The Stupids


Dans la carrière assez éclectique de John Landis, The Stupids arrive à être totalement ovniesque. Comédie pour enfants totalement loufoque, le film est quasiment inconnu en France où il n’a jamais été distribué. A l’occasion de l’hommage qui lui était rendu au Festival International du Film d’Amiens, nous avons pu découvrir ce film… Étonnant .

The Stupids

Acides stupidiques

Voir Landis s’acoquiner à la comédie pour enfants n’a, sur le papier, à peu près rien de surprenant. Il faut bien le dire, John Landis a prouvé qu’il ne fallait de toute façon trouver rien d’anormal à ce qu’il navigue d’un genre à l’autre. De la comédie policière en passant par le polar, le film d’horreur, le film d’espionnage, le western : tous sont passés entre ses mains de petit rigolo. Sa spécialité ? Tordre le plus souvent le cou aux codes pour les raccrocher, presque toujours, à un simulacre de parodie. Si The Stupids (1996) n’échappe pas à la règle, il est probablement aussi celui de tous ses films qui assume le plus franchement cette irrévérence et cette disproportion comique. Le concept est simple, faire d’un film pour enfants somme toute assez traditionnel – on peut penser à certains films sortis à la même époque comme le génial Matilda (Danny DeVito, 1996) – un délire tellement absurde que l’on pourrait croire qu’il a été réalisé sous acide !

Adapté d’une série de livres pour enfants par un certain Brent Forrester– il deviendra l’un des scénaristes principaux de la série Les Simpsons (1989-aujourd’hui) – The Stupids raconte l’histoire de la famille Stupids (comme vous vous en doutez, ils portent bien leur nom). Papa en a marre parce que des voleurs lui dérobent chaque nuit le contenu de ses poubelles. Il décide alors de se mettre en quête de retrouver ses sacripants pour leur montrer de quel bois il se chauffe. Une nuit, il surprend ces enfoirés la main dans le sac poubelle en train de voler ses ordures pour les mettre dans un gros camion. Ni une, ni deux, Papa Stupids décide d’entamer la course poursuite de sa vie, perché sur ses rollers. Maman essaie de retrouver son cher époux. Les enfants restent seuls à la maison et pensent que leurs parents ont été enlevés, donc ils décident d’aller prévenir la police. Par un horrible malentendu qu’il serait très compliqué de vous expliquer – ce qui va être le cas pour a peu près tous les rebondissements de l’intrigue d’ailleurs – Maman, qui rentre à la The Stupidsmaison, est persuadée que ses enfants ont été kidnappés… Par la police ! Pendant ce temps, Papa se retrouve aux prises avec des mafieux venus faire leur business dans une déchetterie. Dans son incroyable enquête pour se retrouver, les membres de la famille seront transportés dans tout un tas de péripéties absurdes, croiseront les chemins de pleins de réalisateurs venus faire coucou – David Cronenberg, Robert Wise, Atom Egoyan – , rencontrerons Dieu lui-même qui est en fait un balayeur noir répondant au nom de Myford – alors que tout le monde depuis le début pensait qu’il fallait l’appeler « My Lord » – et devront faire face à un terrible ennemi incarné (à moitié) par Christopher Lee.

De l’aveu même de John Landis, ce qui rend compliqué ce film pour une audience non-américaine c’est qu’il est tout bonnement impossible d’en saisir l’humour et les doubles sens si l’on ne comprend pas très bien l’anglais d’une part, et si l’on est pas de culture américaine d’autre part, le film faisant beaucoup de références à la culture populaire américaine, notamment à des émissions de télévision…Des éléments qui rendent l’adaptation des dialogues tout simplement impossible, tant le scénario du film est construit sur un mécanisme plutôt habile de quiproquos et jeux de mots que l’on ne peut tout simplement pas traduire en une autre langue par manque d’équivalences, y compris en Français. Une donnée que Landis et le studio n’avaient pas suffisamment évaluée et qui empêcha le film de prétendre à un destin international. Pour autant, difficile de dire si le film paraît autant sous acide pour une audience américaine qu’il n’en a l’air pour les Français que nous sommes. Il faut admettre que pour nous, le fait de ne rien y comprendre ajoute considérablement à son côté ovniesque et absurde. Si l’on ne parvient pas à capter grand-chose de l’action qui se déroule face à nous, cette perte de repères a au moins le bénéfice de nous écarquiller les yeux devant ce flot d’absurdités condensées, puis de rire tout de même à gorge déployée face à quelques gags visuels hérités du burlesque et du cartoon, autrement dit : ce genre de trucs qui marchent à tous les coups.

