Fais Pas Genre livre sa critique de ce total représentant visuel et thématique des genres que nous défendons.

La cabane au fond du jardin

Conjointement avec Sidonis que vous croisez très régulièrement sous la plume de votre serviteur, Rimini œuvre à la remasterisation de films ou de figures riches du cinéma américain. Après un inédit total de James Whale, L’homme au masque de fer (le cinéaste britannique reviendrait-il à la mode des éditeurs après l’édition de La Maison de la Mort par Elephant Films ?), Rimini embraye sur une œuvre d’un cinéaste tout autant lié à un genre que Whale l’est au fantastique : Delmer Daves, affilié au western, mais aussi au thriller ou au film noir. A l’image de La Maison Rouge, édité donc en DVD par Rimini, autre incursion en 1947 au-delà des plaines et des cow-boys pour Daves. Quoi que, éloigné du cadre urbain typique du film noir ou autres thrillers, The Red House prend place dans la tranquille campagne américaine.

Pete, joué par Edward G Robinson (je vous referai pas l’éloge de ce dernier parsemé dans plusieurs de mes articles), mène une ferme avec sa sœur et sa nièce, Meg, qu’il a adoptée après la disparition de ses parents. Meg fait la rencontre d’un garçon dénommé Nath et ce dernier vient travailler à la ferme « familiale ». Cependant dès son arrivée, Nath tente d’enfreindre un interdit majeur pour Pete : traverser le bois mitoyen la nuit, interdit formulé sans explication concrète. Avec la curiosité intrépide de leur jeune âge, Nath et Meg vont chercher à savoir pourquoi Pete est si anxieux de les voir s’approcher du cœur de la forêt, et comprendre que ce dernier cherche à cacher l’existence d’une maison rouge isolée, quitte à payer quelqu’un pour empêcher quiconque de s’en approcher…Fidèle à ses débuts de carrière de scénariste et donc à son soin d’écriture porté au personnage, Daves tisse une toile psychologique à l’image de celle qui composait le western Le Souffle de la Violence (déjà avec Robinson d’ailleurs). On comprend vite que la maison rouge est le cristalliseur d’une part, du désir adolescent assez sexuel (les quatre personnages adolescents principaux, soit Meg, Nath, la meuf de Nath et le jeune homme que Pete engage pour surveiller la maison rouge, forment un chassé-croisé amoureux) de l’autre, de la frustration sentimentale de Pete, qui a commis une grave erreur dans le passé à cause d’un drame amoureux que le destin et la névrose le pousseront à commettre en boucle. Concordant avec les codes spirituels du film noir, il n’y a tout juste que l’optimisme final et lumineux de Daves sauve le long-métrage de l’amas de tension toute psychanalytique et sombre des protagonistes humains et en cela aussi aimable que détestable…

Rimini Edition a fait un travail sublime avec la remasterisation de La Maison Rouge, qui en ressort comme un objet plastique aux contrastes superbes : littéralement, le noir envahit l’écran, et paraît contaminer l’image au même titre que les désirs et la folie dévorent ceux qui y sont en proie. La galette de cette qualité visuelle nous permet de constater au détour de certains plans que The Red House paraît un chaînon manquant entre le fantastique gothique d’avant lui et l’horreur qui lui suivra avec des œuvres comme Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) ou La maison du diable (Robert Wise, 1964) en tête. Les boniii eux ne sont pas à cette hauteur, puisqu’ils ne comportent qu’une featurette montrant la remasterisation sous une forme avant/après et une introduction au film, wikipediesque et pas du tout analytique (autant le dire) de l’historien du cinéma Christophe Champclaux.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *