Désaxé


Après avoir traité de nombreux problèmes de la société, le cinéma d’horreur britannique se penche sur un sujet qu’il fallait aborder frontalement, et qui ne touche pas que la Grande-Bretagne : la crise financière. C’est à travers l’histoire d’un père de famille fraîchement licencié que le réalisateur Ryan Lee Driscoll traite du sujet.

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Pas de parachute doré pour Kurt

Kurt Wendell, un père de famille autoritaire, vient d’être licencié de son travail, qui était la chose à laquelle il tenait le plus dans son existence. Incapable de l’avouer à sa famille, il va les emmener dans une cabane isolée au beau milieu de la campagne anglaise, bien loin de leur environnement habituel londonien, afin de laisser exprimer toute la colère et la folie qui sont contenues en lui.

Je préfère le dire d’emblée : Désaxé n’est pas un film marquant ou révolutionnaire, bien au contraire. Ce second film de Ryan Lee Driscoll est très inégal, en réalité, et souffre de beaucoup de défauts, notamment d’un jeu d’acteurs très moyen (si Jonathan Hansler, l’acteur principal, s’en sort assez bien, les autres surjouent constamment) et des situations parfois invraisemblables, mais il faut également lui reconnaître ses qualités, sur lesquelles je reviendrai plus tard. Si le film ne figure pas dans ce dossier pour sa qualité, il desaxe2mérite d’y figurer pour le sujet qu’il aborde et le sous-texte qu’il comprend.

Ryan Lee Driscoll, qui est ici réalisateur, producteur et scénariste, fait avant tout un film sur la crise financière, au moment où Wall Street 2 sort sur les écrans, et est distribué directement en DVD en France, quelques jours après la sortie sur nos écrans de Margin Call. Le début des années 2010 semble être la période où l’on peut commencer à parler de la crise financière qui touche le monde entier avec un peu de recul ; toujours cette période de latence de quatre ou cinq ans avant que le cinéma ne s’intéresse à ces sujets sensibles, tout comme il l’avait fait pour le 11 septembre, les premiers films se penchant sérieusement sur le sujet étant sortis en 2006.

Ici, l’ennemi, c’est le Capital. Celui qui torture les esprits et transforme les hommes. Et ça tombe bien, car Kurt Wendell a l’esprit torturé et est un homme transformé : son licenciement fait exploser sa rage, et c’est à travers la violence, une violence extrême et sadique, qu’il va l’exprimer. Et, à ce titre, la violence physique qu’il fait endurer à sa famille et son patron ne sont qu’un écho à la violence psychologique qui lui a été infligée pendant des années, à manipuler des chiffres et de la paperasse dans son bureau au vingt-septième étage d’un immeuble de la City, où l’on décide du cheminement du fric tout en s’en mettant plein les poches.

En s’installant loin du cœur de Londres et de son centre financier, Kurt va faire parler ses instincts primitifs à l’aide d’une hache. Chaque personnage de sa propre famille a un trait de caractère en opposition totale avec sa propre personnalité, et c’est justement ce sur quoi se focalise Kurt afin de les éliminer : la mère est soumise mais trompe son mari (avec le boss de celui-ci), le fils est un homodesaxe3 refoulé, et la fille, une salope confirmée. Des valeurs qui sont tout l’opposé de Kurt, qui, en voulant les éliminer, cherche à détruire ce qu’il peut considérer comme la merde de ce monde, prête à servir à tout.

Ce weekend en enfer joue énormément sur l’humour noir, et c’est l’une des grandes qualités du film, car Driscoll ne mise pas sur les effets gore et les jump scares. Certes, ce long métrage a des faiblesses notables, mais il repose beaucoup sur le show de Jonathan Hansler, qui ne s’arrête pas pendant près d’une heure trente. Et, bien sûr, il traite de manière originale de la crise et de ses conséquences sur la psychologie de ceux qui sont sous le joug de la finance mondiale… et qui ne profitent pas du golden parachute.


A propos de Valentin Maniglia

Amoureux du bis qui tâche, du gore qui fâche, de James Bond et des comédies musicales et romantiques. Parle 8 langues mortes. A bu le sang du Christ dans la Coupe de Feu. Idoles : Nicolas Cage, Jason Statham et Michel Delpech. Ennemis jurés : Luc Besson, Christophe Honoré et Sofia Coppola.

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