Sacrifié dans le piteux film de 2011, le personnage de Green Lantern n’a jamais eu les honneurs d’une production digne de ce nom. C’est peut-être chose faite aujourd’hui grâce à la série Lanterns (Chris Mundy, Damon Lindelof & Tom King, 2026) qui en profite pour rebooster un DCU échaudé par l’échec commercial de Supergirl (Craig Gillepsie, 2026).

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Le saigneur de l’anneau
Autant le dire d’emblée, mon personnage préféré de chez DC Comics, et même du paysage superhéroïque englobant Marvel et d’autres maisons d’éditions plus modestes, c’est Batman. Pour la bonne et simple raison qu’au-delà de ses milliards de dollars sur son compte en banque, Bruce Wayne et son alter ego chauve-souris représentent toute la noirceur que je recherche chez un superhéros. Superman m’apparait trop lisse, Wonder Woman trop mythologique, Flash trop léger. Et Green Lantern trop cosmique. Dans le cas de ce dernier, il faut dire que le film de 2011, réalisé par le pourtant solide Martin Campbell, n’a pas aidé. Sorte de bouillie numérique infâme, le long-métrage avait réussi l’exploit de mettre tout le monde d’accord sur sa nullité absolue. C’est ainsi que le personnage fut alors dispensé de DCEU – la version de l’univers DC enclenchée par Zack Snyder et son Man of Steel (2013) – et qu’il revient timidement dans le DCU – la version de DC supervisée et amorcée par James Gunn et son Superman (2025). D’abord sous les traits de Nathan Fillon jouant Guy Gardner, le Green Lantern un peu limite et imbu de lui-même, découvert dans le film de James Gunn et qui vient épauler Clark Kent.

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Les versions les plus connues de Green Lantern, à savoir Hal Jordan et John Stewart ont eu droit au projet spécial de James Gunn. Ce projet en question, c’est Lanterns (Chris Mundy, Damon Lindelof & Tom King, 2026), une série de huit épisodes diffusés sur HBO Max. Le show raconte l’histoire d’un Hal Jordan vieillissant qui se retrouve à devoir entrainer John Stewart, amené à le remplacer un jour ou l’autre dans le costume de Green Lantern. Les deux protagonistes, s’entendant comme chien et chat s’embarquent dans une enquête dans le Nebraska où des aliens ont été abattus par une milice locale. Jordan et Stewart s’associent alors avec la sherif locale, Kerry Kane, pour comprendre ce qui s’est passé, croisant lors de leur enquête de vieux ennemis du Lantern Corps : les Manhunters. Premier constat à la lecture de ce court résumé : il n’est point question de batailles galactiques ou autres déplacements cosmiques – il y en a mais franchement très peu – et le parti pris est plutôt de faire de la série une œuvre plus terre à terre plus proche de True Detective (Nic Pizzolatto, depuis 2014) que des Gardiens de la galaxie (J. Gunn, 2014). Et disons-le d’office, c’est bien là la première qualité de Lanterns : s’éloigner du carcan intergalactique du lore du comics pour s’inventer une patte et une identité.
De ce parti pris éclot un point de vue sur les États-Unis, une critique au vitriol de l’Americana et de ces coins reclus où l’État ne symbolise plus rien pour ses habitants, une Amérique rurale où émerge le trumpisme. La milice armée de William Macon, riche fermier du coin et beau-père de la sherif, rappelle celle de John Hamm dans la cinquième saison de Fargo (Noah Hawley, depuis 2014), portant elle aussi sur l’ère trumpienne. Un point de vue radical pour une série super héroïque diffusée sur un grand network qui a le mérite de tenir jusque dans ses dernières secondes et qui promet de belles choses pour une saison déjà annoncée. Sans jamais aboutir à la portée politique de Watchmen (D. Lindelof, 2019), Lanterns livre pourtant un témoignage glacial de son temps. Le fait que John Stewart soit un vétéran afro-américain – ce qui était déjà le cas dans les comics – n’est pas anodin dans la mesure où cela sert un propos sur la place des noirs dans la société américaine, a fortiori dans une bourgade reculée du Nebraska.

