Alors que RoboCop 2 (Irvin Kershner, 1990) vient de crever le grand écran, la Toei tente de surfer sur cette franchise très populaire au Japon en sortant en vidéo Lady Battle Cop (Akihisa Okamoto, 1990), version féminine du flic cybernétique. Roboto Films nous propose aujourd’hui de découvrir cette curiosité en haute définition et en exclusivité mondiale.

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Robocheap
On pourrait tirer un livre de l’analyse du cinéma étasunien sous Ronald Reagan, président de 1981 à 1989. On se contentera ici de dire que les excès en tous genre furent l’une de ses caractéristiques : excès de violence, de patriotisme, de mièvrerie, de sexe, souvent au détriment des scénarios. Sorte de réaffirmation du second amendement de la constitution, le body count était alors un élément majeur des films d’action, traduisant un patriotisme exacerbé et une fascination morbide d’une partie de l’Amérique pour les armes à feu. On peut citer en exemples de cette violence graphique et gratuite des films comme Rambo 2 (George P. Cosmatos, 1985), Commando (Mark L. Lester, 1985) ou Aliens (James Cameron, 1986). Si Robocop (Paul Verhoeven, 1987) se démarque de cet étalage de morts brutales grâce à une satire féroce typique de son réalisateur, son successeur fait moins dans la subtilité et affiche sans complexe 58 (ou 59 selon les sources) macchabées au compteur rien que pour notre justicier assermenté. Certaines thématiques chères aux Japonais expliquent vraisemblablement le succès de ce genre de cinéma dans l’archipel : la vengeance, en premier lieu, les villes futuristes contrôlées par des industriels véreux ou des mafias, les super-héros/hommes-machines, et tout ce qui traite de leur identité hybride… Une forte présence de la franchise sur un marché de la vidéo très important là-bas et les adaptations en jeux vidéo ont également joué à asseoir la popularité d’un personnage probablement inspiré lui-même en partie du metal hero Gavan alias X-Or (Hattori Kazuyasu et Toshiaki Kobayashi, 1982-1983).

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Pur produit d’exploitation à la sauce nippone, Lady Battle Cop est réalisé par Akihisa Okamoto, qui a précédemment œuvré sur Jiban (1989-1990), un autre justicier en armure aperçu chez nous dans le Club Dorothée en 1990, et peu ou prou clone de Robocop : un agent de police abattu dans l’exercice de ses fonctions est transformé en cyborg par un savant. C’est aussi ce qui se passe grosso modo ici : dans un futur proche, un cartel criminel dont le bras armé s’appelle Phantom contrôle quasiment toute la ville de Neo Tokyo. Alors que Kaoru, championne de tennis, et son petit ami Naoya font un détour par le laboratoire de ce dernier au Centre national de recherche scientifique, ils tombent sur les gars de Phantom : un chef en treillis aux faux airs de colonel Trautman, une lanceuse de poignards, un sidekick noir caricatural et surexcité qui s’exprime en anglais et une autre petite frappe vicelarde. Les mercenaires tentent de mettre la main sur un projet top secret de robot policier. La jeune femme se fait violer par l’un des miliciens et poignarder dans le dos tandis que le bâtiment explose. Six mois plus tard l’inspecteur Masaru Saijô, qui cuve sa dépression dans un bar, est agressé par les quatre truands sus-cités mais échappe de justesse à la mort grâce à l’intervention providentielle d’une sorte de policière en armure. Hélas un super-vilain à la solde du cartel, une grosse brute sur-gonflée nommée Amadeus et dotée de pouvoirs de psychokinétiques, intervient au même moment et met une raclée à la justicière qui s’en sort de justesse. Une petite scène de flash-back bien pratique permet ensuite de découvrir l’origine de Lady Battle Cop.
Disons-le franchement, les acteurs ne sont pas très bons, tout est caricatural – les situations comme les dialogues – et le montage n’est pas un modèle de fluidité. Les effets spéciaux sont corrélés au budget et ne surclassent donc guère ceux d’une série tokusatsu lambda, voire sont décevants parfois (certains câbles sont quand même bien visibles !). Lady Battle Cop est par ailleurs loin d’être une figure d’émancipation : son armure épouse ses courbes et elle porte – comble des clichés masculinistes – une boucle d’oreille (même si celle-ci est une arme), des talons, et un rouge à lèvres criard ! Pour ce qui est de la femme forte libérée de l’oppression du patriarcat, on repassera… Toutefois on est à l’aube des années 90 et la société japonaise, malgré quelques avancées, reste verrouillée par des normes traditionnelles. Les premiers pas de l’héroïne sont en outre assez ridicules : elle rate assez systématiquement sa cible, se prend une branlée monumentale lors de sa seconde confrontation avec Phantom, s’en sort encore une fois d’un cheveu et conduit ses adversaires directement dans son repère secret. Malgré le peu de crédibilité de l’ensemble (à laquelle sont rarement sensibles les enfants) et quelques chansons bien kitsch à la gloire de l’héroïne dont sont friands les Japonais, la vidéo se destine clairement à un public d’hommes adultes par son contenu violent et « viril ».
Dans les suppléments, Fabien Mauro nous éclaire une fois de plus, après les Kamen Rider, de ses lumières de spécialiste du tokusatsu. Il replace le film dans son contexte et évoque les liens et influences réciproques qui existent entre Robocop et les héros en armure japonais. Camille Frouin, du compte Instagram L’horreur est humaine, nous offre quant à elle un tour d’horizon dense et pointu du genre « Cyborg féminin » en centrant son propos sur les années 80 et 90 mais en élargissant son analyse à la représentation du genre dans d’autres médias comme le manga, l’anime ou encore la mode. Sa conclusion est sans appel : malgré un pseudo-féminisme de façade, la plupart de ces représentations, dans le septième art ou ailleurs, est sexualisée, voire érotisée, et donc à destination d’un public principalement masculin. Le chemin est encore bien long pour atteindre le Manifeste Cyborg de Donna Haraway… On est donc en présence d’un Robocop du pauvre, croisé avec du tokusatsu façon « héros en armure » – sans kaiju au sens propre mais avec un très méchant humain « augmenté » – et saupoudré d’un soupçon de rape and revenge. Très amusant à regarder à défaut d’être passionnant, Lady Battle Cop est un marqueur de son époque, dont les timides avancées concernant la représentation des femmes à l’écran se heurte encore aux stéréotypes et aux « impératifs » de l’industrie cinématographique.




Merci infiniment pour votre retour sur les bonus et pour la mise en valeur de cette belle édition ✨