Captain America (1979)


Alors que Chris Evans vient de renfiler le costume de Captain America pour la quatrième fois dans Avengers : l’ère d’Ultronon oublie souvent que le collant bleu à bannière étoilée a été porté par d’autres acteurs dans d’autres adaptations cinématographiques. On vous parle des deux téléfilms de 1979 avec Reb Brown dans le rôle du Captain, à l’occasion de la sortie en DVD de ces deux titres dans un coffret édité par nos amis de Elephant Films, toujours avides de faire redécouvrir quelques films oubliés.

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Easy Rider

De tous les super-héros Marvel, le plus célèbre et américain de tous, le bien nommé Captain America est sans nul doute l’un de ceux qui a le plus été adapté à l’écran. D’abord dans un serial en 1944, dans deux téléfilms en 1979 – dont il sera question plus précisément ici – puis dans un film en 1990, dont le scénario, par ailleurs, est quasiment identique à celui de Captain America : First Avenger de Joe Johnston (2011) dans lequel l’acteur Chris Evans fit ses premières cascades dans le costume du Captain America, que nous connaissons tous pour être l’un des personnages phares du Marvel Cinematic Universe actuellement en développement.

L’intérêt particulier de ces deux téléfilms réalisés pour la chaîne CBS en 1979, c’est qu’il propose une vision du personnage très différente des comics. Si le personnage s’appelle toujours Steve Rogers et qu’il conserve son affiliation à l’armée, il n’en demeure pas moins contemporain de son époque et est donc un marine à la retraite que l’on imagine sortie tout juste de l’enfer du Vietnam. Mais plutôt que de proposer une imagesorigin story totalement nouvelle du personnage, ces deux téléfilms préfèrent le présenter comme le rejeton du Steve Rogers des comics – soldat américain engagé dans le conflit de la seconde guerre mondiale, qui va être amélioré par un sérum – une sorte de Steve Rogers Jr. en somme, bien que cette affiliation ne soit pas pleinement expliquée ou exploitée.

Le film commence sur une petite musique électronique mais néanmoins mélodique. Steve est un beau-gosse qui fronce les sourcils quand il parle en faisant mine d’avoir un regard très profond. Steve a aussi la voix si particulière de celui qui en a dans le pantalon mais chuchote presque pour contrebalancer par une certaine douceur apparente, comme un Matthew McConaughey avant l’heure. Torse nu au bord de l’eau, il dessine la mer, ses vagues et ses cocotiers… pour un autre mec, avec qui il rit, papillonne, se chambre. D’emblée, le trouble est de mise, on se croirait dans un porno gay de Jean-Daniel Cadinot. Très vite, on comprend qu’il n’en sera rien car on finit par rentrer dans le feu de l’action quand, à la suite d’un accident de moto, Rogers se voit injecté un sérum expérimental appelé F.L.A.G. (Full Latent Ability Gain) par le professeur Simon Mills, un ami de son père décédé. Le produit lui sauve la vie mais le dote de capacités hors normes : sa force musculaire est largement améliorée et sa vitesse décuplée de manière impressionnante. Mills le recrute au service de la NSL – sorte d’ersatz du SHIELD. Sa première mission est de contrecarrer les plans de Lou Brackett, un millionnaire qui veut faire main basse sur la Californie en faisant un chantage avec ni plus ni moins qu’une bombe nucléaire. Déconne Captain_America__1944a__pas le mec. Mills met donc Rogers sur le coup, et le fait appeler désormais Captain America. Envoyé sur le terrain, ce super-héros, premier des fameux Vengeurs, botte le cul des méchants au volant d’une moto super rapide et bardée de gadgets.

