Le Garçon et la Bête 1


Après Les Enfants loups, Ame et Yuki (2012), Mamoru Hosoda signe avec Le Garçon et la bête (2016) son cinquième long-métrage, une fable moderne à la maîtrise surprenante où le spectaculaire et le jubilatoire côtoient la poésie et le récit intimiste.

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Ascension d’un Maître

Mamoru Hososda jouit d’une certaine notoriété publique et critique depuis quelques années. De ses débuts à la Toei sur des franchises commerciales, terrains de jeu de ses premières expérimentations comme en témoigne le film One Piece – Film 6 : Le Baron Omatsuri et l’île aux secrets (2005) – qui n’est pas sans rappeler un certain Mamoru Oshii avec son film Lamu Beautiful Dreamers (1984) – jusqu’à aujourd’hui, Hosoda réussit d’ailleurs à montrer qu’il est un auteur plus qu’un simple faiseur talentueux, si bien que l’on parle de lui comme un héritier au trône (vacant ?) laissé par Hayao Myazaki. Même si l’on fait abstraction de cette pensée, on peut dire que ce nouveau film va consacrer cet artiste comme l’un des grands piliers de la japanimation.

Tokyo, quartier de Shibuya. Ren, neuf ans, vient de perdre sa mère. N’ayant aucune nouvelle de son père depuis le divorce de ses parents et refusant de partir avec ses tuteurs légaux, le jeune garçon s’enfuit et erre dans la ville. C’est alors qu’il découvre un passage permettant d’accéder à Jutengai, monde peuplé de créatures fantastiques. C’est ainsi que Ren va débuter un apprentissage auprès de la bête Kumatetsu – qui le renomme pour l’occasion Kyuta, à cause de son âge – un puissant guerrier qui a un sérieux problème de gestion de la colère. Inspiré du folklore japonais mais aussi chinois – on peut y voir l’influence du mythe du Roi Singe – c’est également le premier film dont Hosoda a écrit seul le scénario – les trois 3818713174796ab385526eccb12e542cfilms précédents La Traversée du temps (2006), Summer wars (2009) et Les Enfants loups… – ayant été écrits en collaboration avec Satoko Okudera. On y retrouve une corrélation intéressante entre le trait simple et délicat du dessin et le scénario qui forme un arbre cachant une montagne, dont les thématiques sont déjà présentes dans les précédents travaux du réalisateur et qui oriente le récit vers un univers poétique et personnel.

Le film prend la forme d’un récit initiatique : celui de Ren/Kyuta, enfant têtu et en quête d’amour et de son maître le querelleur Kumatetsu. C’est sur la base d’une opposition entre les deux personnages – offrant de nombreuses scènes comiques grâce/à cause de leurs incessantes « engueulades » – que Hosoda vise en fait une complémentarité des personnages dans le récit. Si Ren/Kyuta devient plus fort de jour en jour grâce à l’enseignement de Kumatetsu, ce dernier va se retrouver lui aussi dans la position de l’élève et va apprendre, au contact de Ren, à canaliser sa colère afin de la rendre bénéfique. Pour Hosoda, l’éducation est une relation basée sur un échange mutuel : le maître apprend tout autant que l’élève, voire même davantage.

On retrouve également dans le film la question de la recherche de soi. Au travers des personnages qui tentent de trouver leur place dans une société qui les rejette. Hosoda montre que c’est la somme de nos expériences et de nos rencontres qui nous enrichit et nous façonne. Si Ren se demande s’il est un homme ou une bête, il comprendra grâce au personnage de Kaede – une humaine qu’il rencontre lors de son retour dans le monde des humains – et de celui de Kumatetsu qu’il n’appartient qu’à lui de trouver sa place après avoir fait la paix avec lui-même ; chose que le personnage de Ichirohiko – alter ego de Ren et antagoniste du troisième acte – ne parvient pas à réussir et se faisant sombre dans la violence et la haine. Les deux personnages se répondent, tel un miroir.

Cette notion d’appartenance à un groupe rejoint un autre thème cher à Hosoda : la famille. Le film parle de la relation père/fils existant entre Kumatetsu et Ren, avec une tendresse et une justesse en s’appuyant sur le fantastique, distillé ici avec 1290447_backdrop_scale_1280xautoparcimonie. En effet, ce film monte la force et l’importance des liens filiaux dans le développement personnel d’un individu. C’est au travers de ces relations que les personnages vont pouvoir atteindre une forme d’apaisement et trouver leur place. Hosoda parvient à un équilibre en écartant tout manichéisme mais aussi en refusant de sacrifier le singulier au profit du pluriel. Il en ressort donc une harmonie poétique dont seul lui à le secret.

Hosoda assoit sa condition d’auteur et montre qu’une œuvre divertissante n’est pas incompatible avec le récit intimiste et peut porter en son sein des valeurs universelles. Une chose est sûre, nous n’avons pas fini de nous émerveiller, un maître est en marche. Arigato Hosoda-san.


A propos de Mathieu Pluquet

C'est après avoir découvert Le Voyage de Chihiro, Blade Runner et L'Exorciste que Mathieu se passionne pour le cinéma; depuis cette passion ne l'a pas quitté. Sinon il aime les comics, le café et est persuadé qu'un jour il volera dans le TARDIS et rencontrera le Docteur (et qu'il pourra lui piquer son tournevis sonique). Ses spécialités sont la filmographie de Guillermo Del Toro, les adaptations de comics et le cinéma de science-fiction.


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