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Avant de découvrir son hommage au film de cannibales The Green Inferno, pleins feux sur l’autre nouveau film d’Eli Roth, Knock Knock.

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Le Misanthrope

Cela faisait plusieurs années que certains désespéraient de voir revenir Eli Roth aux affaires. Pas moi. J’ai toujours eu du mal à apprécier, voir même cautionner, une seule petite minute de ses films. Et pour cause, je lui alloue, peut-être à tort, une grande part de responsabilité dans la débilisation du cinéma de genre vers une violence provocatrice et idiote. Un cinéma puéril, qui parvient à se croire anti-conformiste sans laisser apparaître une once de conscience un tant soit peu politique. Pour la faire courte, Eli Roth est à mon sens l’un des virus qui a mené, avec ses premiers films – dans une moindre mesure Cabin Fever (2004) puis Knock-Knock-Filmsurtout avec la saga Hostel (2005-2011) – à l’émergence du sous-genre du tortur-porn qui tuméfie et gangrène le cinéma de genre depuis des années. Pour beaucoup, la reconnaissance apportée à ce guignol tient du simple fait qu’il fut adoubé dès ses débuts par Quentin Tarantino, en faisant dès lors d’emblée un cinéaste fétiche intouchable. Pourtant, s’il faut admettre aux deux hommes quelques penchants communs pour l’esprit de vengeance et la violence gratuite, celle de Quentin Tarantino questionne toujours plus habilement la nature humaine, et n’hésite pas, depuis quelques films, à se confronter directement à la grande Histoire. Le cinéma d’Eli Roth a de plus malsain qu’il essaie de noyer son ultra-violence idiote et cynique dans un simulacre de militantisme. C’est le cas évidemment de Hostel (2005) qui tente de faire accepter des séquences de tortures absolument immondes sur l’argument que le film serait à charge contre les puissants, des hommes d’affaires ou hommes politiques, qui utilisent dans le film leur pouvoir pour faire des autres êtres humains leurs poupées et assouvir pulsions morbides et sexuelles. C’est typiquement là la dégueulasserie de l’entreprise proposée par Hostel et son réalisateur : « voici comment aujourd’hui on en vient à marchandiser l’être humain comme une vulgaire barbaque, et voici comment, public, vous allez devoir vous délecter face à ce qu’on peut faire subir de plus atroce à cette marchandise. » Au delà du cynisme, le cinéma d’Eli Roth remue des représentations aux complaisances purement sadiques. Le voir s’intéresser aux films de cannibales du cinéma bis Italien n’a en cela rien d’étonnant – sortira bientôt en vidéo à la demande son film hommage The Green Inferno dont je ne manquerai pas de vous parler aussi, au risque de me répéter dans l’argumentation – tant ce cinéma là tendait aussi la corde étroite entre le sadisme et le spectacle, au point qu’ils furent confondus, et ce n’est pas étonnant, avec des snuff-movie. Avec l’épuisement de la saga Saw (2004-2010) et l’arrivée d’un nouveau cardinal du mauvais goût, du sadisme et de la scatophilie filmique en la personne de Tom Six – réalisateur de la saga The Human Centipede (2009-2014) – on pensait Eli Roth définitivement résolu à quitter le terrain de ce cinéma d’horreur déliquescent. L’annonce quasiment coup sur coup de la réalisation de The Green Inferno – véritable arlésienne pour le réalisateur, le film a été tourné il y a très longtemps mais personne n’a voulu le sortir en salle – et de Knock Knock semblait donner des signes d’acmé suivi d’une remise à plat. En effet, si sur le papier le film de cannibales semblait s’inscrire dans la filmographie du bonhomme comme un prolongement naturel, le second s’apparentait à un cinéma d’horreur plus mainstream, lorgnant du côté du thriller psychologique. C’est à peu près le cas, sauf knock-knock_5que foutre un thriller psychologique entre les pattes d’un adolescent attardé et impudent dont le mot psychologie ne fait même pas parti du vocabulaire, ça peut vite tourner au vinaigre.

