Le souffle de la violence 1


Bénéficiant d’un casting plutôt trois étoiles (pour l’époque), Le souffle de la violence est un western portant bien son titre et qui profite, de manière intéressante, du Far West pour livrer un constat sur la nature humaine. A l’occasion de sa sortie en DVD et Blu-Ray chez Sidonis Calysta, Fais Pas Genre vous en dit plus.

L’art de la guerre

La collection western de Sidonis Calysta, désormais bien bien étoffée (un euphémisme, à la vue du catalogue et du nombre de sorties), a ce mérite, en plus de celui d’être nourrie de livrer plusieurs sensibilités du genre. Il est étonnant de constater toujours davantage comme le western est un objet cinématographique qui a été appliqué de différentes manières, détournées, à l’avantage ou à l’inconvénient de, traversé par des idées contraires et des époques aux vues tantôt proches tantôt éloignées. Si précédentes sorties de l’éditeur pouvaient se définir comme un western social (La vengeance de l’indien de George Sherman, 1956) ou shakespearien (L’homme de nulle part de Delmer Daves, la même année, décidément) la nouvelle galette, éditée en DVD et Blu-Ray Le souffle de la violence (1955) réalisée par Rudolph Maté – notamment connu pour son film noir Mort à l’arrivée (1950) appartient encore à une autre vision du genre, partant d’un canevas pas révolutionnaire sur le papier (ni en exécution d’ailleurs) : Parrish est un fermier, ancien militaire, qui soucieux de se casser avec sa femme vivre la belle en vie ailleurs, souhaite vendre son terrain à Wilkison (à ne pas confondre avec une marque de rasoir…On fait les blagues qu’on peut avec ce qu’on a hein). Ce dernier propose toutefois à Parrish un montant dérisoire, que Parrish refuse évidemment : l’occasion pour le frère de Wilkison, Cole, un petit bâtard couchant avec sa propre belle-sœur, pour foutre la zizanie en fomentant l’assassinat de l’un des employés de Parrish, ce qui fout les glandes et le feu aux poudres…

Histoires de cul/d’amour, de soif de pouvoir, d’avidité, puis de vengeance et d’escalade de violence, la trame se suit avec un certain intérêt mais sans grande nouveauté, même pour l’époque. On pourrait même y déceler, en étant un peu chiens, une vision quand même pas très cool des femmes de l’époque : sur trois personnages féminins importants (soit la femme de Parrish, de Wilkison jouée par Barbara Stanwyck, et la fille de Wilkison), deux (les deux épouses) sont en effet clairement présentées comme de mauvaises influences sur leurs maris, se montrant en partie prenante pas vraiment sujettes à l’apaisement ou au respect particulier, entre l’une qui veut la guerre et l’autre qui pousse Parrish à se casser sans moralité ni vengeance. A l’exception de Cole, les deux personnages masculins majeurs sont eux peints avec un attrait propre. Fidèle au grand comédien qu’il est, Edward G.Robinson campe en Wilkison un homme vieillissant, lui-même devenu riche (mais invalide, perdant l’usage de ses deux jambes dans un coup de feu) par la violence et qui, au crépuscule de sa vie, en a assez de voir le sang couler…Quant à Parrish, incarné par Glenn Ford, son passé militaire en fait le vecteur d’une réflexion bienvenue sur la nature de la violence : à la brutalité sauvage des hommes de Cole, qui brûlent et tuent, Parrish répond par des tactiques héritées de l’armée. Le souffle de la violence se ressent dès lors comme un western stratégique, plus encore que psychologique…Mais une stratégie qui est ramenée au même niveau final que la brutalité moins réfléchie : l’échec.

Sidonis livre pour son édition un travail technique remarquable, tant la remasterisation du film datant de 1955 le ferait presque passer pour un film actuel (presque j’ai dit) : une véritable aubaine de découvrir de telles œuvres, donnant notamment la part belle aux paysages avec leurs Cinemascope, A la galerie photos traditionnelle, s’ajoute un fait particulier, en la présence de non pas une ou deux présentations du Souffle de la violence, mais pas moins de trois. L’édition regroupe les trois intervenants fréquents des bonii de la maison d’édition, livrant chacun leur featurette face caméra : François Guérif, Patrick Brion et le cinéaste Bertrand Tavernier. Un tel schéma n’évite pas des répétitions (évidemment) mais les différences personnalités des intervenants fait que ces séquences se complètent plus qu’elles ne se paraphrasent.


A propos Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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