Le signe du païen 2


Elephant Films ne fait pas que se pencher sur les Universal Monsters mais se permet (et on l’en remercie très fort) des excursions dans la filmographie de cinéastes importants, comme Douglas Sirk. Sur Fais Pas Genre, on vous parle de l’édition DVD du Signe du Païen.

numberoneguy

Contre-champs Catalauniques

A vous qui comme votre serviteur se sont réjouis de la ressortie des plus beaux mélodrames du maître Douglas Sirk chez Elephant Films (Mirage de la vie, Tout ce que le ciel permet…) vous avez peut-être été surpris, comme lui, des échappées au genre qui l’a rendu célèbre. Cette surprise est à vrai dire uniquement lié à la méconnaissance et un manque de réflexion que je dois confesser puisque comme Fritz Lang, Jean Renoir, ou surtout Jules Dassin, ces cinéastes exilés à Hollywood pour cause de gros bordel secondeguerremondialique, il était naturel de tourner des films de commande, aussi éloignés soient-ils de leurs formes de prédilection. Sirk n’y a pas échappé et s’est retrouvé à tourner de la comédie, un western, et même un péplum, Le Signe du Païen dont l’édition DVD sur laquelle je me suis penché. A première vue, je me suis dit “Mais qu’est-ce sign-of-the-pagan-1600x900-c-default  que Douglasounet est allé foutre là-dedans ?”, surtout en ayant en tête les images d’un Jack Palance peinturluré en Attila qui m’a rappelé les pires représentations de personnages historiques par le cinéma américain. Bien entendu, sans pour autant égaliser le honteusement génial Gengis Khan sous les traits de John Wayne (comme quoi, enculer une culture, c’est facile).

Que fait donc Douglas Sirk de cette histoire où s’opposent d’un côté Attila, de l’autre côte les deux Empires Romains (d’Orient et d’Occident, l’un souhaitant marchander avec les barbares pour la chute de l’autre) ? Déjà, il livre un film plastiquement parfait. Fidèle à son époque où n’importe quel artisan de la caméra, aussi tâcheron soit-il, pouvait pondre un long-métrage au look superbe et en Cinémascope (quand aujourd’hui un réal de seconde zone foutrait de la shaky cam avec un 5D numérique sous-éclairé), Le Signe du Païen est un modèle tout hollywoodien (classique) de la composition du cadre, de la transparence des mouvements de caméra et de la gestion de la mise en scène et des déplacements des personnages tout en décors artificiels (malgré l’emploi du mot à toutes les sauces, “théâtral” est bien l’adjectif qui sied le mieux). On en attendait pas moins de son réalisateur, qui garde son coup pour une colorimétrie vivante, faite des contratses chauds/froids qui ont fait sa patte stylistique, et que la copie d’Elephant Films retranscrit à point.

Dans l’esprit toutefois, Le Signe du Païen est assez enfermé dans son époque. Comment ne pas dire, malgré la dithyrambique présentation de Jean-Pierre Dionnet présentée en bonus (avec des bandes-annonces), que ce péplum est très loin de ce que Sirk a pu faire ailleurs, et est avant tout une oeuvre de propagande ? Pliant l’Histoire (à ce stade ce n’est plus de la liberté historique, c’est de la fantaisie) pour servir ses fins, le scénario fait de l’opposition entre les barbares et l’Empire Romain d’Occident un conflit dont les enjeux osnt politiques certes, mais pour ses protagonistes principaux aussi religieux, où les païens sont ouvertement présentés comme une menace face à une chrétienté consciente de sa force et de la justice de son combat. En pleine menace du maccarthysme (le film sort en 1954), il est inpossible de ne pas y voir un plaidoyer pour les valeurs de l’Amérique face à l’invasion impie, avec laquelle les Américains sont inconciables, sauf en cas de conversion (comme la soeur d’Attila), et il est donc impossible de le considérer comme une oeuvre à la richesse juste et moderne. Sign-of-the-Pagan-images-9aeb98ea-df81-4082-aa72-db7d8f5d6f8

Comme toujours, et c’est là où nous retrouvons le Douglas Sirk qu’on aime, c’est dans l’ambiguité qui exister dans l’opposition entre deux antithèses (le païen/le chrétien) que réside l’intérêt du long-métrage, et cette ambiguité s’appelle Attila. Jack Palance parvient à retranscrire un personnage mystique, fasciné et terrifié par la chrétienté (la scène fantomatique de rencontre avec le Pape est digne d’un film fantastique) mais en même temps guidé par une conscience aigue, une croyance profonde en lui-même et sa capacité à dominer le monde, tantôt arrogante et sûre, tantôt névrotique et apeurée. Dommage qu’en film bon chrétien, ce sont bien ceux qui méritent d’être punis qui le sont, terrassés par un symbole : fais chier !


A propos de Alexandre Santos

En parallèle d'écrire des scénarios et des pièces de théâtre, Alexandre prend aussi la plume pour dire du mal (et du bien parfois) de ce que font les autres. Considérant "Cannibal Holocaust", Annie Girardot et Yasujiro Ozu comme trois des plus beaux cadeaux offerts par les Dieux du Cinéma, il a un certain mal à avoir des goûts cohérents mais suit pour ça un traitement à l'Institut Gérard Jugnot de Jouy-le-Moutiers.


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