Cold Storage   Mise à jour récente !


Porté par le chouchou de la série Stranger Things (Matt & Ross Duffer, 2016-2026), Joe Keery, Cold Storage (Jonny Campbell, 2026) est aussi le nouveau high concept sorti de l’imagination de David Koepp. Une gentille série B qui s’assume comme telle mais qui n’échappe malheureusement pas à certains écueils…   

Un homme incarné par Joe Keery et une femme en tenues orange tenant des lampes torches dans un endroit désaffecté.

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THE LAST OF DUST

David Koepp n’est jamais là où l’attend. Vite distingué pour ses scénarios de Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), L’Impasse (Brian De Palma, 1993), Mission Impossible (Brian De Palma, 1996), Panic Room (David Fincher, 2002) ou Spider-Man (Sam Raimi, 2002), il s’est rapidement fait remarquer à la réalisation avec le terrifiant Hypnose (1999) puis Fenêtre secrète (2004). Et avant de le retrouver à l’écriture du prochain Spielberg, Disclosure Day (2026), le voici qui s’encanaille avec un petit scénario de série B – adapté de son propre livre – qui ne paye pas de mine sur le papier : Cold Storage (Jonny Campbell, 2026). Dans ce film, nous suivons Travis et Naomi, deux employés d’un entrepôt de stockage, qui découvrent qu’un champignon parasite, scellé depuis les années 70 par le gouvernement américain, arrive à se faire la malle et à transformer tout ce qui vit en pantin qui se désintègre. C’est là qu’arrive Robert Quinn, un spécialiste du bioterrorisme qui va les aider à annihiler la menace.

Il y a plein de bonnes idées dans ce petit film sans grandes prétentions dont en premier lieu, le fait de confier à Joe Keery un rôle sensiblement proche de celui qu’il a tenu pendant cinq saisons dans Stranger Things (Matt & Ross Duffer, 2016-2026), soit un gentil paumé qui se retrouve dépassé par les évènements. L’acteur évolue en terrain connu et il faut reconnaitre que le plaisir de retrouver sa vibe si particulière fonctionne bien. D’ailleurs, le casting dans son ensemble est plutôt intelligent. En mixant des nouveaux visages comme celui de Georgina Campbell – vue dans Barbare (Zach Cregger, 2022) – à des figures familières comme celle de Liam Neeson en contre-emploi, Richard Brake ou la grande Vanessa Redgrave, Cold Storage créé une dynamique plaisante à regarder. Le tout est fun et décomplexé grâce à quelques dialogues bien sentis et un pseudo discours sur le salariat mixant quelques idées de mise en scène venant également nous titiller malgré la laideur de quelques effets numériques.

Liam Neeson au téléphone assis dans un avion avec plein de papiers posés sur une tablette devant lui.

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Et… c’est à peu près tout. Une fois ces quelques bons points attribués, il faudra se faire une raison, le film n’ira guère plus loin. C’est bien beau de ne pas vouloir révolutionner le genre, encore faut-il avoir quelque chose à montrer ou à raconter et c’est ici que le bât blesse, Cold Storage souffrant d’un ventre mou qui ne pardonne pas. Après une scène d’introduction plutôt intrigante, le film prend bien trop son temps pour envoyer la sauce. Le premier chapitre se déroulant en 1979 expose déjà les enjeux et David Koepp se sent obligé de les resservir au moment où, dix-huit ans plus tard, Travis et Naomi sont à leur tour confrontés aux fungus. Cela alourdi terriblement un scénario qui aurait gagné à laisser les protagonistes encore plus perdus. De plus, le scénariste ajoute nombre de personnages inutiles comme les amis du patron qui, si on comprend bien l’intention de vouloir en faire des menaces infectées, ne servent en définitive à rien.  

Cold Storage est en quelque sorte coincé dans une certaine crainte de ne pas vouloir casser les codes, observant un manque de radicalité y compris dans la dimension gore du film. Les maquillages sanguinolents en CGI peinent à écœurer le spectateur tant leur artificialité se fait sentir et les effets de tripaille sont bien trop grotesques pour paraitre réels. Ce qui amène à l’idée que le long-métrage – le deuxième de Campbell après la comédie SF Alien Autopsy, sorti il y a tout juste vingt ans – est bien trop gentillet, voire un peu désuet, alors qu’il prétend porter en lui une certaine férocité. Le visionnage en devient mécanique, attendu et moins amusant que prévu. Et pour un film durant une bonne heure trente, c’est quand même un signe que tout n’est pas accompli. C’est d’autant plus regrettable que Koepp et Campbell avaient réussi à passer l’étape, souvent fatale dans ce genre de production, de la caractérisation des personnages, abimés et mal dans leurs peaux.

Personnage en gros plan qui vomit une bouillie verdâtre dans son casque.

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Vient alors la question que nous nous sommes posés devant ce film et tant d’autres semi ratés que David Koepp a pu écrire tout au long de sa longue carrière : le scénariste de La Mort vous va si bien (Robert Zemeckis, 1992) a-t-il besoin d’un grand réalisateur pour cadrer ses élans scénaristiques ? Pour une Guerre des mondes (Steven Spielberg, 2005), un Snake Eyes (Brian De Palma, 1998) ou un Jurassic World: Renaissance (Gareth Edwards, 2025) , combien de Zathura, une aventure spatiale (Jon Favreau, 2005), de Inferno (Ron Howard, 2016) ou de La Momie (Alex Kurtzman, 2017)  ? David Koepp est assurément un scénariste star à Hollywood, comme il n’y en a malheureusement plus assez tant l’industrie tend à broyer la notion même d’auteur. Mais avec tous ces égarements, même inoffensifs comme dans le cas de Cold Storage, l’homme a plutôt tendance à écorner son image. Gageons qu’il répare tout cela avec Disclosure Day dès cet été… 


A propos de Kévin Robic

Kevin a décidé de ne plus se laver la main depuis qu’il lui a serré celle de son idole Martin Scorsese, un beau matin d’août 2010. Spectateur compulsif de nouveautés comme de vieux films, sa vie est rythmée autour de ces sessions de visionnage. Et de ses enfants, accessoirement. Retrouvez la liste de ses articles sur letterboxd : https://boxd.it/rNJuC

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