La Rage du Démon


Après la série Dead Crossroads (2012 – 2016), Fabien Delage revient avec un documentaire partant sur les traces d’un film français pour le moins mystérieux de 1897 au sombre passif.

Le Film du Diable

Rare, controversé, perdu depuis des années et supposément dangereux, La Rage du démon est un film avec une histoire pour le moins inquiétante. Quiconque visionnerait ce film serait sujet à une profonde terreur ainsi qu’à des accès de violence… Mais ce qui est encore plus mystérieux – et intéressant – est que l’on attribue cette œuvre au génial Georges Méliès, le créateur du Voyage Dans la Lune (1902), d’Un Homme de têtes (1898) et de tant d’autres fantaisies filmiques remontant aux premiers temps du cinéma. Le documentaire de Delage prend pour point de départ un événement datant de janvier 2012 qui a été passé sous silence dans la presse : un collectionneur a organisé une projection privée au Musée Grévin du film La Rage du démon dont il serait le propriétaire de l’unique copie du film. Des invités triés sur le volet sont conviés à découvrir cette œuvre unique lors d’une soirée qui s’annonce comme grandiose mais la projection de ce court-métrage tourne très vite au cauchemar et le chaos règne…

Prenant le parti pris du documentaire d’investigation, Delage invite son spectateur à découvrir l’histoire pour le moins mystérieuse de ce film « maudit » grâce à un casting d’intervenants reconnus composé de journalistes – Philippe Rouyer, Dave Alexender de Rue Morgue Magazine ou encore Christophe Lemaire -, des cinéastes – Alexandre Aja et Christophe Gans – et tant d’autres. A travers cet objet documentaire pour le moins particulier, le réalisateur nous offre l’occasion de parler de Georges Méliès et de son travail sous un angle profondément nouveau et intéressant. Delage s’amuse avec le spectateur à travers un jeu de pistes bien orchestré et la sombre histoire de ce film pour mieux rendre hommage à ce magicien du 7eme Art dont l’intégralité de l’œuvre – du moins ce qui a été retrouvé – appartient à la prospérité mais aussi au cinéma des débuts dans un film qui se mue en véritable lettre d’amour au Cinéma avec un grand C à la manière de Forgotten Silver (Peter Jackson et Costa Botes, 1995).

Mais le documentaire joue également une autre carte thématique. A l’instar de Why Horror ? (Robert Lindsay, 2014), un documentaire qui tentait de comprendre notre amour et notre fascination pour les films et œuvres qui nous font peur, Delage engage une réflexion sur le pouvoir des images – et, dans un sens, de l’Art – sur nous et les mécanismes à l’origine d’une réaction émotionnelle face à une œuvre. Pour se faire, le réalisateur s’entoure de spécialistes tels que des historiens et psychologues qui, en plus de donner une interprétation nouvelle à ce qui nous est raconté, offre un poids supplémentaire et une caution aux propos développés et rendent la chute de ce récit plus prenante, nous permettant même d’envisager les choses sous un tout autre angle. Toutefois, le film souffre parfois de sa structure avec de vraies longueurs par moment et une envie de faire passer aux spectateurs beaucoup trop d’informations de par la démultiplication des voix. Cette polyphonie, sans être une cacophonie, se retourne parfois contre son initiateur et nous fait oublier l’histoire ou même le sujet premier du documentaire. La Rage du démon est un film tour à tour passionnant et passionné sur un film perdu mais avant tout sur un cinéaste. Il interroge de façon pertinente et joueuse le public sur la vérité émotionnelle des images ainsi qu’à notre rapport à l’Histoire du Cinéma.


A propos de Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique). Ses spécialités sont la filmographie de Guillermo Del Toro, les adaptations de comics et le cinéma de science-fiction.

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