Sorti un an après Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978), Le silence qui tue (Denny Harris, 1979) fait partie de la première vague des slashers, à une époque où le dézingage de jeunes Américains par un psychopathe n’était pas encore devenu un cliché. Longtemps resté invisible chez nous, le film restauré ressort enfin chez Esc sous différents formats.

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Figure de Steele

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Tourné à l’automne 1977, ce premier et unique long-métrage de Denny Harris (décédé en 2007), réalisateur et producteur de publicités, aurait pu remplacer celui de Carpenter dans l’histoire des films d’horreurs, pour devenir le premierslasher moderne. Harris était toutefois loin d’être satisfait de son premier jet et confia la réécriture du script aux scénaristes Ken et Jim Wheat. En définitive, peu de choses furent conservées de cette version originelle et de nombreuses nouvelles scènes furent tournées. Le silence qui tue connut ensuite un joli succès en salles si on considère son faible budget. En France, après sa sortie en 1980 et une édition en VHS quelques années plus tard, il disparut de la circulation. Il aura donc fallu attendre une réédition en 4K par le label new-yorkais Kino Lorber en 2025 pour que le film suscite à nouveau l’intérêt chez nous, fait assez étonnant tant le genre a donné lieu à une une kyrielle de rééditions nettement moins intéressantes ces dernières années. Pour autant, l’histoire que raconte Le silence qui tue est des plus classiques : de jeunes gens se font assassiner à l’arme blanche par un mystérieux meurtrier, sur fond d’un sordide secret de famille et des mensonges qui vont avec. Étudiante, Scotty Parker (Rebecca Balding) est à la recherche d’un logement. Suite à plusieurs tentatives infructueuses, elle est orientée chez une vieille dame qui habite une grande demeure au bord de la mer. La jeune femme y arrive en même temps que Peter, un fils à papa qui roule des mécaniques, et en Porsche. Mason, un lycéen un peu coincé, reçoit les postulants dans la villa de sa mère qui compte déjà deux jeunes pensionnaires, Doris et Jack. Il reste des chambres à louer et Scotty hérite de celle de Victoria, la sœur de Mason qui apparemment ne vit plus ici. A peine les nouveaux arrivants sont-ils installés que l’on comprend qu’une présence discrète hante les lieux. Alors qu’un soir les jeunes gens décident d’aller au restaurant, quelque chose dans le manoir essaie de se libérer. Tandis que Jack et Scotty rentrent de leur côté après la soirée, Doris et un Peter bien éméché passent par la plage. Ce dernier s’endort sur le sable et se fait poignarder à son réveil.

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Malgré son scénario quelque peu convenu, Le silence qui tue se démarque de la cohorte des productions du même genre. Tout d’abord, Denny Harris, qui y a injecté ses fonds personnels, lui apporte son approche de réalisateur de films publicitaires et un certain classicisme : éclairages soignés, longs travellings et pas de caméra subjective. D’autre part, on est en présence d’une œuvre – involontairement ? – féministe, tant celle-ci dresse un portrait peu flatteur de l’homme : il est au mieux un faire-valoir, au pire un boulet ou un névrosé, dont les femmes sont parfois les victimes. Ainsi, Scotty et Doris sont nettement plus consistantes que leurs colocataires masculins, dont la personnalité est caricaturale : Jack, le beau gosse parfait n’est pour ainsi dire d’aucune utilité, y compris lors de la confrontation finale, et Peter est un parvenu insupportable imbu de lui-même. Par ailleurs, les deux policiers (Cameron Mitchell et Avery Schreiber, deux têtes bien connues à la télévision comme au cinéma), arrivent après la bataille, au terme d’un enquête laborieuse. Seul Mason est doté d’une véritable personnalité et occupe une place dans l’intrigue, bien que largement éclipsé par Victoria, interprétée par Barbara Steele. Star de l’horreur gothique italienne de la décennie précédente, sa beauté atypique fut révélée dans Le masque du démon (Mario Bava, 1960). Elle tient ici un rôle muet, celui d’une déséquilibrée dont la vie a basculé des années auparavant, maintenue au secret par sa mère (Yvonne De Carlo, surtout connue pour son rôle de Lily Munster dans la série Les Monstres de Ed Haas et Norm Liebmann, 1964-1966).
Si l’édition limitée est de toute beauté – un coffret façon VHS comprenant un Blu-ray, un DVD, un livret, une affiche et des photos – les suppléments ne sont pas, dans l’ensemble, d’un très grand intérêt. « Le cri du succès – 30 ans après » consiste en une discussion entre l’actrice Rebecca Balding et les frères Wheat évoquant leurs souvenirs de tournage dans une conversation plutôt informelle. C’est statique et chichement illustré par quelques scènes du film, mais on y apprend tout de même quelques aspects intéressants de la réalisation. Il en va de même pour le bonus intitulé « Le scénario original » : le même trio nous raconte l’histoire telle qu’elle était écrite initialement, bien éloignée de la version finale. Idem pour « Les frères Wheat, un regard en arrière » ou le duo revient succinctement sur le Le silence qui tue mais aussi sur leur carrière de réalisateurs et de scénaristes dans d’autres productions : L’aventure des Ewoks : la bataille pour Endor (Jim Wheat et Ken Wheat, 1985), La mouche 2 (Chris Walas, 1989) ou encore Le Cauchemar de Freddy (Renny Harlin, 1988)… Un court entretien avec Rebecca Balding, où elle évoque brièvement le tournage de The Boogens (James L. Conway, 1981) et quelques autres de ses rôles complète ces suppléments filmés passablement redondants. Le trio anime aussi un commentaire audio en version originale non sous-titrée et donc réservé aux anglophones. Celui que mène David Del Valle, journaliste spécialisé dans le fantastique et la science-fiction, avec Barbara Steele comporte fort heureusement des sous-titres français. On se régale donc de l’entendre parler de son parcours, d’autant plus que l’actrice britannique n’a aucun texte dans le film. Dans cette conversation sans coupure et sans filtre, elle raconte ses débuts, notamment aux côtés d’Elvis Presley dans Les rôdeurs de la plaine de Don Siegel (1960) où elle fut finalement remplacée par Barbara Eden. Elle évoque également Mario Bava, David Cronenberg et d’autres, tout en exprimant ses regrets de n’avoir jamais eu un rôle à sa mesure, et d’être confinée dans un certain type de personnages, comme dans le remake de 1991 de la série Dark Shadows (Dan Curtis). En définitive, ce complément est le seul qui vaille vraiment le détour, l’œuvre se suffisant largement à elle-même.