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Lanterns fonctionne également sur la dynamique du buddy movie à L’Arme fatale (Richard Donner, 1987) ou Midnight Run (Martin Brest, 1988). Une vision désenchantée puisqu’aucun terrain d’entente ne viendra réconcilier nos deux héros, même si l’écriture et les interprétations de Kyle Chandler et Aaron Pierre vont dans ce sens. Le vieux loup et le jeune ambitieux aux dents longues représentent un cliché éculé du cinéma, mais les showrunners parviennent à le transcender en créant un enjeu supplémentaire : l’anneau du Green Lantern. Ici, il sera moins question de savoir de quelle façons les deux caractères parviendront à cohabiter que de comprendre à quel moment l’un se fera doubler par l’autre dans la quête du pouvoir absolu. C’est pourquoi l’alchimie entre les deux acteurs principaux fonctionne à merveille : on sent réellement qu’ils se détestent. Une vision bien sombre, très éloignée du Superman de James Gunn qui venait, lui, titiller notre fibre optimiste. Reste que les deux œuvres évoluent dans le même univers et que c’est déjà une curiosité en soit que de savoir comment les faire coexister pour de futures réunions super héroïques.
Si la série n’évite pas quelques écueils comme l’inévitable ventre mou de milieu de saison, elle en a suffisamment sous le capot pour renouveler ses enjeux et notre intérêt, notamment grâce aux différentes temporalités empruntées. Lanterns n’hésite pas à revenir en arrière pour comprendre les passés de Hal Jordan et de John Stewart, ou carrément faire des bons dans le temps pour rebattre complètement les cartes. Plus de trente années couvertes par la série qui forment un tout redoutable. On notera également la qualité de la réalisation qui, pour une œuvre super héroïque, tranche considérablement avec les efforts de la concurrence – Falcon et le Soldat de l’hiver (Malcom Spellman, 2021) et Secret Invasion (Kyle Bradstreet, 2023), c’est à vous qu’on pense. Quelques effets spéciaux bien sentis, une gestion de la tension et du hors champ exemplaire et une maitrise formelle assurée grâce aux réalisations de James Hawes, Geeta Vasant Patel, Alik Sakharov et Stephen Williams. On regrette presque d’avoir découvert cet univers à travers de si petits écrans tant l’ambition visuelle est impressionnante, des minuscules routes désertiques des États-Unis à quelques rares visions intergalactiques.

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Et comment ne pas parler du casting ? Aaron Pierre interprète un John Stewart tout en retenue, laissant toujours planer le doute sur ses intentions véritables. Nous avions découvert l’acteur dans Rebel Ridge (Jeremy Saulnier, 2024) et il nous tarde de voir ce qu’il va encore apporter au personnage de Green Lantern par la suite. Mais c’est bien souvent l’excellent Kyle Chandler qui transperce l’écran grâce à une partition tout en excès, à l’inverse de son comparse. Fort en gueule, outrancier et immoral, le comédien nous rappelle à quel point il est trop rare. Ils sont accompagnés à l’écran par Kelly Macdonald, vue dans Trainspotting (Danny Boyle, 1996) ou No Country For Old Men (Joel & Ethan Coen, 2007), toujours juste, Garret Dillahunt, aperçu dans Looper (Rian Johnson, 2012) ou Deadwood (David Milch, 2004-2006), impressionnant, ou encore Poorna Jagannathan, découverte dans She Hate Me (Spike Lee, 2004) ou encore dans Wolfs (Jon Watts, 2024), trouble. Une galerie de personnages incroyable qui contribue à l’immersion dans cet univers désenchanté. Vous l’aurez compris, loin d’être passionné par Green Lantern, me voici conquis par la première saison de Lanterns qui apporte une nouvelle pièce à l’édifice du DCU de James Gunn. Avec Guy Gardner/Nathan Fillon comme fil rouge, il se pourrait bien que le réalisateur d’Horribilis (2006) et de Super (2010) soit en train de réussir son pari. En l’espèce, nous attendons de pied ferme la suite des aventures de Green Lantern dans une saison 2 ou dans ce nouvel univers interconnecté.



