Avengers : l’ère d’Ultron 4


La déferlante à plusieurs milliards de dollars connue sous le nom de « les films les plus attendus de l’année » a commencé le 22 avril, avec la sortie du premier mastodonte cinématographique de l’an de grâce 2015, Avengers 2. Qui arrive encore à nous surprendre.

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I’ve got (the world on) no strings

Avertissement : lis cet article en écoutant ça, ça et aussi ça.

Ils sont venus, ils sont tous là. Captain America, Iron Man, Bruce Banner, Thor, Œil-de-Faucon, la Veuve Noire, la veuve du colonel, la femme du boulanger, la femme du notaire, Giuseppe Fabrizio Luca Santini… Tous, je vous dis. Même moi. Mais moi, j’étais dans la salle. Bref. L’équipe de super héros la plus épique du moment rempile dans un second volet qui enclenche le processus de clôture de la Phase 2 de Marvel – qui sera définitivement clôturée cet été avec le prochain film de la franchise, Ant-Man –, et… qui l’enclenche bien. La bande constituée par Nick Fury (Samuel L. Jackson) se rassemble donc pour la première fois après le démantèlement du SHIELD pour récupérer le sceptre de Loki et détruire les bases d’Hydra. Une fois celui-ci récupéré, Tony Stark (Robert Downey Jr.) et Bruce Banner (Mark Ruffalo) l’examinent et découvrent qu’il renferme une force surpuissante que Stark décide d’utiliser pour créer son projet d’intelligence artificielle bien plus supérieur à Jarvis (Paul Bettany), l’IA qui facilite la vie d’Iron Man. Cette nouvelle IA, baptisée Ultron (James Spader), a pour but de protéger l’humanité contre toute menace ; mais très rapidement, elle se retourne contre les humains qui, selon Ultron, sont les responsables de ces avengersultron2menaces. L’équipe, aidée par la venue des jumeaux Pietro (Aaron Taylor-Johnson) et Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen), se verra alors obligée arrêter Ultron, devenu un énorme danger pour la planète…

Voilà maintenant sept ans que Marvel a commencé l’installation de son univers au cinéma, avec comme pierre de voûte le rassemblement des Avengers. Une étape-clef dans l’évolution des personnages et des intrigues, puisque c’est ce qui permet de faire avancer la franchise dans ce qu’elle appelle des « phases », et l’on approche à grands pas de la troisième et dernière phase, dans laquelle il y aura des guerres, beaucoup de guerres, à en croire les titres. Mais au-delà de cela, le rassemblement des Avengers est instantanément devenu un must du fun, que ce soit dans leurs batailles épiques comme dans leurs discussions jamais sérieuses très longtemps. C’est désormais attendu, et devenu un peu caricatural à force : Stark doit faire des blagues, beaucoup de blagues, la Veuve Noire doit porter des tenues moulantes, Captain doit avoir la classe, Thor doit ne rien comprendre au monde d’aujourd’hui, Banner doit rester lui-même, et Œil-de-Faucon doit… avoir un minimum de temps d’apparition à l’écran pour rappeler au spectateur qu’il fait aussi partie de l’équipe. Le premier plan-séquence, qui arrive au bout de quelques secondes et qui présente un par un chaque membre de la team de manière tout aussi épique que celui de la grande bataille à la fin du premier volet – Joss Whedon, de retour derrière la caméra, est par ailleurs toujours à son aise quand il s’agit de construire des plans complexes bourrés de CGI –, annonce d’ailleurs qu’on risque de s’amuser beaucoup pendant ces deux heures.

Et puis le film commence vraiment, et l’on s’amuse moins. On rit encore, on continue à s’abreuver du fun qu’apporte cette nouvelle réunion, mais Whedon, contre toute attente – en passant, on n’attendait rien de plus que l’application de la recette qui donnait toute sa saveur au premier opus –, ose chambouler les plans. Et surprendre. avengersultron3Avengers 2 a beau être le dernier rejeton de la major la plus puissante du moment – et qui dit blockbuster à 250 millions de dollars dit aussi contrôle pendant toutes les étapes de création et de production –, on s’étonne de voir portés à l’écran des choix quelque peu audacieux, le plus flagrant (et le plus réussi par la même occasion) étant le large développement du personnage de Clint Barton, alias Œil-de-Faucon, qui, à l’instar de Thor – l’autre personnage un peu laissé pour compte du premier Avengers –, occupe une place de choix dans ce second volet, s’offrant même le luxe d’ironiser sur tout ce qui composait les défauts de ses précédentes apparitions, dans une réplique plus drôle que tout ce que peut dire Tony Stark. On découvre ainsi la vie simple d’un homme simple, exceptionnelle uniquement à travers son travail qui lui fait côtoyer superhéros et dieux nordiques. Une vraie réussite à tonalité dramatique qui, à bien des égards, se situe bien loin du fun annoncé. Whedon ose tout autant mettre le personnage de Stark en retrait, lui qui portait jusqu’alors tout le poids de la saga sur son armure : certes d’une importance primordiale dans l’histoire, l’accent est pour une fois moins mis sur lui que sur les autres protagonistes, dont certaines zones restaient encore à explorer. Et, scoop, ce n’est, pour une fois, pas le plus drôle de la bande, et il a une concurrence sérieuse qui pourrait bien le détrôner de son titre de « type le plus aimé des fans de la saga ».

