La Revanche de la Créature 2


Elephant Films offre ce mois-ci une belle revanche à la première suite de La Créature du Lac Noir de Jack Arnold. Intitulée très justement La revanche de la Créature, ce film sorti en 1955 est l’un des chefs-d’oeuvre du catalogue Universal Monster. Brillant plaidoyer sur la condition animale.

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Welcome to Sea World

Il y a quelques mois, Universal ré-éditait en Blu-Ray la majorité des grands titres de son catalogue Universal Monsters, ce qui fut l’occasion pour nous d’engager l’élaboration d’un grand dossier consacré à l’une des collections de films fantastiques les plus impressionnantes de l’histoire du cinéma. L’éditeur Elephant Films quant à lui, est en charge de l’édition des nombreuses suites de ces classiques du films de monstres et nous en avions déjà chroniqué quelques-uns consacrés soit au suceur de sang qu’on ne présente plus, le Comte Dracula, soit à la mythique créature de Frankenstein. C’est cette fois la fameuse Créature du Lac Noir (voir notre article sur le film original), premier monstre original créé par Universal, qui bénéficie de la réédition par l’un de nos éditeurs fétiches, de ses deux suites dont nous vous parlerons dans deux articles successifs. Après le succès du premier film sorti en 1954 et réalisé par le plus fantastique des réalisateurs des années cinquante, j’ai bien sûr nommé Jack Arnold, Universal enchaîna les tournages de deux suites l’une après l’autre. La première, dont cet article va vous parler, se nomme La Revanche de la Créature (Jack Arnold,1955) et est tournée, comme son illustre prédécesseur, en relief. On y retrouve la fameuse créature, Revenge-of-the-Creature-3endimanchée dans son plus beau costume de latex, le même que celui du film original, conçu par la très mystérieuse Millicent Patrick. Sinueuse, ondulante sous l’eau dans des séquences aquatiques qui font toute la force et la beauté du film original et de cette première suite, la créature est sans nul doute l’une des plus belles réussites des studios Universal tout comme une véritable pierre angulaire du bestiaire fantastique des années cinquante, ayant influencé par la suite bons nombres d’autres monstres célèbres – du cinéma, au cartoon, jusqu’à la bande-dessinée – ou moins célèbres comme ceux de Humanoid Terreur Abyssale, l’un de ces nanars kitsch et cultes.

Si le premier volet était un simili-remake de la première partie de King Kong (Ernest B. Shoedsack & Merian C. Cooper, 1933) se déroulant sur Skull Island et sa nature hostile, le scénario de cette suite emprunte davantage à la deuxième partie du classique, film matriciel de tous les films de monstres, puisque comme dans King Kong, la créature est ici capturée et ramenée aux Etats-Unis pour être exhibée au public comme une attraction. Étudié de part en part, enfermé dans un minuscule bassin où il est enchaîné au fond, le Gill-Man (l’homme poisson) est condamné à tourner en rond dans quelques mètres cubes d’eau sous le regard de badauds venus la contempler comme on viendrait voir un lion en cage. Le film dresse donc une charge assez virulente contre les zoos, dans une décennie où leur rôle était sérieusement remis en question par des zoologistes célèbres tels que Bernhard Grzimek, qui dénonçait justement la maltraitance faits aux animaux dans ces endroits, et ce dans des buts lucratifs et de divertissement. L’idée qui germait dans ses années cinquante étaient donc de transformer ces zoos pour qu’ils deviennent des centres de reproductions et de sauvegardes des espèces, ainsi que des hauts lieux d’éducation à la conservation de la nature. Revu sous le prisme du vingt-et-unième siècle, le film apparaît donc comme assez précurseur, défendant l’idée d’une conscience animale – la créature est capable d’éprouver des sentiments complexes – victime de la bêtise et de la soif de domination des êtres humains. A bien des égards, on peut soupçonner Universal d’avoir recyclé la recette parfaite de cette suite avec le scénario du récent Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015) pour lequel je ne vous imposerai pas un nouveau plaidoyer, puisque je vous en ai déjà parlé longuement dans un revancheautre article, et ce au moment de sa sortie en salle.

Plus que la créature de Frankenstein, le Gill-Man est peut être le Universal Monster le plus touchant. Car bien que monstrueux et effrayant, il reste une victime, incompris et martyrisé, il attire une compassion immédiate du spectateur qui s’effraie pour lui et s’émeut de le voir tiraillé entre son animalité instinctive et ses émotions profondément humaines. Pour cette raison, cette saga constitue l’une des plus belles réussite de croisement entre deux genres que tout semble pourtant opposer : le film d’horreur fantastique et le mélodrame. Un must-see donc, parce qu’il est l’une des très bonnes suites des monstres classiques de chez Universal et parce qu’il est aussi, accessoirement, le premier film dans lequel un certain Clint Eastwood vient montrer sa trogne de star. L’édition que nous propose Elephant Films est absolument somptueuse, elle s’inscrit graphiquement dans la lignée des autres titres de son catalogue Cinema Monster Club, et propose le film dans une copie proche de la perfection, dans un combo fait pour satisfaire autant les amateurs de la haute définition du Blu-Ray que les antiques défenseurs de la survie de ce vieux support qu’est le DVD. On regrettera tout de même que cette suite, tournée en relief, ne bénéficie pas d’une édition Blu-Ray 3D comme ce fut le cas pour La Créature du Lac Noir. Mais, comme toujours, on ne boudera quand même pas notre plaisir, au vu notamment des suppléments proposés, deux entretiens riches, présentés par l’indémodable Jean-Pierre Dionnet, l’un consacré sur la créature en elle même, et l’autre, plus précisément sur le film. Je sais, nous avons l’habitude de vous le dire à chaque chronique d’un titre édité par Elephant Films, mais ce n’est pas pour autant du fayotage, croyez-nous sur paroles, cette sortie-là encore mérite une place de choix dans votre étagère à classiques.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.


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2 commentaires sur “La Revanche de la Créature