Dans sa présentation du film en bonus de l’édition DVD éditée par Elephant Films, Xavier Fournier – spécialiste de Marvel et rédacteur en chef de Comic Box –, en plus de donner un historique très intéressant et nécessaire du personnage, essaie de dresser des hypothèses quant à la décision de faire de Steve Rogers un motard dans cette adaptation. L’une de ses idées est que les stunt shows – ces spectacles de cascadeurs itinérants –, très en vogue à cette époque, auraient largement influencé la décision de faire de ce téléfilm consacré à Captain America un film où la quasi-totalité des scènes d’action seraient des scènes de cascades de motos, plus ou moins impressionnantes. Une image du personnage qui sera largement réemployée par ailleurs dans les récents films que Marvel/Disney lui a consacrés, où le personnage est régulièrement aperçu aux volants de bolides à deux roues sophistiqués qu’il utilise dans le feu de l’action. Il est par ailleurs assez amusant de constater que la scène finale du téléfilm de 1979 – le Captain, fonçant à vive allure sur sa bécane pour rattraper le camion du méchant, finit par l’escalader en marche – a semble-t-il eu le droit à un clin d’œil direct dans le récent Avengers : l’ère d’Ultron (Joss Whedon, 2015) dans lequel Chris Evans effectue quasiment la même cascade.

Pour le reste, le film est d’une facture télévisuelle qui peine à emballer. Au mieux, le film séduira pour ses accents kitsch et ses allures de film d’action fauché des années soixante-dix, mais aussi avec ses effets spéciaux très rudimentaires – le meilleur reste celui du bouclier du Captain, censé être une arme mortelle, et qui flotte dans les airs comme les fausses soucoupes volantes du plus mauvais des Ed Wood – ou ces scènes de combats souvent drôles – l’une des premières montre le Captain America botter le cul à des méchants dans une salle d’abattoir, balançant de la barbaque dans tous les sens. On regrettera par ailleurs le choix de ne pas donner au Captain des adversaires à sa taille. Pas de super vilains avec des supers pouvoirs, pas d’ennemis historiques tels que l’Hydra, mais plutôt des brigands, maniacs, milliardaires et criminels aux motivations crapuleuses.

Capture d’écran 2015-04-28 à 00.38.57Le coffret réunit le téléfilm réalisé par Rod Holcomb ainsi que sa suite diffusée la même année et réalisée par Ivan Nagy – un réalisateur hongrois qui termina sa petite carrière à enquiller les films porno pour le marché de la vidéo jusqu’au début des années 2000 – nous ne pouvions pas omettre de toucher quelques mots sur cette suite. Pas de surprise, elle n’est pas forcément plus brillante que le premier épisode, comporte globalement les mêmes défauts et qualités, même si elle se démarque grâce à un atout incontestable : la présence de Christopher Lee dans le rôle du bad guy Miguel, un dangereux terroriste international qui a en sa possession un virus volé à la NSL permettant de faire vieillir une personne en quelques secondes. Tous deux proposés dans une qualité vidéo correcte sans être folichonne, mais qu’on se le dise, sur des titres tels que ces deux-là, on ne va pas faire les pisse-froid et hurler de rage de ne pas avoir d’édition Blu-Ray avec image et son restaurée. Il est évident que de par leurs qualités très discutables et de leur piètre facture télévisuelle – si l’expression n’a plus rien de péjoratif aujourd’hui, bien au contraire, au regard des conditions de production des téléfilms de l’époque, on a le droit de le dire – les films n’auraient pas mérité un tel traitement de faveur. On remerciera plutôt Elephant Films de nous avoir extirpé ces deux films des tréfonds du catalogue d’Universal. Cela mérite au moins le coup d’œil de tous les curieux, amateurs de l’univers Marvel et de ses balbutiements cinématographiques.

Joris Laquittant


A propos de Joris Laquittant

Sorti diplômé du département Montage de la Fémis en 2017, Joris monte et réalise des films en parallèle de son activité de Rédacteur en Chef tyrannique sur Fais pas Genre (ou inversement). A noter aussi qu'il détient le record européen du plus jeune détenteur du diplôme d'éleveur de Mogwaï (il avait cinq ans et trois jours) et qu'il a été témoin du Rayon Bleu. Ses spécialités sont le cinéma de genre populaire des années 80/90 et tout spécialement la filmographie de Joe Dante, le cinéma de genre français et les films de monstres.

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