L’effet voulu par Whedon laisse pourtant quelques traces de faiblesse tout au long du métrage : l’arrivée de nouveaux héros parmi les Avengers (le Faucon, les jumeaux Maximoff, la Vision) et la multitude d’apparitions (Selvig, Heimdall, Carter, War Machine…) prive certains personnages plus importants d’un vrai développement. Et si le personnage de Jeremy Renner possède enfin un traitement remarquable, celui d’Aaron Taylor-Johnson, au contraire, souffre, justement, de ce que j’appellerai le « syndrome Œil-de-Faucon », à savoir une présence en tête d’affiche mais un manque d’utilité flagrant – au contraire d’Elizabeth Olsen, d’habitude si insipide, qui se révèle complètement avec un rôle éclatant, celui de la Sorcière Rouge. Et puis en réalité, on sent que Avengers : l’ère d’Ultron était prévu pour durer trente ou quarante minutes de plus, tant l’œuvre, du haut de ses deux heures vingt (la même durée que le premier), installe rapidement (parfois trop rapidement) certaines intrigues : si la romance entre la Veuve Noire et Banner est crédible, elle arrive comme un cheveu sur la soupe, tout comme l’éviction du Baron Strucker du film, ou encore la création de la Vision. Il avait été en effet annoncé, bien avant sa sortie, que le film avengersultron4serait le plus long des Marvel à ce jour, avec une durée de deux heures quarante-cinq. Vivement la version intégrale, donc. Et pour toucher une dernière corde sensible du film, la musique, composée par une collaboration qui s’annonçait du tonnerre (Brian Tyler & Danny Elfman, rien que ça), se trouve être quelque peu banale, n’égalant jamais la musique du premier volet signée Alan Silvestri qui atteignait des sommets d’epicness (son thème, désormais indissociable des Vengeurs, apparaît bien évidemment à plusieurs reprises ici) ; c’est l’effet Iron Man 3 : pour cacher le cahier des charges non rempli de la bande originale, on colle des morceaux préexistants qui donneront plus de pêche et marqueront plus le film. Cette fois-ci, c’est le jazz qui a la part belle, à raison d’ailleurs, ne suffisant toutefois pas à dissimuler la faiblesse du score original.

Malgré ses défauts, Avengers : l’ère d’Ultron remplit plutôt bien ses missions – sans surprise, me direz-vous, mais le plaisir est décuplé quand il est vérifié – : le film reste d’une très haute qualité technique, et doit beaucoup à l’interprétation de son casting de rêve, cela va de soi. La palme revient probablement à Jeremy Renner, qu’il partage de très près avec James Spader dans le rôle d’Ultron. Vous vous souvenez de James Spader ? Si Marvel aime à employer certaines anciennes gloires dans des rôles de méchants (Christopher Eccleston, Ben Kingsley, Mickey Rourke, Robert Redford, William Hurt… et bientôt Michael Douglas), Spader incarne sans aucun doute le meilleur méchant Marvel depuis Loki et qui, derrière ses motivations mégalos et un peu invraisemblables (une ville volante qui, une fois lâchée à la surface de la Terre, détruirait la planète entière rien qu’avec le choc), est écrit et interprété avec finesse, qui cherche, à travers l’anéantissement de la vie humaine, à tuer le père (Stark), physiquement et moralement. Une sorte de Evil Pinocchio, en quelque sorte, référence évidente et intelligemment référencée dans une séquence du film. Et si elle aurait pu nous donner plus d’Ultron, Whedon aurait mérité d’avoir sa petite demi-heure en plus.

Valentin Maniglia


A propos Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.


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