The StupidsCe film de John Landis a beau ne pas nous être adressé, on ne lui retirera pas son audace scénaristique, son esthétique visuelle mêlant comédie pour enfants aseptisée et délires acidulés à la Tim Burton – on peut penser d’ailleurs à Pee Wee Bigs Adventures (1985) – et sa mise en scène faisant la part belle aux codes du burlesque auxquels il rend hommages. Pour le reste, difficile de porter un jugement plus complet, car, handicapé par son côté américano-anglopho-cryptique, le film, même s’il a été réalisé pour une audience enfantine, ne peut même pas nous redonner quelques décharges nostalgiques, du genre : « J’aurais tellement adoré ce film si je l’avais vu gamin !». Non. Je ne pense pas que ça aurait été le cas. Au contraire, il y a fort à parier que je m’en serais vite écarté, las de ne rien comprendre et que j’aurais piqué une crise auprès de mes parents en leur demandant de se bouger les miches illico-presto et de me remettre la cassette de Denis la Malice (Nick Castle, 1993) ou Jumanji (Joe Johnson, 1995) pour la septième fois consécutive en n’oubliant pas de me ramener un berlingo Tic et Tac à la praline (oui… Ma mère lisait Françoise Dolto à l’époque). Je vous vois venir avec vos phrases toutes faites, qui expliqueraient avec toute la condescendance nostalgique qu’un adulte doit avoir : « Mais non, les enfants sont beaucoup moins difficiles que nous, et ils se posent moins de questions. Un tel film devrait assurément leur plaire ! ». Soit, croyez-moi, il n’est peut être pas très malin d’essayer de trouver une once de logique chez l’être enfant et d’accepter l’idée qu’il puisse mieux comprendre The Stupids que nous puissions le faire, nous, adultes, êtres supérieurs. Vous me trouvez dur ? Désolé, mais si j’avais foi en ma jeunesse – celle de quand j’avais six ans, celle où l’on voulait devenir Maître Pokemon et pas ange de la télé-réalité – comment ne pas être défaitiste lorsque l’on voit que la population actuelle de marmot regarde en boucle Cars (John Lasseter, 2006) s’auto-persuadant que la voiture de Tonton s’appelle Martin ou Flash McQueen, quand ils n’hurlent pas à une gamine portugaise de faire gaffe parce qu’un Renard masqué cleptomane se cache derrière un arbre, prêt à chiper. M’enfin… Vous pourrez toujours me traiter de saloperie de réac’ et marmonner votre sempiternel «Les enfants sont formidables » comme le disait Jacques Martin. Paix à son âme. Grand homme qu’il fut. Il était visionnaire, mais les enfants l’auraient déçu. Il parait même qu’il serait mort d’un infarctus en regardant la merde qui passait ce jour-là sur Gulli.


A propos Joris Laquittant

Sorti diplômé de la Fémis en Montage en 2017, Joris obtient son diplôme d'éleveur de Mogwaï dès l'âge de huit ans. Quand il ne dessine pas sur Dé'Ciné (decine.fr), il aime écrire sur le cinéma qui fait pas genre. Il est aussi membre fondateur de "L'Association pour la réhabilitation de l'importance de Walt Disney dans l'histoire du cinéma". Sa voyante dit que son signe astral est David Cronenberg ascendant Joe Dante, et il suit un traitement d'acupuncture trois fois par semaine pour soigner son addictions mono-maniaque aux flare bleus.

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