Dans son idée et à regarder son pitch de plus prêt, Knock Knock est l’illustration absolument parfaite de ce que serait devenu le remake américain de Funny Games (1997-2007) s’il n’avait pas, cette fois, été réalisé lui même par Michael Haneke. L’histoire est celle d’un architecte (Keanu Reeves) marié à une artiste contemporaine et qui vivent tous deux le parfait amour dans leur magnifique villa, avec leurs magnifiques enfants. Un soir, notre perfect guy reste seul à la maison, le soir de la fête des pères laissant sa femme et ses enfants prendre de l’avance sur le départ en vacances pendant que lui taffe comme un malade sur l’impression en trois dimension de sa nouvelle maquette en buvant des shots. Quand tout à coup… Knock Knock. Ou plutôt Toc Toc, si vous préférez. Deux magnifiques bombasses peroxydées – du même genre que ces nanas qui commencent leur carrière dans les mauvaises sitcoms de Disney Channel et finissent à moitié à poil sur MTV ou dans un film pseudo-hype réalisé par le scénariste de Larry Clark – sont là, plantées sur le seuil, complètement trempée par l’orage qui fait rage, transformant leurs décolletés en concours de t-shirts mouillés. Les pauvres demoiselles sont en détresse et usent de leurs charmes de belles minettes pour s’introduire chez Keanu Reeves – même si il a pris des kilos et des cheveux depuis le temps – et l’allumer sévère. A partir de ce moment, Knock Knock ne cessera de ressembler à un ersatz de Funny Games qu’aurait pu produire Roger Corman pour capitaliser sur le succès de la recette, en assaisonnant des habituels ingrédients racoleur : plus de violence et plus de cul. Le film file exactement vers les mêmes travers que le reste de la filmographie d’Eli Roth, s’il est assurément moins violent et gore, il n’en demeure pas moins tout aussi bête.

Knock+Knock+movie+(1)Maquillant son film derrière un fond de comédie parodique, flirtant à plusieurs moments avec le home invasion inquiétant, le film s’illustre au final dans une bouffonnerie et une manipulation assez ignobles, s’amusant à téléguider la prise de position du spectateur. Même si cette manipulation est particulièrement brillante et efficace, elle n’en demeure pas moins dégueulasse. Toute la première partie du film suinte d’un sexisme ahurissant, débordant de clichés sur les femmes, les assimilant à des succubes manipulatrices, assoiffées par le sexe, l’argent et le pouvoir. Mais là où le film fait fort, c’est qu’il parvient à être sexiste pour les deux sexes ! Et ce à mesure que les filles vont devenir de plus en plus insistantes, jusqu’à une séquence de sexe où Keanu Reeves, pris d’assaut par deux belles femmes nues s’agenouillant toutes les deux pour le gâter va se laisser finalement diriger par ses plus primaires instincts. S’il est sexiste pour le sexe féminin, le film l’est tout autant pour le genre masculin dont il égratigne tout autant le portrait, le qualifiant de corps sans cerveau, téléguidé par ses pulsions sexuelles et sa soif de conquête(s). Plus que cynique, le film est tout bonnement misanthrope. A y réfléchir, il partage donc un dénominateur commun avec les autres films d’Eli Roth : son cinéma remue une haine du genre humain qui ne se choisit ni victime, ni bourreau. Ricanant bêtement avec complaisance de ces petits jeux de massacre, il n’a même pas l’audace de se réfugier derrière l’habituel esprit de vengeance – il est même moqué, détourné, puisqu’à un moment, les deux jeunes femmes l’utilisent comme mobile pour cautionner leurs actes, arguant martyriser Keanu Reeves pour venger sa femme et ses enfants et lui faire payer de s’être laissé violer par deux femmes – un esprit de vengeance qui régit par ailleurs, de part en part, la filmographie de son mentor Tarantino. Restons tranquilles, heureusement pour nous, Eli Roth n’a jamais fait de film sur l’esclavage ou la seconde guerre mondiale… Pas encore.


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.


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